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Lettre au(x) poil(s)

Posté par Ju le Zébu 17 février 2018 0 commentaire

Chers vous tous,

Je suis impressionnée de voir tous les horizons dont vous venez : jambes, pubis, les quelques isolés du nombril, aisselles, bras, tête ! Vous êtes tous très différents : longs et épais, courts et transparents, fins et bruns… Et pourtant, vous avez tous ce corps en commun, le mien.

Je profite de la trêve hivernale (du rasoir) pour faire un petit point avec vous et poser cette inquiétante question : que vais-je faire de vous lorsque les beaux jours reviendront ?

Cela fait maintenant trois mois que je n’ai pas rasé mes aisselles. Les jambes y sont passées de temps en temps mais pas le pubis. J’ai continué à arracher à la pince à épiler les récalcitrants du nombril et des sourcils. Dans l’ensemble, c’est quand même un peu la fête du poil. Il faut dire que vous êtes passés de l’étiquette « tabou » à « on en parle » à la télé (émission Poilorama sur Arte), sur l’internet avec les vidéos de Loupche par exemple et que j’ai pu observer, certes peu, quelques poils fleurirent sur une jambe là et sous une aisselle par ici chez d’autres femmes qui n’avaient pas l’air gênées, sales ou viriles. Juste naturellement poilues. Je ne vais pas vous cacher qu’au début je trouvais cela un peu repoussant. Il a fallu du temps et pas mal de déconstruction.

Comme la plupart des filles qui s’épilent ou se rasent, j’ai commencé au collège. Comme les boutons sur le nez, les poils c’était moche. Il fallait s’en débarrasser. Je pense que je n’avais alors qu’une amie qui vous laissait en paix parce qu’elle pensait que vous couper ne ferait qu’empirer la situation. Je ne sais pas si elle avait raison mais j’aurais peut-être dû faire pareil. A ce moment là je n’avais ni la maturité, ni le courage de remettre ce baptême du rasoir en question. Je ne me suis pas épilée parce que ma mère ne le faisait pas et de toute façon j’étais assez douillette (j’ai au moins respecté cette sensibilité). La majorité de mes copines avaient des épilateurs, ce qui me mettait un peu la pression et me donnait l’impression de m’occuper de mes poils n’importe comment. Mais après tout, je m’en fichais un peu et surtout j’avais la flemme de m’imposer ce rituel arracheur. C’était déjà assez emmerdant, disons-le, de se raser régulièrement. Quand on y pense, ma flemme et mon goût pour le naturel (pas trop de maquillage, pas de coloration, etc) me préposaient déjà à vouloir vous laissez libres de pousser.

Je dois cependant vous montrer mes faiblesses. Pour cause de manque de temps, cela fait environ trois mois que je ne suis pas aller à la piscine. Mais c’est aussi à cause de … vous. Je n’assumerais pas de laisser des poils dépasser de mon maillot de bain… et puis mes aisselles … Cela me fendrait un peu le cœur de vous couper maintenant que vous avez bien poussé (voilà que je me prends pour un jardinier!). Je me suis bien habituée à vous, sous mes aisselles, et je vous trouve plutôt harmonieux… Vous allez me dire : « Qu’est-ce que tu attends pour sauter dans le grand bassin alors ? ». Je ne suis pas tout à fait prête dans ma tête. J’imagine les doigts pointés des mémés, les ados qui pouffent dans mon dos, le regard interloqué du maître nageur, etc. J’ai déjà un peu de mal à me balader en débardeur chez mes parents… Alors la piscine, haut lieu d’exhibition des corps ! Et puis, dans mon microcosme, ça passe, mais les réactions sont dans l’ensemble assez virulentes encore !

En fait, il n’y a que seule chez moi ou avec mon copain que je ne pose pas de question. C’est déjà bien. Vous allez rigoler, mais je pense qu’il vous aimait bien avant moi! Il faut dire qu’il est plutôt du genre poilu donc ce serait malvenu de sa part, comme de tout homme, de m’imposer une stricte épilation. Ou quoi que ce soit d’ailleurs. C’est tout de même poilant que la chasse aux poils soit plus ou moins imposée à la moitié de la population qui en a, généralement, le moins. L’inverse ferait trop mal aux mâles !

Je vous propose ce deal  : pour le moment, on reste comme on est, velue, et pour la piscine on ira par étape. Pas de précipitation et pas d’épilation. Quand je me sentirais assez forte j’irai toute seule à la piscine. Avec vous.

Bisettes,

Ju.

Un peu plus de poils :

Poilorama : https://www.arte.tv/fr/videos/RC-014204/poilorama/

Loupche :  https://www.youtube.com/watch?v=eIrWmP2O9DI

et https://www.youtube.com/watch?v=5_rUdcHw4rU

 

 

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