ActualitésHumeursIntimeTémoignages

De la nécessité d’apprendre à être seul.e

Posté par TomJoad 23 janvier 2018 0 commentaire

Rassurez-vous, je suis comme beaucoup d’autres une admiratrice incontestée de la fable de Sean Penn contant les aventures de Christopher McCandless et de son mémorable «Happiness only real when shared ». Et pourtant aujourd’hui, sans contradiction aucune, à l’aube d’une année 2018 déjà source d’espoir pour le « nouveau nous », je propose que nous prenions ensemble la résolution de nous décomplexer de notre asociabilité et d’assumer pleinement l’ambition de passer plus de temps seul.e, déserté.e par le reste du monde, orphelin.e de la présence de l’autre si essentiel.le mais bien trop collant.e.

C’est peut-être déjà risquer une opinion critiquable que de dire cela, et pourtant il existe une multitude d’arguments qui appuient l’allégation qu’il est temps d’apprendre à savoir être seul.e.

Première idée à laquelle il faut renoncer immédiatement, c’est celle qui tend à affirmer que le solitaire est un égoïste notoire ou un ennuyeux récidiviste, car il n’en est rien. En fait, prendre l’initiative de passer des moments avec soi afin d’inévitablement parvenir à mieux se connaître est un des actes les plus altruistes que l’on puisse accomplir afin d’éviter d’imposer à l’autre les conséquences de son mal-être dans un futur proche. Loin d’être ennuyeux.se, celui/celle qui a appris à rester avec lui/elle-même aura eu un bon bout d’existence pour se cultiver d’une part, et donc apporter ensuite à autrui l’intérêt de ses découvertes, mais aura tout bonnement plein d’expériences effectuées dans sa solitude la plus totale dont il/elle pourra conter les rebondissements ensuite.

Je remarquerais la tendance de la sociabilité (ou apparente sociabilité, réseaux sociaux obligent) à être une qualité perverse apposée à un être humain face à un autre, qui parce qu’elle est chez lui plus développée, à coup de démonstration de vie active en communauté, en fait un être quelque part supérieur ou davantage digne d’attention. En fait, je refuse que l’altérité, celle des sorties, des rendez-vous et des discussions devienne une obligation sociétale plus qu’une envie toute subjective. Il est préférable de prendre le temps d’avoir le temps pour soi plutôt que de le perdre à parler pour ne rien dire avec une quantité de personnes avec qui nous ne partageons rien, que nous ne désirons pas réellement revoir, et avec qui, par politesse ou habitude nous nous imposons de nous morfondre dans d’interminables conversations qui ne nous épanouissent pas.

Bien sûr, pour nous, solitaires novices ou allergiques confirmé.e.s à la proximité, l’objectif n’est pas facilement atteint. Il est temps de concéder que rien n’est plus effrayant que de se retrouver seul.e face à soi. On a beau chercher sans cesse à s’affranchir du regard de l’autre, rien n’est plus insupportable que notre propre vision. Et c’est peut-être la principale raison qui devrait nous pousser à nous enfermer avec nous-même régulièrement, car on s’habitue à tout, même à l’infernal mortel.le que, par défaut, nous sommes condamné.e.s à être. A l’inverse, ce processus est l’occasion d’arrêter d’être tourmenté.e.s par notre incapacité à vivre et aller vers les autres, et de dédramatiser en déconstruisant l’idée qu’il faut à tout prix être à ses aises avec un paquet de personnes et de situations qui franchement ne font rien pour nous faciliter la chose.

Cette année, osons être auto-suffisant.e.s. N’ayons pas peur d’être oublié.e.s, n’ayons surtout pas peur d’être rapidement catégorisé.e.s par une société qui nous paraît toujours bondée et sûrement trop intrusive simplement parce que nous apprécions la solitude, les ballades sans compagnons, les cafés sans interlocuteurs.trices, et les aventures au singulier. Par la solitude libérons-nous surtout d’une angoisse : celle qui nous fait nous replier sur nous-même lorsque nous ne comprenons pas pourquoi nous ne semblons plus pouvoir supporter partager notre monde avec cette foule d’inconnu.e.s, formidable et violente. Apprécions tous les plaisirs qui peuvent naître de la seule relation que nous entretenons avec nous-même, et même l’ennui si c’est possible.

Alors seulement nous serons devenus, sans nous en apercevoir, parmi les êtres les plus aptes à vivre avec les autres.

 

Laisser un commentaire

Vous aimerez aussi