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N’en déplaise à Mme Deneuve, le harcèlement n’est pas une forme de drague

Posté par MaryCherryTree 10 janvier 2018 0 commentaire

Dans une tribune publiée dans Le Monde mardi 9 janvier 2018 (vous pouvez trouver une version intégrale du texte gratuite ici) , cosignée entre autres par Catherine Deneuve, des femmes dénoncent le danger du « puritanisme »* sexuel qui menacerait notre société. Elles pointent du doigt la nécessité de différencier harcèlement et drague, de revoir l’ordre de nos priorités, de cesser de confondre l’artiste et son œuvre.

« La drague insistante ou maladroite n’est pas un délit, ni la galanterie une agression machiste » ; parmi les nombreuses déclarations problématiques du texte celle-ci, qui en est la deuxième phrase, en est la plus représentative, car elle se fonde sur une incompréhension qui structure le propos entier : ce que c’est que la drague.

Draguer quelqu’un c’est pourtant simple : exprimer un intérêt pour la personne, sans comportement dangereux, inapproprié ou déplacé, de façon explicite ou non, dans l’espoir de susciter un pareil intérêt chez la personne en face. J’admets que c’est un peu barbare comme façon de définir un acte aussi trivial, mais il semblerait que certain.e.s aient besoin d’une petite piqûre de rappel . A partir du moment où la personne en face n’est pas intéressée, persister lourdement ce n’est plus de la drague, c’est une agression. A partir du moment où votre comportement est physiquement ou psychologiquement menaçant (bloquer la personne dans un coin, la suivre, la menacer, interpeller un.e inconnu.e, voire le/la toucher, l’inciter à boire ou prendre des drogues, la faire culpabiliser…) ce n’est plus de la drague, c’est du harcèlement. A partir du moment où il n’y a pas consentement ce n’est plus de la drague, c’est du harcèlement.

Bien sûr que la drague maladroite existe : draguer maladroitement, c’est cette fille qui bat des cils tellement vite qu’elle frôle la crampe, ou ce mec qui pense que s’appuyer le coude contre un mur en boîte est toujours aussi séduisant que ça l’était dans les années 80’. Ce ne sont pas des comportements dangereux ; ce n’est donc pas du harcèlement.

Minimiser le problème de la sorte et accuser certaines femmes qui osent enfin lever la voix contre ce qu’elles ont vécu de nuire à la cause féministe, c’est nier une réalité sociale qui a des conséquences graves chaque jour. Comment peut-on être une femme, et donc avoir probablement vécu un ou des harcèlement(s), et défendre des hommes qui ont « pour seul tort que d’avoir touché un genou, tenté de voler un baiser » ? Ce n’est pas un comportement normal, et encore moins acceptable, que d’imposer un contact physique intime à un.e inconnu.e. C’est un acte tout à fait déplacé qui ne doit pas être normalisé. Ce n’est plus de la drague, c’est du harcèlement.

Partir du principe que cela ne devrait pas être sanctionné a deux conséquences significatives. Premièrement, ça revient au même que de nier l’importance du témoignage. Certaines femmes ont souffert, et souffrent toujours aujourd’hui, de l’impossibilité de témoigner (à cause du tabou à ce sujet, de la peur des représailles, du traumatisme…) ; réduire ce qu’elles ont vécu à un détail ridicule, c’est nuire à la liberté d’expression et à un mouvement de libération. Par ailleurs, le harcèlement fait partie d’une grande bulle de violences systématiques faites aux femmes ; en « laissant passer » certains comportements violents et dangereux, on légitimise un ensemble d’actes dont certains peuvent être encore plus graves. La distinction nécessaire entre harcèlement et drague n’est pas un simple détail mais un élément primordial dans la compréhension du système sexiste dans lequel nous évoluons tou.te.s.

Les auteures de cette tribune osent comparer le mouvement #BalanceTonPorc à une dynamique totalitaire de dénonciation et de puritanisme sexuel. Ce qu’elles oublient, c’est que le premier ressort d’une société totalitaire est celui de la peur ; une peur que beaucoup de femmes ressentent à chaque instant dans leurs milieux personnels, professionnels ; la peur de se faire agresser, harceler. Les mouvements #BalanceTonPorc, #metoo, et plus récemment #timesup, ne mettent pas en cause la liberté de s’exprimer ou d’agir, mais sont au contraire des moteurs essentiels de la libéralisation des femmes et de leur parole partout dans le monde.

Voilà pourquoi, mesdames, j’aime ce féminisme que vous critiquez rudement. Car il s’agit d’un combat pour qu’on ait la liberté de choisir ce que l’on veut, d’être ce que l’on veut ; il s’agit de défendre la possibilité de marcher dans la rue, d’aller à une réunion, ou dans le métro, sans être mises en danger, ou menacées. Bref : on aimerait vivre tranquillement et en harmonie les un.es avec les autres, et pour cela il serait bien que vous cessiez de rédiger de telles bêtises.

*toutes les citations sont directement tirées du texte

 

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« Godless », une série western féministe?

Posté par MaryCherryTree 22 décembre 2017 0 commentaire

 

La nouvelle série Netflix, Godless, est sortie en novembre 2017 et fut créée par Scott Frank, ainsi que co-produite par Steven Soderbergh (l’homme derrière la trilogie des Ocean’s, ou encore Erin Brokovich). On y retrouve quelques têtes connues, notamment Michelle Dockery (la Lady Mary de Downton Abbey) ou encore Thomas Brodie-Sangster (surtout connu pour le rôle du petit garçon Sam de Love Actually).

On suit deux histoires : celle du hors-la-loi Roy Goode, poursuivi par son ancien acolyte Frank Griffin, véritable psychopathe effrayant à la morale douteuse. De l’autre, il y a la petite bourgade de La Belle, habitée quasi-entièrement de femmes, après qu’un coup de grisou a emporté tous les hommes qui travaillaient dans la mine voisine à ce moment-là. Lorsque Roy Goode est hébergé par Alice Fletcher (remarquablement interprétée par une Michelle Dockery bien éloignée du thé et des crumpets de Downton Abbey), le destin de La Belle devient irréversiblement lié à celui du bandit…

Certain.e.s ont avancé que Godless présentait un renouveau du Western, mais il n’en est rien ; bandit au grand cœur, méchant assoiffé de sang, shérif vieillissant, amours interdits, duel de revolver… Tous les éléments du western classique sont réunis. Ce qui fait la spécificité de Godless, c’est son format de mini-série très efficace (7 épisodes de 1h15 en tout), et son éventail de personnages féminins réussis. Plus question de cantonner les femmes à leurs traditionnels rôles de mères et épouses : elles sont féroces, riches (d’ailleurs, la femme la plus riche et la plus influente de La Belle n’est autre…que la prostituée !), puissantes ; elles sont vraies, tout simplement.

Les moments « girlpower » de cette série sont multiples ; je vous assure qu’il n’y a pas grand-chose pour une féministe de plus jouissif, et malheureusement de plus étonnant, que de voir des femmes tirer à la carabine ! Cependant, il est important de tempérer le « féminisme » de la série, car beaucoup de scènes sont empreintes du white male saviour complex (cette tendance agaçante des médias à toujours faire sauver des victimes féminines en détresse par des hommes cis blancs hétéros héroïques, surtout lorsqu’elles sont en train de se faire agresser sexuellement), et bien que les femmes y tiennent un rôle central, le scénario est basé sur les personnages masculins.

En somme, Godless est très réussie : la photographie est superbe, les personnages très attachants. La lenteur de certains plans parvient à capturer le paysage vertigineux du Grand Ouest américain, véritable désert montagneux où la cruauté semble régner ; comme son nom l’indique, Godless est l’histoire d’un territoire où il n’y a pas de Dieu, comme s’il avait décidé de laisser de côté cette terre sauvage. Amateur.rice.s de westerns, cette série est, avec la merveilleuse Deadwood (HBO), la meilleure série du genre. Elle a ses défauts, comme un scénario trop prévisible ou une poésie trop forcée, mais nous plonge totalement dans le bain du Grand Ouest Américain !

Le petit plus : Une BO touchante et une histoire d’amour homosexuelle très réussie.

Le petit moins : La série est trop gore, surtout ses premiers épisodes. Bien que je sois la première à dire que la violence peut parfois servir à l’intrigue, il y a une limite, surtout lorsqu’il s’agit de violences sexuelles (omniprésentes ici). Donc attention à vous si vous êtes sensibles au sang, à la souffrance, et aux violences sexuelles à l’écran.

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Peut-on être féministe et adorer Friends ?

Posté par MaryCherryTree 25 octobre 2017 1 Commentaire

 

Mesdames et Messieurs, je vous présente : la question qui me hante et m’empêche de dormir. Car je suis féministe, et addict à Friends depuis pas loin de 10 ans. Mais ces deux passions sont-elles inconciliables ?

 

Il est évident pour toute personne féministe ou pro-féministe que plusieurs éléments de Friends sont problématiques. Il y a une homophobie, ainsi qu’une grossophobie, qui sont latentes dans plusieurs épisodes (coucou les blagues sur Susan et Carol, ou les scènes de lycée avec Monica) ; mais ce n’est pas tout. Beaucoup de scénarios d’épisodes sont tout à fait sexistes : prenons par exemple « The One with all the poker » (saison 1 épisode 18) où non seulement les garçons savent jouer au poker et les filles ne savent pas au début, mais en plus elle se comportent comme de vraies cruches sans cervelles lors d’une partie (N.B c’est un exemple parmi beaucoup d’autres). Ça peut paraître bête et anecdotique dit comme ça, mais de telles scènes sont omniprésentes dans Friends

Evidemment, l’argument de l’humour peut ici être invoqué*. Malheureusement, la comédie n’explique pas tout, car ce genre de péripéties – aussi superficielles soient-elles –  témoignent de quelque chose de plus profond. Lorsque ces clichés sont sur-représentés dans nos médias, ils transmettent un message qu’on le veuille ou non. Ainsi une jeune fille qui regarde Friends sera forcément influencée par ce qu’elle y verra ! Dans le sitcom, les filles aiment le shopping, elles sont plus romantiques ; les hommes ne rappellent pas leurs copines et vont voir des matchs de hockey/basket. Bien sûr, tout.e vrai.e fan de Friends me reprochera d’avoir grossi les traits, et c’est pas faux ! Il y a heureusement chez les personnages une certaine réalité qui dépasse ces clichés genrés. D’ailleurs, il est intéressant de constater que les personnages les plus genrés de la série sont au final ceux qui, je trouve, ont le plus de profondeur réaliste : je pense à Rachel et Joey.

En fait, Friends est un digne représentant d’un phénomène que j‘aime appeler le « sexisme télévisuel bienveillant des années 90’ – 2000» , à défaut d’avoir trouvé un nom plus accrocheur. C’est quelque chose que j’ai pu remarquer dans de nombreux films et séries datant des années 90 ou 2000, particulièrement dans les comédies romantiques. Désireux de faire apparaître dans leurs scénarios des femmes indépendantes et fortes, des personnages féministes donc, beaucoup de scénaristes de productions « mainstream » n’ont fait que creuser les clichés. Parce que oui, cette fille indépendante est aussi très belle, accro au shopping et à ses copines ; elle est également souvent très seule et à la recherche de l’amour parfait. Et en face, évidemment, il y a l’homme parfait qui finira par la séduire. Il est indéniable que ça part d’une bonne intention : en représentant des personnages comme Rachel qui galère avec son petit boulot de serveuse mais qui est enfin indépendante ou Monica qui a une autorité bien plus affirmée que le reste du groupe, Martha Kauffman et David Crane ont sûrement voulu enfin représenter des « vraies » femmes… Mais ont oublié de s’éloigner d’autres clichés sexistes, allant même jusqu’à les renforcer pour la comédie. Laissez-moi vous dire que j’ai regardé un nombre inavouable de comédies romantique de cette période, et c’est le cas dans près de 99% des films.

N’oublions pas le personnage le plus problématique de Friends, Ross Geller évidemment. Si vous êtes comme moi et avez découvert Friends durant votre adolescence, alors peut être que vous avez, comme moi, pris un certain temps avant de réaliser à quel point Ross était un pauvre type. Vu de loin, il paraît plutôt chouette : très gentil, romantique, amoureux de la science… Mais de plus près, c’est pas joli joli. En dehors de son comportement avec les femmes en général (« Ouin ouin je suis gentil pourquoi toutes les femmes n’aiment que les hommes qui leur font du mal »  )  , la façon dont il traite Rachel est ABERRANTE. N’oublions tout de même pas que Ross est l’inventeur du nauséeux concept de la « friendzone » dans la première saison… Puis il est jaloux, hyper patriarcal et moralisateur, sans compter que même s’ils étaient on a break, franchement c’pas très cool de coucher ailleurs le soir de ta rupture et de vouloir le cacher à tout prix pour pouvoir te remettre avec elle, non ? Ross est tellement sexiste qu’il fait tout pour que la personne gardant sa fille ne soit pas un homme parce que « un homme nounou, c’est bizarre ». Il est le prototype du « nice guy », ce mec qu’on a tou.te.s connus qui pense que tout lui est dû parce qu’il est gentil, mais qui derrière cette façade est en fait misogyne et manipulateur.

 

Alors voilà l’état des lieux : Friends est rempli de clichés sexistes, de remarques homophobes, de personnages douteux. Mais Friends c’est aussi cette série qui aura toujours une place spéciale dans mon cœur de série-addict, celle qui me console et qui me réchauffe lors de journées pluvieuses. N’oublions pas que c’est aussi truffé de blagues non-sexistes hilarantes et d’une vraie tendresse; quand on regarde Friends on se sent toujours un peu représenté.e à l’écran.

Etre féministe, c’est avoir le choix d’aimer ce que l’on veut, que ce soit problématique ou non. Ce qui pose réellement problème dans Friends, et dans tout autre film/série sexiste, c’est son contenu et ce qu’il peut transmettre à des personnes (des jeunes mais pas seulement !) moins bien informées ou plus facilement manipulables. Le plus important c’est donc d’apprendre à tout le monde à savoir décrypter une représentation sexiste, tout en sachant assumer ses goûts et ses choix. Ce n’est pas facile, et la route est encore longue !

 

*Vous pouvez retrouver mon article sur ce sujet ici!

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Les féministes ont-elles de l’humour?

Posté par MaryCherryTree 22 août 2017 0 commentaire

spoiler alert: la réponse est « oui »

 

“On peut rire de tout, mais pas avec tout le monde”. La fameuse phrase de Pierre Desproges, prononcée en 1982 lors d’une émission France Inter Le Tribunal des Flagrants Délires  est utilisée aujourd’hui à tort et à travers, jusqu’à en perdre son sens.  A la suite des attentats du 7 janvier 2015 visant le magazine Charlie Hebdo, les débats sur l’humour et la liberté d’expression ont pris une place importante dans les médias. Ainsi, des arguments tels que « on ne peut plus rien dire sans offenser quelqu’un maintenant » reviennent régulièrement sur le tapis, aussi faux soient-ils.

En effet, la racine même de cet argument serait qu’à l’époque, on pouvait faire librement des blagues sur tou.te.s, sans qu’elles soient perçues comme racistes/homophobes/sexiste etc. Ben ouai, Michel Leeb faisait bien des sketchs sur les noirs et Coluche des blagues sur les arabes, et ça passait !

Sauf qu’il est important de nuancer ce non-argument. Premièrement, ce n’est pas parce que ce n’était pas dit et diffusé dans les médias que l’offense de certain.e.s n’était pas bien là ! Au fond, qu’est-ce qu’on en sait ? De nos jours, avec le développement des réseaux sociaux notamment, il est bien plus facile de faire entendre sa voix pour critiquer tel.le ou tel.le humoriste et indiquer que l’on ne trouve pas ça drôle et que ça nous heurte.

Ensuite, n’oublions pas que l’humour n’est pas simplement une histoire de phrase placée ici ou là ; dans n’importe quelle situation, le comique évolue dans un contexte particulier. Il y a donc le public qui est à prendre en compte (il est d’ailleurs souvent un peu trop pris en compte, d’où la citation de Desproges qui est utilisée et sortie de son contexte ad nauseam dans les débats sur le sujet) , mais aussi et surtout celui ou celle qui fait la blague. Autrement dit, l’humour est avant tout une histoire d’intention et de contexte. Quelle est votre intention lorsque vous faites cette blague ? Est-ce vraiment faire rire, ou y a-t-il quelque chose d’autre ?

Si je suis certaine que mon interlocut.eur.rice n’est pas sexiste, ou homophobe, ou raciste, c’est-à-dire s’iel est clair sur ses intentions, alors je rirai à son second degré, que je percevrai comme tel. Un homme comme Coluche, activement engagé dans la lutte contre le racisme et qui riait de tout le monde, ne peut donc pas être comparé à un Dieudonné dont les « blagues » ne visaient que les juifs et qui tenait des propos flous au-delà de ses spectacles. En fait, le second degré n’en est un que si le premier degré a été entièrement balayé.

Je suis féministe, et si vos blagues sur le harcèlement, sur le viol, sur les femmes au foyer ou sur les règles ne me font pas rire c’est que je ne peux pas être certaine que votre humour soit dénué d’une véritable pensée sexiste ; ainsi, votre second degré n’est tout simplement pas réussi. Mais si je suis certaine de votre position sur le sujet alors je rirai sûrement beaucoup (parce que je suis bon public). L’humour noir n’est drôle en somme que s’il est bien fait!

Je suis féministe, et ceci ne me fait pas rire

 

Dans la question des « féministes qui n’ont pas d’humour », il y a un mot qui revient souvent, et c’est le terme de « troll ». Mais si, vous savez, ces petits rigolos qui s’amusent à écrire des messages ou des commentaires très agressifs pour provoquer un débat enflammé sur internet, mais c’est « juste pour rire » ! Sauf que disons-le très clairement : faire des menaces de viol et/ou d’agressions en tout genre à des inconnu.e.s, ce n’est jamais drôle. Insulter, traiter de « pute », de « mal baisée », critiquer violemment le physique, ce n’est jamais drôle. C’est extrêmement agressif et ça conduit bien souvent à des résultats tragiques, comme des complexes graves, des dépressions et, dans les pires cas, des suicides.

Ce n’est pas parce que je suis féministe que je ne sais pas rire. Mais parce que je suis féministe, je ne banalise plus les « blagues au second degré» qui n’en sont pas vraiment puisqu’on ne connait pas les intentions réelles de celui ou celle qui les fait, ni les propos haineux gratuits, ni les micro-agressions quotidiennes du style « t’es de mauvaise humeur parce que tu as tes règles ? » qui n’ont rien de drôle.

Je suis féministe et ceci me fait rire (je vous avait dit, je suis très bon public)

 

Alors plutôt que de se demander si les féministes sont des hystériques qui ne savent plus rire, et donc braquer son regard sur les victimes de ces micro-agressions, pourquoi ne pas regarder de plus près son propre comportement et s’interroger sur la légitimité de ses propres blagues ?

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Femmes pirates : personnages hors du commun pour destins hors du commun

Posté par MaryCherryTree 15 juillet 2017 0 commentaire

Qui n’a jamais entendu parler des pirates ? Des corsaires ? De leurs folles cavalcades maritimes ? Les drapeaux noirs peints d’une tête de mort, le coassement lugubre de perroquets multicolores, les îles au trésor, les sabres émoussés, évoquent en nous tous le souvenir de nombreuses histoires entendues maintes et maintes fois. Certaines sont fictives bien sûr, mais d’autres relatent les hauts faits de pirates ayant véritablement existé ; c’est par exemple le cas de Rackham et Barberousse.

Mais qui a déjà entendu parler de femmes pirates ? Comme dans beaucoup de sujets, les femmes ont été globalement oubliées dans l’histoire de la piraterie ; mais ces personnages aux destins hors du commun ont pourtant véritablement existé. Laissez-moi vous faire un bref portrait de quelques-unes d’entre elles…

 

Tout avait pourtant bien commencé pour Louise Antonini. Née à Ajaccio en 1771, fille d’un riche officier, elle aurait dû suivre la route qui était toute tracée pour une femme bourgeoise de l’époque. En plus clair : elle aurait dû épouser l’homme qu’on lui aurait imposé, devenir femme au foyer, puis mère, puis grand-mère. Mais Louise Antonini rêvait d’aventure, avait soif de gloire et de combats…

Alors elle a trouvé une solution simple : elle s’est déguisée en homme ! Ainsi vêtue et coiffée, les portes jusqu’alors fermées pour elles se sont ouvertes. Elle s’est engagée dans la marine française en tant que corsaire (les corsaires sont des pirates « officiels », engagés par l’armée nationale pour attaquer et piller des bateaux ennemis) : après de nombreux voyages partout dans le monde, Louise Antonini fut capturée par les anglais et jetée en prison. Ces prisons maritimes, ou « pontons », abritaient des centaines de prisonniers, tous vivant les uns sur les autres… Impossible de garder son identité cachée dans de telles conditions, dites-vous ? Et si ! Pendant près de 6 mois, Louise restera aux yeux de tous un homme. Petit plus : avouer son identité de femme l’aurait probablement aidée à échapper à ces conditions de vie terribles ; mais, dans une démonstration de courage et de détermination hors du commun, Louise n’abandonnera jamais volontairement sa fausse identité.

Suite à un examen médical, malheureusement, elle sera démasquée et dut mettre fin à sa carrière militaire. L’histoire ne dit pas ce qui arriva à Louise Antonini ensuite : mais elle a, sans aucun doute, continué à poursuivre son rêve de liberté avant de s’éteindre en 1861.

Le destin de Louise n’est pas sans rappeler celui de Julienne David (1773-1843), une autre corsaire française. Prisonnière de guerre, ayant vu sa famille entière se faire massacrer lors de la guerre de Vendée, Julienne David s’échappe de sa prison et choisit à son tour de braver les interdits, en se déguisant en homme pour aller naviguer et combattre.

Combien de femmes se sont ainsi déguisées pour se cacher parmi les rangs des corsaires, ou des pirates ? Les cas devaient être nombreux. Il est impossible de quantifier avec exactitude le nombre de femmes pirates ou corsaires !

Julienne David (à gauche) vue par l’artiste Raoul Guinet

Mary Read et Anne Bonny sont bien mieux connues du grand public. Est-ce parce qu’il existe des traces écrites plus précises à leur sujet ? Ou car leur histoire, pourtant réelle, ressemble à la plus hyperbolique des fictions ? Mystère…

Mary Read (1690-1721) a été élevée dans des conditions de vie très dures. Elle a grandi parmi les franges les plus pauvres de la société anglaise ; forcée de se déguiser en garçon dès son plus jeune âge pour pouvoir travailler et subvenir aux besoins de sa famille, il n’est pas étonnant qu’elle ait réussi à tromper autant de monde pendant autant de temps sur la véracité de son identité !

A 20 ans, sous le pseudonyme de Mark Read, elle s’engage dans l’armée de terre. Cependant, après quelques mois de service, elle tombe amoureuse d’un membre de sa troupe et lui révèle sa véritable identité, ce qui mit fin à sa carrière… Pour peu de temps ! Car quelques années plus tard, Mary redevient Mark et s’engage pour devenir corsaire. Petit hic : son bateau est abordé par des pirates, qui lui donnent un choix : être exécutée ou devenir pirate à son tour… Le choix est vite fait, et Mark Read s’engagea dans l’équipage du fameux pirate Rackham.

Rackham avait une maîtresse toute aussi impitoyable que lui : Anne Bonny. Respectée par tous les membres de l’équipage, Anne Bonny est une des rares femmes pirates qui n’a jamais eu à cacher son identité. Un jour, Anne croisa une jeune recrue, un certain Mark Read… Et en tombe amoureuse. Lorsqu’Anne décide de lui avouer sa flamme, Mark n’a pas eu d’autre choix que de lui avouer qu’il s’appelle en vérité « Mary », et qu’elle aussi est une femme ! Cette expérience lia les deux femmes d’une amitié très forte qui ne les quittera jamais.

Gravure représentant Mary Read (à droite) et Anne Bony (à gauche)

Certes, les femmes sont interdites à bord…. Mais Rackham, convaincu par le courage sans bornes de Mary, décide de l’accepter tout de même sur son bateau. Elle ne manquera pas de faire ses preuves, allant même jusqu’à défier un autre membre de l’équipage en duel pour protéger son amant…et gagner ! On raconte même qu’elle montrait son sexe aux hommes qu’elle s’apprêtait à achever pour leur montrer qu’une femme était tout à fait capable de les zigouiller. Plus badass tu meurs.

Le trio Rackham-Anne Bonny-Mary Read sème la terreur dans les Indes Orientales pendant des dizaines de mois. Lorsque leur navire est capturé, Anne Bonny et Mary Read sont les deux dernières à combattre, elles ne lâcheront leurs armes qu’une fois totalement encerclées.

Cependant, au moment de leurs jugements, les deux femmes bénéficient d’une certaine clémence. Pourquoi ? Parce que les deux sont enceintes ! Elles obtiennent donc le droit de rester en prison jusqu’à la fin de leurs termes respectifs. Mary Read, malheureusement, meurt en prison avant même la fin de sa grossesse. Anne Bonny quant à elle……. A disparu. Elle n’a pas été exécutée (son nom n’apparaît pas dans les registres officiels), mais son évasion de prison n’est notée nulle part non plus… Mystère !!

 

Plus loin, mais au même moment, Madame Tsching (1775-1844) sème la terreur en mer de Chine. Grande commandante d’une confédération de pirates (elle avait 70 000 hommes sous ses ordres, rien que ça !), Madame Tsching avait établi des règles extrêmement précises pour encadrer les actes de ses pirates. Par exemple : interdiction de violenter les prisonnières (non pas par désir de protéger leurs droits, mais pour protéger une marchandise humaine qui sera revendue à un bon prix). Madame Tsching accumulera un trésor gargantuesque grâce à ses multiples attaques sur des bateaux commerçants ; car Madame Tsching n’est pas seulement une pirate, c’est aussi une grande stratège militaire. Les empereurs chinois déploient des moyens considérables pour mettre fin aux activités de l’impitoyable pirate, mais jamais un seul assaut des militaires chinois ne viendra à bout de la flotte de Madame Tsching. Ayant passé un traité avec l’Empire chinois, elle décide de se rendre. Elle prit alors le chemin de l’entreprenariat, devenant gérante d’un vaste réseau de revente de biens de luxe, et continue à s’enrichir jusqu’à sa mort.

Madam Tsching dans le film En chantant derrière les paravents (2003)

Les destins de ces femmes, impitoyables, effrayantes, bouleversantes, montrent que la violence n’est pas exclusive aux hommes, ni la soif d’aventure, ni la piraterie tout simplement !

 

Pour aller plus loin

Je vous conseille l’excellente émission France Inter sur le sujet , écoutable et podcastable en suivant ce lien : https://www.franceinter.fr/oeuvres/femmes-pirates-les-ecumeuses-des-mers

Et le livre  Femmes pirates. Les écumeuses des mers de Marie-Ève Sténuit (éditions du Trésor, 2015)

CinéCultureFéminismeSociété

« Lilo et Stitch » est-il le seul Disney féministe?

Posté par MaryCherryTree 17 juin 2017 0 commentaire

Les personnages féminins prennent de plus en plus de place dans les films Disney, et c’est tant mieux. Tandis qu’Anna brave le blizzard pour retrouver sa sœur Elsa dans la Reine des Neiges, et que Mérida sauve à la fois sa mère et son royaume à l’aide de son arc et ses flèches dans Rebelle, le super-studio de production se vante d’une lignée scénaristique « Girl Power ». Cependant, à y regarder de plus près, aucune de ces nouvelles héroïnes n’arrive à la cheville de Nani et Lilo, et je vais vous le démontrer en 3 points (comme ça, ça fait propre) :

1. Nani et Lilo ont des corps réalistes

Truc de fou: il paraît que les femmes ont des formes

Ça parait tout bête, n’est-ce pas ? Et pourtant, peu de personnages féminins de Disney ont des corps qui sont biologiquement réalisables : certaines (Anna et Elsa, Raiponce..) ont des yeux qui font trois fois la taille de ceux d’un humain normal, d’autres ont des tailles si fines qu’on se demande où elles peuvent bien stocker leurs viscères (Belle, Blanche-Neige…), et que dire des petits nez retroussés, joues bien roses, et autres canons de beauté recyclés dans chaque personnage féminin Disney ? Eh bien, dans Lilo et Stitch, exit les corps en plastoc. Les deux sœurs ont un nez un peu écrasé, les yeux de taille normale, Nani a des formes, et Lilo n’est pas une petite fille aux proportions corporelles déformées pour rentrer dans le cadre absurde de nos canons de beauté irréalisables : c’est une petite fille normale. Petit plus : une couleur de peau tout aussi vraisemblable par rapport à leur ethnicité

 

2. Nani, warrior des temps modernes

Pour celleux d’entre vous qui n’auraient pas vu Lilo et Stitch (honte à vous), il s’agit de l’histoire de la petite Lilo, orpheline, qui est élevée par sa grande sœur Nani, et qui fait la connaissance d’un extraterrestre bleu tombé sur notre planète par accident : Stitch.

Nani accumule les petits boulots pénibles, peine à gérer le maintien de sa maison et l’éducation de sa petite sœur : bref, elle galère. Et ça fait du bien ! Les petits tracas terre à terre de la jeune femme sont un rafraîchissant rappel à la réalité du quotidien de beaucoup de femmes, contrairement aux vies de châteaux et princesses d’autre héroïnes de dessins animés. En plus, Nani se débrouille bien au vu de la situation dramatique (n’oublions pas qu’elle aussi est orpheline depuis peu), et ne se plaint jamais : elle fait face à ses problèmes et se bat jusqu’au bout.

3. Quand le Prince Charmant arrête de prendre toute la place

Quand on y réfléchit bien, très rares sont les filles de Disney qui mènent leurs combats divers et variés indépendamment d’une histoire d’amour. Mulan est éprise de Chang (à tel point qu’elle met sa mission en péril), Pocahantas de John Smith… Ces sentiments prennent souvent une importance si grande dans l’intrigue qu’ils en modifient l’arc scénaristiques des personnages, et les hommes dont il est question viennent régulièrement « prêter main forte » à nos protagonistes, jusqu’à parfois leur voler la vedette. Mais dans Lilo et Stitch : niet !! Les filles gèrent leur histoire de façon indépendante et la seule histoire d’amour (Nani et David) est tellement en arrière-plan qu’on en oublie complètement l’existence… C’est ça, le « girl power ».

La grande force de Lilo et Stitch, c’est aussi ses personnages secondaires très réussis

Bonne nouvelle : Le féminisme qui sous-tend Lilo et Stitch n’est pas le seul point positif du film. Il y a aussi une tendre réflexion sur la famille (les liens de sang sont-ils la seule chose qui fait d’une famille, une famille ?) et l’amour entre sœurs, un humour décalé, des extraterrestres queer, une BO au top, et Stitch est à croquer. Que demande le peuple ? Alors on ignore les graphismes plutôt moches (seul point négatif à mon humble avis) et on court le voir !

Deuxième bonne nouvelle : Vaiana ( Moana en VO), sorti en décembre dernier, est lui aussi très réussi en terme de féminisme ! Est-ce là le signe d’une lente amélioration des studios Disney ?

CultureFéminismeMusiqueSociété

Le rap francophone en cinq femmes

Posté par HeHo 1 juin 2017 0 commentaire

Le rap, « une musique pas faite pour cent personnes mais pour des millions », pouvait-on entendre en 1996. Depuis, le rap francophone n’a pas cessé de faire du chemin, de se faire accepter dans les salles de concerts, les festivals et de prendre une place grandissante dans l’industrie culturelle française ainsi que dans les médias traditionnels. En 2016, Doc Gyneco faisait son retour pour fêter les vingt ans de son album « Première Consultation ». En 2017, IAM organise une tournée pour les vingt ans de « L’école du micro d’argent ». En 2018, ce sera au tour d’NTM de se reformer pour un come back trente ans après leurs débuts. Le rap français actuel c’est des « anciens » toujours présents, des stars qui remplissent les Zéniths, un vivier incroyable d’artistes en voie de confirmation et des « petits » qui sortent des projets, des clips dans chaque ville, chaque quartier, tous les jours. Mais au milieu de tout ça, où sont les femmes ?

Aujourd’hui, le Hip-hop s’est démocratisé, c’est un fait. Personnellement je m’en réjouis et encore plus quand je vois tous les endroits où il peut amener de la mixité et du partage. Je peux voir des soirées slam avec autant de femmes que d’hommes, des ateliers d’écritures avec autant de femmes que d’hommes ou des fosses de concerts avec autant de femmes que d’hommes. Pourtant, il est inimaginable de voir se succéder dans les soirées de battlerap, les playlists des radios ou les clips des chaines spécialisées autant de femmes que d’hommes. Alors peut être que les femmes rappent moins. Ouais, peut être qu’elles aiment moins ça. Ou peut être aussi que les filles sont moins encouragées à aller à la maison de quartier ou dans la rue pour rapper et tuer le temps avec des ami-e-s. Peut-être aussi que le choix des labels et maisons de disques de mettre en avant les artistes féminines est peu fréquent. Mais là encore c’est un fait : que ce soit sur la scène indépendante ou mainstream l’exposition des femmes est minime. Lorsqu’on fouine sur des forums ou que l’on parle aux puristes on peut trouver des noms féminins qui viennent parsemer l’évolution du rap francophone depuis les années 90 mais quand on considère les facteurs « exposition au grand public » et « durée à travers les époques » il faut bien se rendre à l’évidence, les femmes ne sont pas là. A part peut être Diam’s, quelle rappeuse pourrait faire son grand retour aujourd’hui et faire salle pleine ? Quel nom de grande rappeuse vous avez en tête ? Voici une sélection subjective de cinq rappeuses francophones qui méritent le détour.

 

Casey

Un des rares contre exemple de ce qui est écrit juste avant. Casey commence le rap dans les années 90, elle perce en indépendante avec plusieurs projets dans le milieu des années 2000. Elle est toujours là – et enragée – en 2017.

Créature Ratée (2010)

 

KT Gorique 

Elle est suisse, championne du monde de freestyle en 2012 et plus connue du grand public depuis qu’elle a joué le rôle principal du film Brooklyn sorti en 2014. Le film rend hommage à la culture Hip-hop. KT Gorique sort « Ora » sa nouvelle mixtape le 9 juin 2017. En plus, elle dédicace son ainée Casey dans son dernier clip « Badass ».

Bande annonce Brooklyn (2014)

Quelle histoire (2017)

 

La Gale

On reste du côté du pays du chocolat et des banques avec la rappeuse libano-suisse de Lausanne. Aussi dark que celui de Casey, le rap de La Gale est puissant et prend tout son sens sur scène où l’artiste est un mix entre rappeuse, rockeuse et punk.

Qui m’aime me suive (2015)

Sous une rafale de pierres (feat Vîrus, 2015)

 

Keny Arkana

Plus militante et moins grand public que Diam’s elle est tout de même signée par le label Because Music en 2006. Représentante féminine la plus connue du rap phocéen, Keny Arkana est sans doute la rappeuse française la plus en vue encore aujourd’hui. Elle sera tête d’affiche dans plusieurs festivals cet été et sort un nouveau projet,  « L’ESQUISSE 3 » le 2 juin 2017.

Réveillez-vous (2012)

Abracadabra (2017)

 

Chilla

Originaire de Gex, à la frontière avec Genève elle a seulement 22 ans et se développe aujourd’hui entre Lyon et Paris. Épaulée par Tefa, qui a produit Diam’s, elle représente la nouvelle vague de rappeuses sur lesquelles les grosses majors de l’industrie musicale ont recommencé à miser les dernières années – que ce soit Sianna avec Warner, Shay avec Capitol ou plus récemment Chilla avec Universal. Pas de projet concret encore à son actif mais elle multiplie les freestyles, clips et les concerts.

Sale chienne (2017)

 

Cet article ne prétend pas à l’exhaustivité, il est juste là pour proposer des noms, des pistes à creuser si ta curiosité est titillée. En « commercial », en « indé », il y en a pour tous les goûts. Les chiennes hifi, Les vulves assassines, Billie Brelok, Hero Echo, Pumpkin, Shay, Sianna, Ladea, Liza Monet, Pand’or et bien d’autres, il suffit de chercher et d’en parler …

 

T’en veux encore ?

Va voir le très bon site Madame Rap que tu peux aussi retrouver sur tous les réseaux sociaux : http://www.madamerap.com/

On te parlait de la rappeuse nantaise Pumpkin il y a quelques mois :  http://www.berthine.fr/une-rappeuse-et-un-rappeur-a-suivre/

Le film Patti Cake$, présenté à la quinzaine des réalisateurs lors du dernier festival de Cannes, sort fin aout 2017 en France. Il parle d’une jeune fille du New-Jersey qui veut devenir star du Hip-hop et ça à l’air bien cool.

L’article « Peut-on être féministe et fantasmer sur Booba » : http://retard-magazine.com/peut-on-etre-feministe-et-fantasmer-sur-booba/

CinéCultureFéminismeSociété

Mêler cinéma et féminisme: le Test de Bechdel.

Posté par MaryCherryTree 3 mai 2017 1 Commentaire

Quand on est fan de cinéma et féministe, comme moi, certains films posent vite problème à cause de l’inégalité frappante entre la représentation des hommes et celle des femmes dans une oeuvre de fiction. Heureusement, quelques outils existent pour les répertorier selon des critères féministes: c’est par exemple le cas du Test de Bechdel.

Le Test de Bechdel est un outil permettant de mesurer la représentation et l’importance des personnages féminins dans un film, indépendamment de leurs acolytes masculins. Le test est divisé en trois questions :

*Deux femmes (ou plus) sont-elles tout à fait identifiables (nom complet) dans l’œuvre ?

*Deux femmes (ou plus) parlent-elles ensemble, seules, dans l’œuvre ?

*Deux femmes (ou plus) ont-elles une conversation portant sur autre chose qu’un des personnages masculins dans l’œuvre ?

Chaque réponse affirmative à ces questions vaut un point. Ainsi, les œuvres sont notées entre 0 et 3 ; plus le score s’approche de trois, meilleure serait la représentation de personnages féminins dans le film.

C’est Alison Bechdel qui, en 1985, évoque pour la première fois l’idée d’un tel test dans sa série de bandes dessinées  Lesbiennes à suivre  (Dykes to Watch out For en VO). Ces albums, engagés féministes ainsi qu’en faveur des droits LGBT+, évoquent plusieurs fois la question de l’absurdité de la présence féminine dans nos produits culturels comparée à celle des hommes, jusqu’à concrétiser cette question à l’aide de l’apparition d’un test tout simple !

L'appariton du Test de Bechel dans un épisode "Lesbiennes à Suivre", Alison Bechdel, 1985

L’apparition du Test de Bechel dans un épisode  de « Lesbiennes à Suivre », Alison Bechdel, 1985

En pratique, plus de la moitié des films répertoriés sur le site www.bechdeltest.com  ont 3 / 3 (la note requise pour réussir le test) au Test de Bechdel ; un peu plus de 56%, plus précisément. Cependant, il est important de regarder ces résultats de plus près : premièrement, précisons que ce site web est une base de données incomplète, et que ce pourcentage est donc une approximation et non une vérité absolue. Ensuite, le véritable intérêt de ces données n’apparaît que lorsqu’on prend le temps de regarder les résultats de plus près : en comparant l’origine des films par exemple (tiens tiens, les films Hollywoodiens laissent moins de place aux personnages féminins que les films issus de studios indépendants), ou encore le genre du.de la realisat.eur.rice. Sans surprise, c’est dans les films réalisés par une femme (aussi rares soient-ils) que le Test de Bechdel donne le plus souvent un résultat positif. Comme toujours avec de telles statistiques, il faut donc regarder au-delà de la dichotomie « oui/non » pour trouver des résultats plus intéressants.

De même, n’oublions pas que ce test ne se base que sur trois critères. Il est certes un bon indicateur, mais n’est pas infaillible sur la question du sexisme : certains films sexistes réussissent le test de Bechel (exemple concret :  Fifty Shades of Grey ) et d’autres, qui ne le sont pas ou peu, y échouent. Il s’agit donc bien d’une question de taux de représentation de la femme dans le cinéma, et non de la façon dont elles sont représentées. Ces deux questions sont liées, mais pas forcément exclusivement dépendantes l’une de l’autre.

Le test de Bechdel, bien que le plus connu, n’est pas la seule façon de classer les films selon le rôle qu’y jouent les femmes. Il en existe une cinquantaine d’autres ! Voici quelques-uns de mes favoris :

 The Anti-Freeze Test : Aucune femme n’est blessée physiquement ou psychologiquement, ni mise en danger, ni tuée, pour faire avancer l’intrigue d’un personnage masculin.

The « Strength is Relative » Test : Les personnages féminins forts le sont grâce à de réels traits de personnalité et forces qui leur sont propres et non des stéréotypes virilisants « féminisés ». Bonus si leur armure éventuelle est réellement pratique pour combattre, et pas seulement sexy.

The « Pizza Night » Test : On voit une femme manger autre chose qu’une salade et autres légumes à la vapeur, sans qu’une seule remarque ne soit faite sur un quelconque régime et/ou son poids.

Et enfin, il existe aussi le Jane Test qui cible plus précisément les scénarios [Article en anglais, sorry my dear, mais très complet]

Pour en savoir plus, et pour contribuer à leur base de données qui grandit chaque jour, tu peux te rendre sur le site web bechdeltest.com!