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« Ils disaient que j’étais flemmard » : interview d’un dys’

Posté par Ju le Zébu 4 janvier 2018 0 commentaire

Est ce que tu saurais définir ce qu’est la dyslexie ?

La dyslexie, c’est confondre certaines lettres, genre le b, le d et le p, ou encore le w et le v, à l’oral comme à l’écrit. Enfin pour moi personnellement. Et quand je lis aussi. Du coup ça me fait confondre des mots.

Comment tu t’en es rendu compte ?

C’est mes parents qui s’en sont rendus compte, vers 6 ans, donc au CE1. Ils s’en sont rendus compte dès que j’ai commencé à écrire, et m’ont envoyé voir une orthophoniste. Les professeurs, à cet age là, s’en sont pas rendus compte : ils disaient que j’étais flemmard, que je n’écoutais pas en classe. Plus tard, vers le CM2, la 6e par contre, les profs me disaient que j’étais analphabète, c’était assez violent. On me reprochait d’être feignant, mais aussi d’être plus bête que la moyenne.

Du coup, comment ta mère a réagi ?

J’avais des cours particuliers avec ma mère, ou j’écrivais beaucoup de dictées, et je lisais beaucoup pour compenser. L’orthophoniste m’a beaucoup aidé : elle me faisait jouer à des jeux pour ne pas confondre les lettres. C’était vraiment bien, parce qu’on apprend plus facilement en s’amusant et ça m’a permis de ne pas bloquer sur la lecture et l’écriture. Par exemple, on écrivait des histoires ensemble, et je devais écrire des bouts de l’histoire. On corrigeait ensuite ensemble.

Tu as fais combien de temps chez l’orthophoniste ?

Du CP jusque en 4e. Ma mère a vraiment remarqué tôt qu’il y avait quelque chose chez moi, et que ce n’était pas de la feignantise. Elle a vraiment assuré, surtout qu’elle ne connaissait même pas l’existence de ce handicap, c’était aussi un monde nouveau pour elle, et elle s’est vraiment battu pour que je puisse rattraper mon retard en lecture et écriture. C’était des amis à elle qui lui ont conseillé d’aller voir un orthophoniste, pour voir si tout allait bien.

Ensuite, c’est l’orthophoniste qui a diagnostiqué la dyslexie. Suite à ça, ma mère en a parlé aux professeurs, et ils ont eu du mal à l’accepter, ils comprenaient pas. Ils disaient que c’était des excuses au fait que je sois un mauvais élève, et ils ne reconnaissaient pas du tout que j’avais un handicap. Après c’était surtout en primaire qu’ils étaient comme ça. Ils s’en foutaient complètement. Quand je suis rentré au collège, certains profs ont commencé à comprendre.

Est-ce que ça se passait bien avec les autres élèves ?

Avec les autres élèves c’était compliqué. J’ai déménagé au collège, et du coup mes anciens amis savaient que j’avais des difficultés donc ils me faisaient pas de réflexions méchantes, mais les nouveaux élèves ne comprenaient pas : il y avait des moqueries, et surtout ils ne comprenaient pas pourquoi j’avais un tiers temps, ils trouvaient que j’étais privilégié et que j’en avais pas besoin. Sans se rendre compte que j’avais un handicap, parce qu’il ne se voit pas. En fait le tiers temps, il me sert beaucoup car ça m’épuise énormément de me concentrer pour pas confondre les lettres. Quand j’étais petit, après deux heures de contrôle j’étais super fatigué, j’allais me coucher directement après. Et puis avec le tiers temps tu es dans une salle à côté, du coup, les autres élèves comprennent directement que j’étais pas comme eux.

Après, à partir du lycée, j’ai arrêté de demander le tiers temps, car c’était plus simple les cours au lycée (j’étais en bac pro), et qu’il y avait moins de cours à l’écrit. Et puis j’avais pas envie de me mettre dans une pièce tout seul aussi.

Est ce que ça a un rapport avec le regard des autres ?

Oui carrément, le jugement des autres m’a beaucoup affecté. Quand je suis arrivé au collège j’ai pris une claque, j’étais nouveau, et les enfants jugeaient beaucoup. Les années collège c’était vraiment les pires. Mais c’est aussi parce qu’il n’y a pas assez de sensibilisation. Franchement, c’est le cas pour tous les handicaps, on n’explique pas aux jeunes ce que c’est et que c’est déjà difficile à vivre, parce qu’il faut compenser, mais en plus de ça, si les autres se moquent, bah ça devient vite invivable. On a tendance à voir que les grandes bases du handicap, mais on sait pas ce que ça recouvre vraiment comme réalité.

Après, les moqueries se sont calmées au lycée. C’est sûrement parce que déjà j’en parlais qu’à mes amis les plus proches. Je n’ai pas pris le tiers temps non plus et j’en parlais pas à tout le monde, car je voulais pas revivre les années collège. Et puis aussi, j’étais en Bac pro du coup il y avait moins l’élitisme de « il faut bien écrire sans faute » par rapport aux bac généraux.

Est ce qu’il y avait d’autres personnes dyslexiques dans les classes ou tu as été ?

Oui, il y en avait deux autres, mais qui ne le disaient pas non plus. Je m’en suis rendu compte, car elles faisaient le même genre de fautes que moi. Et eux, ça n’a pas été pris en charge, alors que moi oui. J’ai eu beaucoup de chance de ce point de vue la, car ça m’a vraiment permis de compenser, j’ai lu beaucoup de livres, et beaucoup de BD. J’ai lu tous les Gaston Lagaffe par exemple. J’ai pas mal de chance car encore aujourd’hui j’aime beaucoup lire, et c’est quelque chose que la plupart des personnes dys aiment pas du tout, car il y a un blocage, ou que c’est dur. Dans ma famille, tout le monde lit énormément. Ça aide.

Maintenant que tu es adulte comment tu le vis ?

Bah beaucoup mieux, déjà parce que c’est très rare que je sois obligé d’écrire maintenant. La plupart du temps, je demande aux autres d’écrire à ma place, parce que j’ai quand même un blocage vis à vis de ça. Je me dis que j’y arriverais pas, c’est compliqué.

Est ce que tu as moins de difficultés avec un téléphone ou un pc pour écrire ?

C’est plus simple, car il y a le correcteur orthographique : j’essaye de bien écrire les mots, et ensuite même si je confonds les lettres, le correcteur va bien me l’écrire donc c’est vachement mieux.

Propos recueillis par Sarah  (amatrice de Shakespeare, jeux de rôle et bon p’tits plats vegan), interview donné par Gabin (doué de ses 10 doigts, cap de tout et fan de Gaston).

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