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« Godless », une série western féministe?

Posté par MaryCherryTree 22 décembre 2017 0 commentaire

 

La nouvelle série Netflix, Godless, est sortie en novembre 2017 et fut créée par Scott Frank, ainsi que co-produite par Steven Soderbergh (l’homme derrière la trilogie des Ocean’s, ou encore Erin Brokovich). On y retrouve quelques têtes connues, notamment Michelle Dockery (la Lady Mary de Downton Abbey) ou encore Thomas Brodie-Sangster (surtout connu pour le rôle du petit garçon Sam de Love Actually).

On suit deux histoires : celle du hors-la-loi Roy Goode, poursuivi par son ancien acolyte Frank Griffin, véritable psychopathe effrayant à la morale douteuse. De l’autre, il y a la petite bourgade de La Belle, habitée quasi-entièrement de femmes, après qu’un coup de grisou a emporté tous les hommes qui travaillaient dans la mine voisine à ce moment-là. Lorsque Roy Goode est hébergé par Alice Fletcher (remarquablement interprétée par une Michelle Dockery bien éloignée du thé et des crumpets de Downton Abbey), le destin de La Belle devient irréversiblement lié à celui du bandit…

Certain.e.s ont avancé que Godless présentait un renouveau du Western, mais il n’en est rien ; bandit au grand cœur, méchant assoiffé de sang, shérif vieillissant, amours interdits, duel de revolver… Tous les éléments du western classique sont réunis. Ce qui fait la spécificité de Godless, c’est son format de mini-série très efficace (7 épisodes de 1h15 en tout), et son éventail de personnages féminins réussis. Plus question de cantonner les femmes à leurs traditionnels rôles de mères et épouses : elles sont féroces, riches (d’ailleurs, la femme la plus riche et la plus influente de La Belle n’est autre…que la prostituée !), puissantes ; elles sont vraies, tout simplement.

Les moments « girlpower » de cette série sont multiples ; je vous assure qu’il n’y a pas grand-chose pour une féministe de plus jouissif, et malheureusement de plus étonnant, que de voir des femmes tirer à la carabine ! Cependant, il est important de tempérer le « féminisme » de la série, car beaucoup de scènes sont empreintes du white male saviour complex (cette tendance agaçante des médias à toujours faire sauver des victimes féminines en détresse par des hommes cis blancs hétéros héroïques, surtout lorsqu’elles sont en train de se faire agresser sexuellement), et bien que les femmes y tiennent un rôle central, le scénario est basé sur les personnages masculins.

En somme, Godless est très réussie : la photographie est superbe, les personnages très attachants. La lenteur de certains plans parvient à capturer le paysage vertigineux du Grand Ouest américain, véritable désert montagneux où la cruauté semble régner ; comme son nom l’indique, Godless est l’histoire d’un territoire où il n’y a pas de Dieu, comme s’il avait décidé de laisser de côté cette terre sauvage. Amateur.rice.s de westerns, cette série est, avec la merveilleuse Deadwood (HBO), la meilleure série du genre. Elle a ses défauts, comme un scénario trop prévisible ou une poésie trop forcée, mais nous plonge totalement dans le bain du Grand Ouest Américain !

Le petit plus : Une BO touchante et une histoire d’amour homosexuelle très réussie.

Le petit moins : La série est trop gore, surtout ses premiers épisodes. Bien que je sois la première à dire que la violence peut parfois servir à l’intrigue, il y a une limite, surtout lorsqu’il s’agit de violences sexuelles (omniprésentes ici). Donc attention à vous si vous êtes sensibles au sang, à la souffrance, et aux violences sexuelles à l’écran.

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