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Lettre à ma cup

Posté par Ju le Zébu 29 mars 2017 0 commentaire

Suite de la lettre à mes règles.

Salut Cupine,

J’espère que tu es bien installée, au chaud, pas trop à l’étroit.

Je suis bien contente qu’on est fini par se trouver toi et moi. Ce n’était pourtant pas gagné. Il faut dire que j’avais quelques préjugés et tabous à ton égard et de manière générale envers mon corps ! Tu éveillais en moi une once de dégoût. Oui, oui, carrément du dégoût. Une copine racontait qu’il fallait te vider dans les toilettes. A dire vrai, je ne comprenais pas non plus exactement comment tu étais faite. Et puis quelle idée de se faire une petite cup de sang. Beurk. Mais tout ça, c’est du passé. Le vernis de l’ignorance a été gratté !

Vois-tu, avant j’utilisais des tampons medium et mini ainsi que des serviettes ultra absorbantes pour la nuit. Toute une artillerie ! Une sacrée panoplie dans mon sac et après dans la poubelle. A la maison, je ne te raconte pas, les montagnes débordantes de cotons ensanglantés lorsque ma mère, ma sœur et moi avions nos règles en même temps. La chose était assez fréquente, comme si nous nous calions sur les cycles les unes des autres. 

Lorsque j’ai commencé à faire mes courses moi-même, j’ai pris conscience du trou que cela causait dans mon budget aussi. Pourtant, impossible de s’en passer… Et dire que nous sommes prêt de la moitié de la population à en avoir besoin pendant une longue période de notre vie. « Remboursées », qu’elles disaient ! 

Comprends-tu, je suis un peu prude. Parler de mon corps n’est pas évident. Autour de moi c’est une autre histoire. A la fac, mes amies et mon copain parlaient librement de fluides, de sang et de cup mais je m’obstinais à ne rien dire et à acheter mes protections classiques. Cependant, j’écoutais et tu faisais ton petit bout de chemin jusqu’à ma raison. Je lisais des articles féministes et des fanzines « Ragnasses » (très chouette, je te les recommande !). Et il y a eu l’augmentation des cas d’infections liées à l’utilisation de tampons… L’actualité jouait en ta faveur. 

Ma relation avec toi, débuterait bien mieux que celle que j’avais entamé dans la violence avec les tampons. Fichu petit missile de coton ! Je te raconte cette anecdote pour que tu comprennes un premier changement qui s’est opéré dans ma relation à mes règles et mon corps.

Je me rappellerai toujours du premier tampon. Ce fut douloureux mais je n’avais pas le choix. J’avais environ 13 ans et nous passions le weekend  sur le bateau d’eau douce de mon oncle. Nous étions dimanche, isolés de tout commerce. Je m’amusais beaucoup avec mon frère et ma sœur à sauter du ponton, nager et replonger. Et puis, plouf, mes règles débarquent au fond de mon maillot. Fin de la baignade, début des crampes. Ingénue que j’étais alors, je n’avais pas prévu de protections hygiéniques d’urgence. Alors, vite, vite, je demande à ma mère mais elle n’avait que des tampons énormes ! Vraiment énormes ! Je ne savais pas comment ils allaient bien pouvoir entrer… Marcher devenait désagréable et rester assise aussi. J’avais comme un bouchon entre les jambes. C’était sec et ça frottait mes muqueuses… Je ne sais plus exactement comment étaient mes flux à cette époque mais sûrement pas assez importants pour un gros tampon, d’où l’irritation. Il était probablement mal mis en plus. 

Par la suite, j’ai essayé avec des plus petits. C’était quand même drôlement plus pratique que les serviettes. Ça ne sentait ni le sang ni le parfum synthétique des serviettes et permettait d’être tranquille plusieurs heures d’affilées. Comme avec toi. C’était aussi une première approche de l’intérieur de mon vagin en glissant le tampon. Certes, on garde un peu ses distances : pour l’enlever il y a la cordelette. Ce n’est pas la peine de mettre les doigts dedans comme avec toi. Mais tout de même, on risque de se mettre un peu de sang sur les doigts ! Les mains dans le cambouis quoi !

Et puis, à la rentrée, je t’ai commandé sur l’internet. Honnêtement, j’étais un peu perdue : taille, embout, couleurs et paillettes ! On se serait cru dans un magasin de prêt-à-porter. J’ai demandé conseil à une amie, j’ai lu des articles et je t’ai choisie. Taille S, violette, embout rond. Une fois, déballée, je t‘ai observé. Tu étais rigolote. Toute en silicone naturel de je ne sais plus quoi. Je me suis demandé comment tu allais t‘installer pendant mes prochaines règles. Envahissante ? Discrète et timide ?

Alors que je partais en voyage (te rappelles-tu?), mes règles ont commencé. Il aurait été plus rassurant d’être à la maison pour débuter notre collaboration. Les toilettes du restaurant, de l’aéroport, de l’auberge de jeunesse… Toutes me semblaient un peu hostiles ! J’ai cru à une ou deux reprises que tu étais coincée, que je ne pourrais plus t‘enlever, qu’il faudrait aller aux urgences et expliquer en allemand que j’avais une cup coincée. Heureusement, il n’en était rien. J’étais assez curieuse de te voir te remplir. C’était la première fois que je voyais mon sang menstruel concentré sous cette forme liquide. J’en observais la texture sous un nouvel angle mais aussi la quantité, chose difficile avec un tampon. C’était assez drôle de le verser dans la cuvette : « Buvez, ceci est mon sang ! ». Je commencerais presque à avoir de l’humour concernant mes fluides ! Et puis, il n’y a pas à dire, il est assez commode de te vider dans les toilettes. Emballer, emmailloter, serviettes et tampons afin d’éviter la vue du sang au prochain utilitaire de la poubelle est assez ennuyant. Comme s’il s’agissait des preuves d’un crime !

Te mettre en place n’est pas bien compliqué. Je te plis en deux. Tu formes alors un « C » et je te glisse comme les tampons mais plus loin. Lorsque tu es au fond je te lâche et si tout va bien tu te déploies et l’effet ventouse empêche les fuites.

Mais parfois, tu me fais de mauvaises blagues. Tiens, il y a deux jours par exemple. Chouette mes règles arrivent ! Je suis allée te chercher pour te stériliser et puis hop au boulot ! Je ne sais pas si tu faisais la tête mais pendant deux jours tu n’as pas voulu assurer l’étanchéité de mes pauvres culottes… C’est probablement parce que je t‘avais mal mise mais quand même ! Quatre culotte souillées ! Je sentais que ce n’étais pas tout à fait comme il fallait… Un autre tour que tu aimes me jouer, c’est refuser de sortir. Frileuse ! Tu glisses un peu plus au fond et je galère. J’attends un peu et quelque chose se détend. Et là, je te pince et te retire. Heureusement, on s’entend plutôt bien de manière générale.

Chez mes parents, notre relations fait émettre quelques critiques et jugements infondés. Ma mère, d’ordinaire si tolérante (à l’image de ses Pays-Bas natals) m’a dit trouver ça « un peu gloomy ». Et lorsque j’ai voulu te stériliser l’autre jour, elle ne voulait pas que j’utilise les casseroles avec lesquels on cuisine ! Pas hygiénique apparemment. Je lui ai pourtant dit que je te nettoyais, qu’il s’agissait juste de t‘ébouillanter cinq minutes (et puis à 100°C, il ne reste pas grand chose de vivant ou sale dans une casserole, mais bon). Résultat, nous avons obtenu une casserole de la honte qui doit être rangée dans ma chambre. Ce ne doit pas être facile pour ma mama de changer les habitudes en matière de menstruations. En plus, elle entame la ménopause qui est une autre paire de manches. Pourtant, le fait que je t‘achète a dû la faire un peu réfléchir ou au moins te considérer comme une option. L’autre jour, elle me montrait sur son téléphone une vidéo publicitaire humoristique pour une marque de coupe menstruelle (et oui, vous autres commencez à avoir un peu la cote). Mon père, lui, semblait plus ouvert et lorsque je lui ai dit ton prix, il a répondu : « Le calcul est vite fait ! ».

Vite fait, vite fait… Oui mais j’ai mis du temps avant de me décider et vu la longueur des rayons de protections hygiéniques classiques, il y en a beaucoup qui ne vont pas se la poser tout de suite la question. Quand penses-tu que tes congénères vont prendre une place dans les rayons ? Je ne t’ai vu que sur l’internet et les Biocoop… 

Bon il temps d’aller m’habiller et de te vider.

A tout de suite,

Julia.

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