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Peut-on être féministe et adorer Friends ?

Posté par MaryCherryTree 25 octobre 2017 0 commentaire

 

Mesdames et Messieurs, je vous présente : la question qui me hante et m’empêche de dormir. Car je suis féministe, et addict à Friends depuis pas loin de 10 ans. Mais ces deux passions sont-elles inconciliables ?

 

Il est évident pour toute personne féministe ou pro-féministe que plusieurs éléments de Friends sont problématiques. Il y a une homophobie, ainsi qu’une grossophobie, qui sont latentes dans plusieurs épisodes (coucou les blagues sur Susan et Carol, ou les scènes de lycée avec Monica) ; mais ce n’est pas tout. Beaucoup de scénarios d’épisodes sont tout à fait sexistes : prenons par exemple « The One with all the poker » (saison 1 épisode 18) où non seulement les garçons savent jouer au poker et les filles ne savent pas au début, mais en plus elle se comportent comme de vraies cruches sans cervelles lors d’une partie (N.B c’est un exemple parmi beaucoup d’autres). Ça peut paraître bête et anecdotique dit comme ça, mais de telles scènes sont omniprésentes dans Friends

Evidemment, l’argument de l’humour peut ici être invoqué*. Malheureusement, la comédie n’explique pas tout, car ce genre de péripéties – aussi superficielles soient-elles –  témoignent de quelque chose de plus profond. Lorsque ces clichés sont sur-représentés dans nos médias, ils transmettent un message qu’on le veuille ou non. Ainsi une jeune fille qui regarde Friends sera forcément influencée par ce qu’elle y verra ! Dans le sitcom, les filles aiment le shopping, elles sont plus romantiques ; les hommes ne rappellent pas leurs copines et vont voir des matchs de hockey/basket. Bien sûr, tout.e vrai.e fan de Friends me reprochera d’avoir grossi les traits, et c’est pas faux ! Il y a heureusement chez les personnages une certaine réalité qui dépasse ces clichés genrés. D’ailleurs, il est intéressant de constater que les personnages les plus genrés de la série sont au final ceux qui, je trouve, ont le plus de profondeur réaliste : je pense à Rachel et Joey.

En fait, Friends est un digne représentant d’un phénomène que j‘aime appeler le « sexisme télévisuel bienveillant des années 90’ – 2000» , à défaut d’avoir trouvé un nom plus accrocheur. C’est quelque chose que j’ai pu remarquer dans de nombreux films et séries datant des années 90 ou 2000, particulièrement dans les comédies romantiques. Désireux de faire apparaître dans leurs scénarios des femmes indépendantes et fortes, des personnages féministes donc, beaucoup de scénaristes de productions « mainstream » n’ont fait que creuser les clichés. Parce que oui, cette fille indépendante est aussi très belle, accro au shopping et à ses copines ; elle est également souvent très seule et à la recherche de l’amour parfait. Et en face, évidemment, il y a l’homme parfait qui finira par la séduire. Il est indéniable que ça part d’une bonne intention : en représentant des personnages comme Rachel qui galère avec son petit boulot de serveuse mais qui est enfin indépendante ou Monica qui a une autorité bien plus affirmée que le reste du groupe, Martha Kauffman et David Crane ont sûrement voulu enfin représenter des « vraies » femmes… Mais ont oublié de s’éloigner d’autres clichés sexistes, allant même jusqu’à les renforcer pour la comédie. Laissez-moi vous dire que j’ai regardé un nombre inavouable de comédies romantique de cette période, et c’est le cas dans près de 99% des films.

N’oublions pas le personnage le plus problématique de Friends, Ross Geller évidemment. Si vous êtes comme moi et avez découvert Friends durant votre adolescence, alors peut être que vous avez, comme moi, pris un certain temps avant de réaliser à quel point Ross était un pauvre type. Vu de loin, il paraît plutôt chouette : très gentil, romantique, amoureux de la science… Mais de plus près, c’est pas joli joli. En dehors de son comportement avec les femmes en général (« Ouin ouin je suis gentil pourquoi toutes les femmes n’aiment que les hommes qui leur font du mal »  )  , la façon dont il traite Rachel est ABERRANTE. N’oublions tout de même pas que Ross est l’inventeur du nauséeux concept de la « friendzone » dans la première saison… Puis il est jaloux, hyper patriarcal et moralisateur, sans compter que même s’ils étaient on a break, franchement c’pas très cool de coucher ailleurs le soir de ta rupture et de vouloir le cacher à tout prix pour pouvoir te remettre avec elle, non ? Ross est tellement sexiste qu’il fait tout pour que la personne gardant sa fille ne soit pas un homme parce que « un homme nounou, c’est bizarre ». Il est le prototype du « nice guy », ce mec qu’on a tou.te.s connus qui pense que tout lui est dû parce qu’il est gentil, mais qui derrière cette façade est en fait misogyne et manipulateur.

 

Alors voilà l’état des lieux : Friends est rempli de clichés sexistes, de remarques homophobes, de personnages douteux. Mais Friends c’est aussi cette série qui aura toujours une place spéciale dans mon cœur de série-addict, celle qui me console et qui me réchauffe lors de journées pluvieuses. N’oublions pas que c’est aussi truffé de blagues non-sexistes hilarantes et d’une vraie tendresse; quand on regarde Friends on se sent toujours un peu représenté.e à l’écran.

Etre féministe, c’est avoir le choix d’aimer ce que l’on veut, que ce soit problématique ou non. Ce qui pose réellement problème dans Friends, et dans tout autre film/série sexiste, c’est son contenu et ce qu’il peut transmettre à des personnes (des jeunes mais pas seulement !) moins bien informées ou plus facilement manipulables. Le plus important c’est donc d’apprendre à tout le monde à savoir décrypter une représentation sexiste, tout en sachant assumer ses goûts et ses choix. Ce n’est pas facile, et la route est encore longue !

 

*Vous pouvez retrouver mon article sur ce sujet ici!

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