PersoVoyages

De l’Art de prendre le TGV

Posté par MaryCherryTree 25 avril 2017 0 commentaire

9h38. Les champs de colza défilent, mon dos n’en peut plus, un bébé pleure. Pas de doute possible, je suis dans le TGV. Comme très souvent, d’ailleurs ; une relation à distance, des ami.e.s éparpillé.e.s un peu partout, et une famille qui habite à l’autre bout du pays n’aidant pas. Le TGV n’est plus un mode de transport pour moi, mais un mode de vie. Son plafond gris et vert et son parfum de vieille moquette nourrissent mon âme et mes souvenirs………

Une semaine avant le départ. Ça y est, les billets sont réservés. Le site « Voyages SNCF » est comme un vieil ami : on se taquine (c’était vraiment trop drôle quand il m’a fait croire qu’il ne restait plus que des places carré-couloir), on s’engueule parfois (je me rappellerai toute ma vie du jour où il a voulu me faire payer plus de 40€ pour un Poitiers-Bordeaux), mais au fond on s’aime. Mon train partira à 7h17 et je serai voiture 16, place 86, à l’étage, et côté fenêtre. J-7.

La veille du départ. Il est temps de préparer ma valise. Ou plutôt, d’enfin vider ma valise de la semaine précédente, réel travail d’archéologue (elle était là ma deuxième chaussette !!), et d’en refaire une nouvelle. Dans l’étape cruciale des sous-vêtements à emporter, veillez à appliquer la méthode dite du « +1 ». Vous partez trois jours ? Emportez donc 4 caleçons/culottes, 4 paires de chaussettes… On sait jamais quels accidents peuvent arriver, croyez moi.  On se calme sur les paires de chaussures, sur les livres (je vous assure qu’en 3 jours vous ne lirez guère plus de deux romans), mais on se lâche sur les bijoux et accessoires (ça ne prend pas de place).

6h17 : Mon réveil sonne. Je contemple quelques minutes la possibilité de rater mon train et de prendre le suivant. L’état de mon compte en banque évacue ces rêves de mon cerveau toujours cotonneux, et je me lève. Il faut opter pour un petit déjeuner nourrissant, éviter de boire des litres de thé/café, et choisir des vêtements confortables pour le trajet. Avant de partir, surtout vérifier si vous n’avez pas oublié le carré magique : BILLET/ CARTE DE REDUCTION SNCF, CHARGEURS, TROUSSE DE TOILETTE, ECOUTEURS. Allez, c’est parti !

7h12 : Arrive l’épreuve terrible de la valise à caser dans les 3 cm² prévus à cet effet dans les TGV. Si vous faites 1m55 comme moi, vous comprendrez vite qu’espérer la caser au-dessus des sièges est utopique. Il ne reste plus que trois options.

1- Demander de l’aide à quelqu’un de plus grand que vous (ça ne devrait pas être trop dur à trouver) et d’aimable (espèce beaucoup plus rare dans la faune TGVienne)

2- Mettre à profit vos années d’entraînement à Tétris.

3- Prier qu’il reste de la place sur les porte-bagages en milieu de voiture (à ce stade, faire un sacrifice pourrait vous aider).

7h17 : Oh joie ! Jamais je n’ai connu de siège plus confortable que cette place 86, dans la voiture 16 du TGV 7202. Je revis. Certes, il n’y a pas de prise, un chewing-gum sous mon accoudoir, et mon sac à dos loge à peine sous mes pieds. Mais Dieu que je suis bien. Mon voisin arrive : ouf, c’est un businessman.

BREVE TYPOLOGIE DU VOISINAGE DANS LES TGV

Le/La jeune étudiant.e (niveau de difficulté : 0). Très similaire à mon profil, l’étudiant.e essaie de se faire oublier. Iel met des écouteurs et regarde une série, ne peut pas s’empêcher de jeter un coup d’œil sur ce que je fais sur mon écran, et passe plus de temps à attendre d’avoir du réseau qu’à envoyer des messages.

Le/La business.man.woman (niveau de difficulté : 1). Toujours en costard, le/la business.man.woman est un.e expert.e en partage de connexion et en organisation de table. Iel arrive à loger son Mac, son dossier agrafé et son thermos sur 30*30 cm. Si vous n’avez pas suivi mon conseil et avez quand même englouti 1L de café au petit dej, sachez que le.la business.man.woman est presque impossible à faire bouger en moins de deux minutes en cas de besoin pressant.

Le.La retraité.e (niveau de difficulté : 2). Ne cherchez pas plus loin, la personne qui fait tout ce vacarme en parlant à voix haute au téléphone sans prendre le temps d’aller entre les voitures, elle est là. Ah, et le bonhomme qui semble avoir entouré son sandwich saucisson-mayo d’une bonne dizaine de feuilles aluminium et s’applique à les retirer une à une en faisant le plus de bruit possible ? Il est là aussi. La bonne nouvelle, c’est qu’iels prennent peu de place.

La famille nombreuse (niveau de difficulté : 3). Ne vous méprenez pas : j’adore les enfants. Quand ils sont à côté de moi, je suis gaga la première heure. Puis, au fur et à mesure que les cris s’intensifient, qu’ils regardent Bob l’Eponge avec le son à fond sur la tablette, et qu’ils mettent des miettes partout, mon sourire se crispe peu à peu. Prévoir une pommade en cas de crampe des zygomatiques.

Le mâle alpha (niveau de difficulté : 100). Véritable démon, il hante les couloirs du TGV et aime rendre la vie des autres la plus difficile possible. Les jambes bien écartées, le mâle alpha prend toute la place sur l’accoudoir, se colle à toi, te mate à travers les reflets sur la vitre, et regarde en général un film d’action en VF. Petite subtilité : le mâle alpha peut aussi être étudiant, businessman, retraité, ou père de famille. Prévoir un masque à oxygène en cas d’intoxication à son parfum Ralph Lauren.

9h32 : C’est la panique. Les contrôleurs sont là et je ne les avais pas vus arriver. Mon code barre n’est pas prêt, ma carte 12-25 est enfouie tout au fond de mon sac. Ils attendent. Qu’as-tu fais, Marie ? Ma vie est une spirale infernale vers les Enfers. Ma luminosité est trop faible, et ma photo d’identité s’est décollée de ma carte de réduction. Tout le monde me regarde, je viens de retarder des centaines de personnes dans ce TGV. Mes écouteurs sont emmêlés dans mon bracelet, jamais je n’ai connu une telle humiliation. A l’aide.

10h12 : Il ne me reste plus que 12% de batterie et 35 minutes de mon épisode de série à regarder. J’ai la haine.

10h42 : La faim me tenaille et je regrette soudainement mon maigre petit déjeuner de ce matin. Je songe à préciser dans mon article Berthine qu’il vaut mieux manger copieusement avant de partir.

11h25 : C’est l’arrivée ! Veillez à prévoir un.e ami.e ou un.e partenaire dévoué.e qui viendra vous chercher à votre voiture et ne rechignera pas à porter vos affaires. Après tout, vous venez de vivre une aventure épuisante !

Laisser un commentaire

Vous aimerez aussi