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Choisir son premier sextoy

Posté par Loupche 16 avril 2018 0 commentaire

Tu commences tout juste à t’initier au magnifique monde de la masturbation ou tu en as marre de ne te servir que de tes doigts ? Et puis les frottements contre les oreillers ça va bien deux minutes, mais y a quand même mieux. Tu voudrais t’acheter un sextoy, mais tu ne sais pas vraiment par quoi commencer, ce que je peux comprendre. Laisse-moi donc te donner mes conseils et te raconter mon expérience pour acheter un premier sextoy !

 

Interne ou externe ?

Si on devait diviser en deux les sextoys dédiés au vagin (coeur sur le vagin <3), il y aurait ceux à l’usage interne et ceux à l’usage externe. Ceux destinés à l’usage interne sont de forme phallique (plus ou moins ressemblante en fonction des goûts) et permettent donc une pénétration vaginale (ou anale, mais tu as aussi des jouets prévus à cet effet). Ceux destinés à l’usage externe servent à stimuler le clitoris. Il y en a qui vont simplement prodiguer des vibrations, d’autres qui vont le masser, et l’invention la plus récente c’est les aspirateurs à clitoris — ils faont trop envie, mais coûtent minimum 80€, je te laisse aller voir cette vidéo de Clemity Jane  pour te faire un avis. Il y a aussi les sextoys qui combinent les deux, comme les rabbits (un exemple juste là), et tu peux aussi utiliser des vibros destinés à l’interne en externe en les posant directement sur le clitoris.

 

Vibration ou pas ?

Si tu ne connais pas encore l’effet d’une vibration, tu pourrais être tenté.e d’en prendre sans aucune vibration. Personnellement, je te le déconseille ! La vibration apporte quelque chose qu’aucun.e partenaire — qui ne soit pas cyborg — ne pourra t’apporter, ce qui rend cette pratique bien à toi différente et riche en nouvelles sensations. Tu peux bien évidemment intégrer des vibros à tes relations sexuelles, ce qui ne fera que rajouter des stimuli forts sympathiques.

 

Quelle matière ?

Les spécialistes s’accordent sur la silicone comme meilleur matériau pour un sextoy car hygiénique et sans risques, en gros. Le seul souci, c’est que ça implique un budget un peu plus élevé de préférer la silicone au plastique. C’est un choix personnel, évidemment. Si tu vas l’utiliser tous les jours, je te conseille d’investir dans un jouet en silicone. Si cela va être un usage plus ponctuel, tu ne risques pas de trop endommager ta flore vaginale avec un peu de plastique.

 

Budget minimal !

Pour un premier sextoy, je trouve ça évident que personne ne souhaite investir un demi-loyer. Il faut commencer petit, tâter le terrain, savoir ce qui nous plaît.

Pour 9€, tu as ce sextoy Lovehoney (à gauche sur la photo de présentation) pour usage externe, en plastique, avec télécommande pour varier les intensités de vibration. C’est celui que j’ai recommandé (et offert) à toutes mes amies qui se lançaient dans l’univers de la masturbation assistée. Il permet une petite pénétration interne qui peut être frustrante si c’est que l’on recherche.

Pour 35€, tu as le Durex (à droite sur la photo),pour usage interne, très fonctionnel et facilement utilisable en usage externe, avec différentes intensités de vibration également.

Enfin, pour 40€ tu as Steve du Passage du Désir, pour usage interne, courbé pour travailler le point G, avec différentes intensités et en silicone.

 

Mon expérience

Je me masturbe occasionnellement (entre deux et cinq fois par mois disons) et exclusivement en usage externe, c’est pourquoi le Love Honey me convient très bien ! Pour éviter le contact du plastique sur ma flore vaginale, je l’utilise fréquemment par dessus mes sous-vêtements, ce qui, en plus, me permet de mettre la vibration maximale sans agresser mon clitoris. Je l’ai depuis quatre ans et c’est le sextoy que j’utilise 9 fois sur 10, ce pourquoi je le recommande systématiquement.

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« La femme gelée » un roman féministe

Posté par Gomasio 16 mars 2018 0 commentaire

Annie Ernaux est née le 1er septembre 1940. Professeure de lettres, son œuvre littéraire, pour l’essentiel autobiographique, entretient des liens étroits avec la sociologie.1 Publié en 1981, La femme gelée est son troisième roman.

On raconte que ce livre a été pour de nombreuses féministes « un déclic » et pour cause. Il traite du sujet de la domination masculine sous tous ses aspects et notamment l’intériorisation inévitable par les femmes de leur rôle dans la société.

Le roman, autobiographique, est écrit par une femme mariée à un cadre, mère de deux enfants, alternant entre deux métiers celui d’enseignante et celui de femme au foyer. Une femme comme la plupart en quelque sorte. Pourtant rien ne la destinait à être « comme les autres ». À moins que…

Dans sa famille, rien ne fonctionne comme on pourrait l’imaginer dans les années 40. Sa mère, épicière, travaille comme une acharnée, fait la compta, et n’a sûrement pas le temps pour s’occuper de la maison et de la cuisine. Son père, très attentionné, adore jardiner, il fait la vaisselle, la cuisine et c’est toujours lui qui attend sa fille, un peu en retrait des mères des « autres », devant la grille de l’école.

Sa mère lui donne très jeune le goût de la lecture, de l’aventure. Non, tu ne finiras pas en petite fée du logis ma fille, les études avant tout. Ça tombe bien, l’école lui réussit plutôt bien. « Naïveté de ma mère, elle croyait que le savoir et un bon métier me prémuniraient de tout, y compris le pouvoir des hommes ».

C’est aussi là, à l’école des filles, qu’elle rencontre « les autres ». Celles dont les mères passent leurs journées à récurer l’intérieur de leur foyer, à préparer à manger pour les pères qui vont rentrer du travail. C’est là qu’elle découvre le rôle qui lui est assigné par son genre « les petites filles sont des êtres doux et faibles, inférieurs aux garçons ».

Mais cette idée d’infériorité ce n’est pas son monde encore, elle ne sera pas comme ça, toute jeune déjà elle rêve des garçons de façon tendre et crue « Voyager et faire l’amour, je crois que rien ne me paraissait plus beau à 10 ans ».

La réalité la rattrape bien vite, ses amies, ses professeures lui inculquent petit à petit ce que doit être une fille : une future femme. L’adolescence la façonne peu à peu « (…) nous les filles sommes là pour sauver le monde par nos prières et notre conduite. » Une amie notamment, Brigitte, lui fait comprendre que sa mère n’est pas une « vraie mère », alors la narratrice s’acharne à corriger ce que sa mère ne lui a pas appris : cuisiner, coudre, ordonner…

Une porte de sortie : ses études. Alors que Brigitte est partie pour devenir secrétaire et quasiment mariée, la narratrice part au lycée. Elle fait face à une nouvelle violence, celle de classe. Fille de prolo, elle est l’unique de sa promo. Le reste se compose de filles des beaux quartiers. Des filles finalement pas différentes de Brigitte dans leurs aspirations (se marier) simplement avec plus de fric. Et tout ça obsède la narratrice et l’emporte dans un courant dont elle ne voit plus d’autre issue. Et si finalement, rationnellement, c’était ce qu’il fallait faire ? Un métier, d’accord, mais la fin est la même pour toutes : une bague et un landau. Tout est déjà écrit !

Alors l’angoisse : comment trouver le bon ? Vais-je le trouver ? Comment leur plaire ?

C’est en fac de lettres qu’elle aura un temps de répit, et qu’elle vivra l’illusion de ne pas avoir à répondre à ces questions. Ses 4 dernières années de liberté avant l’enfermement. « Oui, je vivais de la même manière qu’un garçon de mon âge, qui se débrouille avec l’argent de l’Etat, l’aide modeste des parents, le baby-sitting et les enquêtes, va au cinéma, lit, danse et bosse pour avoir ses examens, juge le mariage une idée bouffonne »

Raté. Elle rencontre celui qui deviendra le tyran du logis. Pourtant il est progressiste, comme elle, il défend l’idée d’égalité des hommes et des femmes. En théorie.

Ils sont jeunes, libres. Mais il faut bien que tout cela aille quelque part, clament leurs parents. Mariage. Tous les deux doivent préparer leur Capes, mais l’une doit faire la cuisine parce que l’autre ne va quand même pas éplucher les patates. Grossesse. Le Capes, ce sera pour plus tard. Patiemment, elle entretient sa prison, pensant naïvement que le calvaire n’est que temporaire, pour que monsieur puisse finir ses études. Il ne la trouve quand même pas « commode » alors qu’il la couvre de compliments, « tu sais je préfère manger à la maison plutôt qu’au restau U, c’est bien meilleur ! » Elle pourrait être redevable.

Mais quand leur enfant naît, elle comprend. Ne lui reste qu’à être la parfaite épouse, la parfaite mère, celle du célèbre manuel de l’époque J’élève mon enfant. Ne lui reste qu’à supporter les reproches de son mari quand il rentre du travail, qu’il s’installe dans son fauteuil lire Le Monde en attendant que le dîner soit près, après qu’elle ait passé la journée à s’occuper de son gosse, de la maison et à essayer tant bien que mal de réviser pour son Capes. Il se trouve qu’elle réussit cela à merveille, tant et si bien qu’elle finit par le décrocher ; prof de français la voilà. Un autre travail à ajouter à ceux qu’elle effectue déjà. De quoi devrait-elle se plaindre lui scande-t-on ? 18 heures de travail par semaine, il lui reste plein de temps pour s’occuper de la maison et de son « Bicot » comme elle le surnomme (ndlr : c’est le surnom de son enfant pas de son mari au cas où il y aurait confusion).

Son rôle de femme parfaitement intériorisé : nouvelle grossesse, volontaire. « Jouir le plus longtemps possible des derniers moments avec un seul enfant. Toute mon histoire de femme est celle d’un escalier qu’on descend en renâclant. »

Elle n’a pas encore 30 ans mais plus rien ne l’atteint, c’est une femme gelée.

C’est une (triste) merveille que signe Annie Ernaux. Son style sec, saccadé convient parfaitement au thème abordé. Ce livre fait mal, ce livre révolte, ce livre résonne. On pourrait presque croire au mauvais sort. Alors que la narratrice grandit dans une famille qui semble avoir dépassé les stéréotypes de genre, alors qu’elle évolue ensuite dans un milieu intellectuel qui lui permet de se poser des questions de fond sur sa condition en tant que femme, elle est rattrapée par un « destin maudit » : celui d’être une femme dans les années 60.

Ce roman illustre parfaitement l’ironie de l’Histoire, c’est au moment où elle pense s’émanciper que la jeune femme rencontre la servitude.

À moins que l’Histoire ait besoin de plus de temps : depuis les années 60, les choses ont-elles tant évolué ? Combien ne reconnaîtront-ils pas leur famille dans ses mots ? Combien de femmes ne se retrouveront-elles pas dans la découverte d’Annie du rôle que les hommes à travers l’histoire ont assigné à notre genre ? En lisant ce livre, presque quarante ans après sa sortie, cela m’a confirmé une chose : le combat est loin d’être terminé. À lire et à faire lire.

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Qu’est-ce que l’écoféminisme ? 6 mots-clés

Posté par Loupche 20 février 2018 0 commentaire

Cet article se fonde sur le recueil de textes écoféministes Reclaim, et particulièrement sur son introduction, rédigée par Emilie Hache, philosophe française. Elle y développe principalement l’écoféminisme des Etats-Unis, où il est le plus développé, bien qu’il existe également en Europe (en Angleterre, Italie et Allemagne notamment).

L’écoféminisme est une branche du féminisme extrêmement controversée, mais qui apporte de nouvelles façons de répondre aux problèmes que présente le système patriarcal actuel. J’ai décidé de te présenter ici une série de 6 mots-clés qui présente l’écoféminisme. Bien évidemment, je t’invite à lire le recueil Reclaim si tu souhaites avoir plus d’informations ; cet article ne peut pas être exhaustif au vu de la richesse du mouvement !

ÉCOLOGIE ET ANTI-CAPITALISME DES 80’s

Si l’on veut comprendre l’écoféminisme, il faut remonter à ses origines, dans les années 1980. A cette époque, le contexte politique est marqué par le début d’une crise écologique : course à l’armement nucléaire pendant la guerre froide, déforestations massives sur plusieurs continents, nombreuses famines en Afrique, etc. Les femmes se retrouvent pour manifester et révoquer le système de valeurs et politique actuel. De cette revendication résulte de nombreux textes volontairement non-académiques, c’est-à-dire des textes hybrides qui lient plusieurs disciplines (la théorie politique et la poésie, par exemple), dans le but de prendre le contre-pied du moule académique masculin.

NATURE

Dans le féminisme classique que nous connaissons tou.te.s, l’émancipation des femmes se perçoit comme un arrachement à la nature, au biologique, à tout ce qui nous rattache à notre corps. Le problème que voient les écoféministes, c’est que cette version de la libération des femmes exclut toutes celles qui ne rejettent pas cette identification et finit par condamner comme aliénées les femmes qui défendent ces tâches féminines ou féminisées (comme prendre soin des enfants). Il apparaît fondamental, dans l’écoféminisme, de construire un mouvement populaire, non-élitiste, ce pourquoi exclure la majorité des femmes est inenvisageable. Il faut donc créer un féminisme qui combine féminité traditionnelle et militantisme féministe radical.

Pour les écoféministes, ce n’est pas la nature en tant que telle qui pose problème, mais la dualité patriarcale nature/culture qui est imposée dans notre société, où l’identification des femmes avec la nature signifierait que les femmes sont inférieures parce qu’elles sont du côté de la nature, et la nature est inférieure parce qu’elle s’oppose à la culture (et qu’elle est féminine). Face à cela, le but de l’écoféminisme est de reclaim, à savoir se réhabiliter et se réapproprier la nature détruite, dévalorisée, et modifier sa perception. Il n’y a pas de notion de retour en arrière ou de position réactionnaire, mais de réparation et invention dans le présent. Par ailleurs, les hommes ne sont pas exclus de cette lutte politique ou de la nature même. La conclusion est simple : les femmes sont proches de la nature, les femmes font partie de la nature, et si les hommes rejettent leur propre appartenance à la nature, c’est qu’ils ont un problème !

CORPS

Dans la culture patriarcale où nature et culture sont impossibles à marier, les femmes ne sont jamais gagnantes ! Soit on est un corps sans esprit, soit on est un esprit sans corps. Et il est assez constant de maintenir tout au long de sa vie un rejet voire une haine de son propre corps. La première étape de la réappropriation de notre féminité, selon l’écoféminisme, est d’apprendre à aimer son corps en tant que corps de femme : apprendre à ne pas dénigrer ses menstruations, son pouvoir de donner la vie ou encore l’entrée dans la ménopause, aimer tous les différents corps féminins et les multiples désirs sexuels.

SORCIÈRES ET DÉESSE

 A l’aube des religions, dieu était femme. Vous en souvenez-vous ? »               – Merlin Stone

Cette partie de l’écoféminisme est particulièrement rejetée en Europe, car elle délégitimerait la cause pour son aspect spirituel. Pourtant, refuser la réécriture du divin par les écoféministes serait tronquer le mouvement d’une partie essentielle. Ainsi, elles reconstituent les récits religieux au fondement de notre culture, c’est-à-dire la séparation du sacré et du monde qui crée un dieu transcendant à l’origine de la destruction de la nature et des femmes. A cause de ce récit commun aux religions monothéistes actuelles, la nature devient la servante de dieu et, symétriquement, les femmes deviennent les servantes de l’homme créé à l’image de dieu. Pour résumer, les écoféministes dénoncent un dieu mâle, une religion patriarcale qui a volé le sacré au monde et qui hait les femmes.

Ce serait donc par la redécouverte du culte de la Déesse pré-indoeuropéen (qu’on retrouve dans des travaux archéologiques en Europe, en Inde et dans certaines cultures africaines et amérindiennes) que les femmes pourront se reconnecter avec ce qui nous rend puissantes. Cette Déesse païenne a été rapidement détruite après l’apparition des grandes religions monothéistes, mais se souvenir de son existence permettrait de se souvenir d’un passé non-patriarcal. Cela ne veut pas dire que toutes les écoféministes sont néopaïennes, mais la redécouverte de ce passé est fondamental pour saisir le mouvement dans son entièreté. C’est d’ailleurs de là que vient le surnom que se donnent les écoféministes, « sorcières ». Par ce titre utilisé dans le passé pour vénérer la Déesse (avant que sorcières et sorciers soient considéré.e.s comme des suppôts de Satan), les écoféministes revendiquent la richesse féminine d’un savoir sacré, ancré dans la nature et une connaissance au-delà de l’académique.

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Lettre au(x) poil(s)

Posté par Ju le Zébu 17 février 2018 0 commentaire

Chers vous tous,

Je suis impressionnée de voir tous les horizons dont vous venez : jambes, pubis, les quelques isolés du nombril, aisselles, bras, tête ! Vous êtes tous très différents : longs et épais, courts et transparents, fins et bruns… Et pourtant, vous avez tous ce corps en commun, le mien.

Je profite de la trêve hivernale (du rasoir) pour faire un petit point avec vous et poser cette inquiétante question : que vais-je faire de vous lorsque les beaux jours reviendront ?

Cela fait maintenant trois mois que je n’ai pas rasé mes aisselles. Les jambes y sont passées de temps en temps mais pas le pubis. J’ai continué à arracher à la pince à épiler les récalcitrants du nombril et des sourcils. Dans l’ensemble, c’est quand même un peu la fête du poil. Il faut dire que vous êtes passés de l’étiquette « tabou » à « on en parle » à la télé (émission Poilorama sur Arte), sur l’internet avec les vidéos de Loupche par exemple et que j’ai pu observer, certes peu, quelques poils fleurirent sur une jambe là et sous une aisselle par ici chez d’autres femmes qui n’avaient pas l’air gênées, sales ou viriles. Juste naturellement poilues. Je ne vais pas vous cacher qu’au début je trouvais cela un peu repoussant. Il a fallu du temps et pas mal de déconstruction.

Comme la plupart des filles qui s’épilent ou se rasent, j’ai commencé au collège. Comme les boutons sur le nez, les poils c’était moche. Il fallait s’en débarrasser. Je pense que je n’avais alors qu’une amie qui vous laissait en paix parce qu’elle pensait que vous couper ne ferait qu’empirer la situation. Je ne sais pas si elle avait raison mais j’aurais peut-être dû faire pareil. A ce moment là je n’avais ni la maturité, ni le courage de remettre ce baptême du rasoir en question. Je ne me suis pas épilée parce que ma mère ne le faisait pas et de toute façon j’étais assez douillette (j’ai au moins respecté cette sensibilité). La majorité de mes copines avaient des épilateurs, ce qui me mettait un peu la pression et me donnait l’impression de m’occuper de mes poils n’importe comment. Mais après tout, je m’en fichais un peu et surtout j’avais la flemme de m’imposer ce rituel arracheur. C’était déjà assez emmerdant, disons-le, de se raser régulièrement. Quand on y pense, ma flemme et mon goût pour le naturel (pas trop de maquillage, pas de coloration, etc) me préposaient déjà à vouloir vous laissez libres de pousser.

Je dois cependant vous montrer mes faiblesses. Pour cause de manque de temps, cela fait environ trois mois que je ne suis pas aller à la piscine. Mais c’est aussi à cause de … vous. Je n’assumerais pas de laisser des poils dépasser de mon maillot de bain… et puis mes aisselles … Cela me fendrait un peu le cœur de vous couper maintenant que vous avez bien poussé (voilà que je me prends pour un jardinier!). Je me suis bien habituée à vous, sous mes aisselles, et je vous trouve plutôt harmonieux… Vous allez me dire : « Qu’est-ce que tu attends pour sauter dans le grand bassin alors ? ». Je ne suis pas tout à fait prête dans ma tête. J’imagine les doigts pointés des mémés, les ados qui pouffent dans mon dos, le regard interloqué du maître nageur, etc. J’ai déjà un peu de mal à me balader en débardeur chez mes parents… Alors la piscine, haut lieu d’exhibition des corps ! Et puis, dans mon microcosme, ça passe, mais les réactions sont dans l’ensemble assez virulentes encore !

En fait, il n’y a que seule chez moi ou avec mon copain que je ne pose pas de question. C’est déjà bien. Vous allez rigoler, mais je pense qu’il vous aimait bien avant moi! Il faut dire qu’il est plutôt du genre poilu donc ce serait malvenu de sa part, comme de tout homme, de m’imposer une stricte épilation. Ou quoi que ce soit d’ailleurs. C’est tout de même poilant que la chasse aux poils soit plus ou moins imposée à la moitié de la population qui en a, généralement, le moins. L’inverse ferait trop mal aux mâles !

Je vous propose ce deal  : pour le moment, on reste comme on est, velue, et pour la piscine on ira par étape. Pas de précipitation et pas d’épilation. Quand je me sentirais assez forte j’irai toute seule à la piscine. Avec vous.

Bisettes,

Ju.

Un peu plus de poils :

Poilorama : https://www.arte.tv/fr/videos/RC-014204/poilorama/

Loupche :  https://www.youtube.com/watch?v=eIrWmP2O9DI

et https://www.youtube.com/watch?v=5_rUdcHw4rU

 

 

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N’en déplaise à Mme Deneuve, le harcèlement n’est pas une forme de drague

Posté par MaryCherryTree 10 janvier 2018 0 commentaire

Dans une tribune publiée dans Le Monde mardi 9 janvier 2018 (vous pouvez trouver une version intégrale du texte gratuite ici) , cosignée entre autres par Catherine Deneuve, des femmes dénoncent le danger du « puritanisme »* sexuel qui menacerait notre société. Elles pointent du doigt la nécessité de différencier harcèlement et drague, de revoir l’ordre de nos priorités, de cesser de confondre l’artiste et son œuvre.

« La drague insistante ou maladroite n’est pas un délit, ni la galanterie une agression machiste » ; parmi les nombreuses déclarations problématiques du texte celle-ci, qui en est la deuxième phrase, en est la plus représentative, car elle se fonde sur une incompréhension qui structure le propos entier : ce que c’est que la drague.

Draguer quelqu’un c’est pourtant simple : exprimer un intérêt pour la personne, sans comportement dangereux, inapproprié ou déplacé, de façon explicite ou non, dans l’espoir de susciter un pareil intérêt chez la personne en face. J’admets que c’est un peu barbare comme façon de définir un acte aussi trivial, mais il semblerait que certain.e.s aient besoin d’une petite piqûre de rappel . A partir du moment où la personne en face n’est pas intéressée, persister lourdement ce n’est plus de la drague, c’est une agression. A partir du moment où votre comportement est physiquement ou psychologiquement menaçant (bloquer la personne dans un coin, la suivre, la menacer, interpeller un.e inconnu.e, voire le/la toucher, l’inciter à boire ou prendre des drogues, la faire culpabiliser…) ce n’est plus de la drague, c’est du harcèlement. A partir du moment où il n’y a pas consentement ce n’est plus de la drague, c’est du harcèlement.

Bien sûr que la drague maladroite existe : draguer maladroitement, c’est cette fille qui bat des cils tellement vite qu’elle frôle la crampe, ou ce mec qui pense que s’appuyer le coude contre un mur en boîte est toujours aussi séduisant que ça l’était dans les années 80’. Ce ne sont pas des comportements dangereux ; ce n’est donc pas du harcèlement.

Minimiser le problème de la sorte et accuser certaines femmes qui osent enfin lever la voix contre ce qu’elles ont vécu de nuire à la cause féministe, c’est nier une réalité sociale qui a des conséquences graves chaque jour. Comment peut-on être une femme, et donc avoir probablement vécu un ou des harcèlement(s), et défendre des hommes qui ont « pour seul tort que d’avoir touché un genou, tenté de voler un baiser » ? Ce n’est pas un comportement normal, et encore moins acceptable, que d’imposer un contact physique intime à un.e inconnu.e. C’est un acte tout à fait déplacé qui ne doit pas être normalisé. Ce n’est plus de la drague, c’est du harcèlement.

Partir du principe que cela ne devrait pas être sanctionné a deux conséquences significatives. Premièrement, ça revient au même que de nier l’importance du témoignage. Certaines femmes ont souffert, et souffrent toujours aujourd’hui, de l’impossibilité de témoigner (à cause du tabou à ce sujet, de la peur des représailles, du traumatisme…) ; réduire ce qu’elles ont vécu à un détail ridicule, c’est nuire à la liberté d’expression et à un mouvement de libération. Par ailleurs, le harcèlement fait partie d’une grande bulle de violences systématiques faites aux femmes ; en « laissant passer » certains comportements violents et dangereux, on légitimise un ensemble d’actes dont certains peuvent être encore plus graves. La distinction nécessaire entre harcèlement et drague n’est pas un simple détail mais un élément primordial dans la compréhension du système sexiste dans lequel nous évoluons tou.te.s.

Les auteures de cette tribune osent comparer le mouvement #BalanceTonPorc à une dynamique totalitaire de dénonciation et de puritanisme sexuel. Ce qu’elles oublient, c’est que le premier ressort d’une société totalitaire est celui de la peur ; une peur que beaucoup de femmes ressentent à chaque instant dans leurs milieux personnels, professionnels ; la peur de se faire agresser, harceler. Les mouvements #BalanceTonPorc, #metoo, et plus récemment #timesup, ne mettent pas en cause la liberté de s’exprimer ou d’agir, mais sont au contraire des moteurs essentiels de la libéralisation des femmes et de leur parole partout dans le monde.

Voilà pourquoi, mesdames, j’aime ce féminisme que vous critiquez rudement. Car il s’agit d’un combat pour qu’on ait la liberté de choisir ce que l’on veut, d’être ce que l’on veut ; il s’agit de défendre la possibilité de marcher dans la rue, d’aller à une réunion, ou dans le métro, sans être mises en danger, ou menacées. Bref : on aimerait vivre tranquillement et en harmonie les un.es avec les autres, et pour cela il serait bien que vous cessiez de rédiger de telles bêtises.

*toutes les citations sont directement tirées du texte

 

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« Godless », une série western féministe?

Posté par MaryCherryTree 22 décembre 2017 0 commentaire

 

La nouvelle série Netflix, Godless, est sortie en novembre 2017 et fut créée par Scott Frank, ainsi que co-produite par Steven Soderbergh (l’homme derrière la trilogie des Ocean’s, ou encore Erin Brokovich). On y retrouve quelques têtes connues, notamment Michelle Dockery (la Lady Mary de Downton Abbey) ou encore Thomas Brodie-Sangster (surtout connu pour le rôle du petit garçon Sam de Love Actually).

On suit deux histoires : celle du hors-la-loi Roy Goode, poursuivi par son ancien acolyte Frank Griffin, véritable psychopathe effrayant à la morale douteuse. De l’autre, il y a la petite bourgade de La Belle, habitée quasi-entièrement de femmes, après qu’un coup de grisou a emporté tous les hommes qui travaillaient dans la mine voisine à ce moment-là. Lorsque Roy Goode est hébergé par Alice Fletcher (remarquablement interprétée par une Michelle Dockery bien éloignée du thé et des crumpets de Downton Abbey), le destin de La Belle devient irréversiblement lié à celui du bandit…

Certain.e.s ont avancé que Godless présentait un renouveau du Western, mais il n’en est rien ; bandit au grand cœur, méchant assoiffé de sang, shérif vieillissant, amours interdits, duel de revolver… Tous les éléments du western classique sont réunis. Ce qui fait la spécificité de Godless, c’est son format de mini-série très efficace (7 épisodes de 1h15 en tout), et son éventail de personnages féminins réussis. Plus question de cantonner les femmes à leurs traditionnels rôles de mères et épouses : elles sont féroces, riches (d’ailleurs, la femme la plus riche et la plus influente de La Belle n’est autre…que la prostituée !), puissantes ; elles sont vraies, tout simplement.

Les moments « girlpower » de cette série sont multiples ; je vous assure qu’il n’y a pas grand-chose pour une féministe de plus jouissif, et malheureusement de plus étonnant, que de voir des femmes tirer à la carabine ! Cependant, il est important de tempérer le « féminisme » de la série, car beaucoup de scènes sont empreintes du white male saviour complex (cette tendance agaçante des médias à toujours faire sauver des victimes féminines en détresse par des hommes cis blancs hétéros héroïques, surtout lorsqu’elles sont en train de se faire agresser sexuellement), et bien que les femmes y tiennent un rôle central, le scénario est basé sur les personnages masculins.

En somme, Godless est très réussie : la photographie est superbe, les personnages très attachants. La lenteur de certains plans parvient à capturer le paysage vertigineux du Grand Ouest américain, véritable désert montagneux où la cruauté semble régner ; comme son nom l’indique, Godless est l’histoire d’un territoire où il n’y a pas de Dieu, comme s’il avait décidé de laisser de côté cette terre sauvage. Amateur.rice.s de westerns, cette série est, avec la merveilleuse Deadwood (HBO), la meilleure série du genre. Elle a ses défauts, comme un scénario trop prévisible ou une poésie trop forcée, mais nous plonge totalement dans le bain du Grand Ouest Américain !

Le petit plus : Une BO touchante et une histoire d’amour homosexuelle très réussie.

Le petit moins : La série est trop gore, surtout ses premiers épisodes. Bien que je sois la première à dire que la violence peut parfois servir à l’intrigue, il y a une limite, surtout lorsqu’il s’agit de violences sexuelles (omniprésentes ici). Donc attention à vous si vous êtes sensibles au sang, à la souffrance, et aux violences sexuelles à l’écran.

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Peut-on être féministe et adorer Friends ?

Posté par MaryCherryTree 25 octobre 2017 1 Commentaire

 

Mesdames et Messieurs, je vous présente : la question qui me hante et m’empêche de dormir. Car je suis féministe, et addict à Friends depuis pas loin de 10 ans. Mais ces deux passions sont-elles inconciliables ?

 

Il est évident pour toute personne féministe ou pro-féministe que plusieurs éléments de Friends sont problématiques. Il y a une homophobie, ainsi qu’une grossophobie, qui sont latentes dans plusieurs épisodes (coucou les blagues sur Susan et Carol, ou les scènes de lycée avec Monica) ; mais ce n’est pas tout. Beaucoup de scénarios d’épisodes sont tout à fait sexistes : prenons par exemple « The One with all the poker » (saison 1 épisode 18) où non seulement les garçons savent jouer au poker et les filles ne savent pas au début, mais en plus elle se comportent comme de vraies cruches sans cervelles lors d’une partie (N.B c’est un exemple parmi beaucoup d’autres). Ça peut paraître bête et anecdotique dit comme ça, mais de telles scènes sont omniprésentes dans Friends

Evidemment, l’argument de l’humour peut ici être invoqué*. Malheureusement, la comédie n’explique pas tout, car ce genre de péripéties – aussi superficielles soient-elles –  témoignent de quelque chose de plus profond. Lorsque ces clichés sont sur-représentés dans nos médias, ils transmettent un message qu’on le veuille ou non. Ainsi une jeune fille qui regarde Friends sera forcément influencée par ce qu’elle y verra ! Dans le sitcom, les filles aiment le shopping, elles sont plus romantiques ; les hommes ne rappellent pas leurs copines et vont voir des matchs de hockey/basket. Bien sûr, tout.e vrai.e fan de Friends me reprochera d’avoir grossi les traits, et c’est pas faux ! Il y a heureusement chez les personnages une certaine réalité qui dépasse ces clichés genrés. D’ailleurs, il est intéressant de constater que les personnages les plus genrés de la série sont au final ceux qui, je trouve, ont le plus de profondeur réaliste : je pense à Rachel et Joey.

En fait, Friends est un digne représentant d’un phénomène que j‘aime appeler le « sexisme télévisuel bienveillant des années 90’ – 2000» , à défaut d’avoir trouvé un nom plus accrocheur. C’est quelque chose que j’ai pu remarquer dans de nombreux films et séries datant des années 90 ou 2000, particulièrement dans les comédies romantiques. Désireux de faire apparaître dans leurs scénarios des femmes indépendantes et fortes, des personnages féministes donc, beaucoup de scénaristes de productions « mainstream » n’ont fait que creuser les clichés. Parce que oui, cette fille indépendante est aussi très belle, accro au shopping et à ses copines ; elle est également souvent très seule et à la recherche de l’amour parfait. Et en face, évidemment, il y a l’homme parfait qui finira par la séduire. Il est indéniable que ça part d’une bonne intention : en représentant des personnages comme Rachel qui galère avec son petit boulot de serveuse mais qui est enfin indépendante ou Monica qui a une autorité bien plus affirmée que le reste du groupe, Martha Kauffman et David Crane ont sûrement voulu enfin représenter des « vraies » femmes… Mais ont oublié de s’éloigner d’autres clichés sexistes, allant même jusqu’à les renforcer pour la comédie. Laissez-moi vous dire que j’ai regardé un nombre inavouable de comédies romantique de cette période, et c’est le cas dans près de 99% des films.

N’oublions pas le personnage le plus problématique de Friends, Ross Geller évidemment. Si vous êtes comme moi et avez découvert Friends durant votre adolescence, alors peut être que vous avez, comme moi, pris un certain temps avant de réaliser à quel point Ross était un pauvre type. Vu de loin, il paraît plutôt chouette : très gentil, romantique, amoureux de la science… Mais de plus près, c’est pas joli joli. En dehors de son comportement avec les femmes en général (« Ouin ouin je suis gentil pourquoi toutes les femmes n’aiment que les hommes qui leur font du mal »  )  , la façon dont il traite Rachel est ABERRANTE. N’oublions tout de même pas que Ross est l’inventeur du nauséeux concept de la « friendzone » dans la première saison… Puis il est jaloux, hyper patriarcal et moralisateur, sans compter que même s’ils étaient on a break, franchement c’pas très cool de coucher ailleurs le soir de ta rupture et de vouloir le cacher à tout prix pour pouvoir te remettre avec elle, non ? Ross est tellement sexiste qu’il fait tout pour que la personne gardant sa fille ne soit pas un homme parce que « un homme nounou, c’est bizarre ». Il est le prototype du « nice guy », ce mec qu’on a tou.te.s connus qui pense que tout lui est dû parce qu’il est gentil, mais qui derrière cette façade est en fait misogyne et manipulateur.

 

Alors voilà l’état des lieux : Friends est rempli de clichés sexistes, de remarques homophobes, de personnages douteux. Mais Friends c’est aussi cette série qui aura toujours une place spéciale dans mon cœur de série-addict, celle qui me console et qui me réchauffe lors de journées pluvieuses. N’oublions pas que c’est aussi truffé de blagues non-sexistes hilarantes et d’une vraie tendresse; quand on regarde Friends on se sent toujours un peu représenté.e à l’écran.

Etre féministe, c’est avoir le choix d’aimer ce que l’on veut, que ce soit problématique ou non. Ce qui pose réellement problème dans Friends, et dans tout autre film/série sexiste, c’est son contenu et ce qu’il peut transmettre à des personnes (des jeunes mais pas seulement !) moins bien informées ou plus facilement manipulables. Le plus important c’est donc d’apprendre à tout le monde à savoir décrypter une représentation sexiste, tout en sachant assumer ses goûts et ses choix. Ce n’est pas facile, et la route est encore longue !

 

*Vous pouvez retrouver mon article sur ce sujet ici!

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La Panthéone : hommage aux grandes femmes

Posté par Ju le Zébu 9 septembre 2017 0 commentaire

Il y a deux mois maintenant (5/7), le Président Macron annonçait que Simone Veil reposerait au Panthéon, accompagnée de son époux. Elle deviendrait ainsi la cinquième femme à y faire son entrée. La parité au Panthéon prendra encore bien des décennies à ce rythme là…

En plus d’être significativement inégalitaire dans sa représentation (70 hommes pour cinq femmes) et profondément sexiste dans son appellation même (« Aux grands hommes, la patrie reconnaissante »), le Panthéon peut poser question, voire déranger, tant il est un outil de la Nation, de l’État. Souhaiter honorer la mémoire de figures ayant marqué notre culture, est pourtant honorable. D’autres formes sont heureusement envisageables. Allons voguer sur l’internet.

Connaissez-vous Marie Dentière ? Helen Keller ? Justine Masika Bihamba ? Alors, il est grand temps d’aller faire un tour à la Panthéone.

La Panthéone est un projet collaboratif, à l’initiative de la galaxie numérique Egalitées, qui a pour but de faire connaître et reconnaître des intellectuelles, artistes, politiciennes, «celles qui ont contribué, par le passé, ou contribuent, dans le présent, à améliorer la société par leurs travaux scientifiques, leurs actions citoyennes, sociales, artistiques ou économiques »

Ce monument virtuel ne se limite donc pas au passé, ni même à un pays. L’idée d’un mémorial pour les vivantes peut étonner mais c’est un moyen de « rappeler le rôle essentiel des femmes dans la société ». C’est d’ailleurs pourquoi vous ne trouverez que des femmes et aucun homme.

Les portraits sont réparties dans trois découpages chronologiques : avant le 20eme s., le 20eme s. et aujourd’hui. On y trouve des femmes connues (Olympe de Gouges, Simone Veil…) et d’autres moins, voire pas du tout.

Vous vient-il à l’esprit une femme exceptionnelle qui ne serait pas encore présentée ? A vos claviers ! Pour participer, il suffit de créer un compte sur la Panthéone. Il n’y a pas de format standard à respecter. En faisant défiler quelques portraits, on remarque que certains sont très courts, d’autres plus étoffés.

Auriez-vous une remarque à faire sur une présentation ? Un ajout ? Un compliment ? La démarche est la même, il faut vous inscrire.

Les participations sont ouvertes à toutes et à tous !

Si vous souhaitez commencez votre visite virtuelle, cela se passe par-ici : http://lapantheone.fr 

Vous pouvez également suivre la Panthéone sur facebook, twitter et youtube !

Bonne (re)découverte à vous 🙂

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Les féministes ont-elles de l’humour?

Posté par MaryCherryTree 22 août 2017 0 commentaire

spoiler alert: la réponse est « oui »

 

“On peut rire de tout, mais pas avec tout le monde”. La fameuse phrase de Pierre Desproges, prononcée en 1982 lors d’une émission France Inter Le Tribunal des Flagrants Délires  est utilisée aujourd’hui à tort et à travers, jusqu’à en perdre son sens.  A la suite des attentats du 7 janvier 2015 visant le magazine Charlie Hebdo, les débats sur l’humour et la liberté d’expression ont pris une place importante dans les médias. Ainsi, des arguments tels que « on ne peut plus rien dire sans offenser quelqu’un maintenant » reviennent régulièrement sur le tapis, aussi faux soient-ils.

En effet, la racine même de cet argument serait qu’à l’époque, on pouvait faire librement des blagues sur tou.te.s, sans qu’elles soient perçues comme racistes/homophobes/sexiste etc. Ben ouai, Michel Leeb faisait bien des sketchs sur les noirs et Coluche des blagues sur les arabes, et ça passait !

Sauf qu’il est important de nuancer ce non-argument. Premièrement, ce n’est pas parce que ce n’était pas dit et diffusé dans les médias que l’offense de certain.e.s n’était pas bien là ! Au fond, qu’est-ce qu’on en sait ? De nos jours, avec le développement des réseaux sociaux notamment, il est bien plus facile de faire entendre sa voix pour critiquer tel.le ou tel.le humoriste et indiquer que l’on ne trouve pas ça drôle et que ça nous heurte.

Ensuite, n’oublions pas que l’humour n’est pas simplement une histoire de phrase placée ici ou là ; dans n’importe quelle situation, le comique évolue dans un contexte particulier. Il y a donc le public qui est à prendre en compte (il est d’ailleurs souvent un peu trop pris en compte, d’où la citation de Desproges qui est utilisée et sortie de son contexte ad nauseam dans les débats sur le sujet) , mais aussi et surtout celui ou celle qui fait la blague. Autrement dit, l’humour est avant tout une histoire d’intention et de contexte. Quelle est votre intention lorsque vous faites cette blague ? Est-ce vraiment faire rire, ou y a-t-il quelque chose d’autre ?

Si je suis certaine que mon interlocut.eur.rice n’est pas sexiste, ou homophobe, ou raciste, c’est-à-dire s’iel est clair sur ses intentions, alors je rirai à son second degré, que je percevrai comme tel. Un homme comme Coluche, activement engagé dans la lutte contre le racisme et qui riait de tout le monde, ne peut donc pas être comparé à un Dieudonné dont les « blagues » ne visaient que les juifs et qui tenait des propos flous au-delà de ses spectacles. En fait, le second degré n’en est un que si le premier degré a été entièrement balayé.

Je suis féministe, et si vos blagues sur le harcèlement, sur le viol, sur les femmes au foyer ou sur les règles ne me font pas rire c’est que je ne peux pas être certaine que votre humour soit dénué d’une véritable pensée sexiste ; ainsi, votre second degré n’est tout simplement pas réussi. Mais si je suis certaine de votre position sur le sujet alors je rirai sûrement beaucoup (parce que je suis bon public). L’humour noir n’est drôle en somme que s’il est bien fait!

Je suis féministe, et ceci ne me fait pas rire

 

Dans la question des « féministes qui n’ont pas d’humour », il y a un mot qui revient souvent, et c’est le terme de « troll ». Mais si, vous savez, ces petits rigolos qui s’amusent à écrire des messages ou des commentaires très agressifs pour provoquer un débat enflammé sur internet, mais c’est « juste pour rire » ! Sauf que disons-le très clairement : faire des menaces de viol et/ou d’agressions en tout genre à des inconnu.e.s, ce n’est jamais drôle. Insulter, traiter de « pute », de « mal baisée », critiquer violemment le physique, ce n’est jamais drôle. C’est extrêmement agressif et ça conduit bien souvent à des résultats tragiques, comme des complexes graves, des dépressions et, dans les pires cas, des suicides.

Ce n’est pas parce que je suis féministe que je ne sais pas rire. Mais parce que je suis féministe, je ne banalise plus les « blagues au second degré» qui n’en sont pas vraiment puisqu’on ne connait pas les intentions réelles de celui ou celle qui les fait, ni les propos haineux gratuits, ni les micro-agressions quotidiennes du style « t’es de mauvaise humeur parce que tu as tes règles ? » qui n’ont rien de drôle.

Je suis féministe et ceci me fait rire (je vous avait dit, je suis très bon public)

 

Alors plutôt que de se demander si les féministes sont des hystériques qui ne savent plus rire, et donc braquer son regard sur les victimes de ces micro-agressions, pourquoi ne pas regarder de plus près son propre comportement et s’interroger sur la légitimité de ses propres blagues ?

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Femmes pirates : personnages hors du commun pour destins hors du commun

Posté par MaryCherryTree 15 juillet 2017 0 commentaire

Qui n’a jamais entendu parler des pirates ? Des corsaires ? De leurs folles cavalcades maritimes ? Les drapeaux noirs peints d’une tête de mort, le coassement lugubre de perroquets multicolores, les îles au trésor, les sabres émoussés, évoquent en nous tous le souvenir de nombreuses histoires entendues maintes et maintes fois. Certaines sont fictives bien sûr, mais d’autres relatent les hauts faits de pirates ayant véritablement existé ; c’est par exemple le cas de Rackham et Barberousse.

Mais qui a déjà entendu parler de femmes pirates ? Comme dans beaucoup de sujets, les femmes ont été globalement oubliées dans l’histoire de la piraterie ; mais ces personnages aux destins hors du commun ont pourtant véritablement existé. Laissez-moi vous faire un bref portrait de quelques-unes d’entre elles…

 

Tout avait pourtant bien commencé pour Louise Antonini. Née à Ajaccio en 1771, fille d’un riche officier, elle aurait dû suivre la route qui était toute tracée pour une femme bourgeoise de l’époque. En plus clair : elle aurait dû épouser l’homme qu’on lui aurait imposé, devenir femme au foyer, puis mère, puis grand-mère. Mais Louise Antonini rêvait d’aventure, avait soif de gloire et de combats…

Alors elle a trouvé une solution simple : elle s’est déguisée en homme ! Ainsi vêtue et coiffée, les portes jusqu’alors fermées pour elles se sont ouvertes. Elle s’est engagée dans la marine française en tant que corsaire (les corsaires sont des pirates « officiels », engagés par l’armée nationale pour attaquer et piller des bateaux ennemis) : après de nombreux voyages partout dans le monde, Louise Antonini fut capturée par les anglais et jetée en prison. Ces prisons maritimes, ou « pontons », abritaient des centaines de prisonniers, tous vivant les uns sur les autres… Impossible de garder son identité cachée dans de telles conditions, dites-vous ? Et si ! Pendant près de 6 mois, Louise restera aux yeux de tous un homme. Petit plus : avouer son identité de femme l’aurait probablement aidée à échapper à ces conditions de vie terribles ; mais, dans une démonstration de courage et de détermination hors du commun, Louise n’abandonnera jamais volontairement sa fausse identité.

Suite à un examen médical, malheureusement, elle sera démasquée et dut mettre fin à sa carrière militaire. L’histoire ne dit pas ce qui arriva à Louise Antonini ensuite : mais elle a, sans aucun doute, continué à poursuivre son rêve de liberté avant de s’éteindre en 1861.

Le destin de Louise n’est pas sans rappeler celui de Julienne David (1773-1843), une autre corsaire française. Prisonnière de guerre, ayant vu sa famille entière se faire massacrer lors de la guerre de Vendée, Julienne David s’échappe de sa prison et choisit à son tour de braver les interdits, en se déguisant en homme pour aller naviguer et combattre.

Combien de femmes se sont ainsi déguisées pour se cacher parmi les rangs des corsaires, ou des pirates ? Les cas devaient être nombreux. Il est impossible de quantifier avec exactitude le nombre de femmes pirates ou corsaires !

Julienne David (à gauche) vue par l’artiste Raoul Guinet

Mary Read et Anne Bonny sont bien mieux connues du grand public. Est-ce parce qu’il existe des traces écrites plus précises à leur sujet ? Ou car leur histoire, pourtant réelle, ressemble à la plus hyperbolique des fictions ? Mystère…

Mary Read (1690-1721) a été élevée dans des conditions de vie très dures. Elle a grandi parmi les franges les plus pauvres de la société anglaise ; forcée de se déguiser en garçon dès son plus jeune âge pour pouvoir travailler et subvenir aux besoins de sa famille, il n’est pas étonnant qu’elle ait réussi à tromper autant de monde pendant autant de temps sur la véracité de son identité !

A 20 ans, sous le pseudonyme de Mark Read, elle s’engage dans l’armée de terre. Cependant, après quelques mois de service, elle tombe amoureuse d’un membre de sa troupe et lui révèle sa véritable identité, ce qui mit fin à sa carrière… Pour peu de temps ! Car quelques années plus tard, Mary redevient Mark et s’engage pour devenir corsaire. Petit hic : son bateau est abordé par des pirates, qui lui donnent un choix : être exécutée ou devenir pirate à son tour… Le choix est vite fait, et Mark Read s’engagea dans l’équipage du fameux pirate Rackham.

Rackham avait une maîtresse toute aussi impitoyable que lui : Anne Bonny. Respectée par tous les membres de l’équipage, Anne Bonny est une des rares femmes pirates qui n’a jamais eu à cacher son identité. Un jour, Anne croisa une jeune recrue, un certain Mark Read… Et en tombe amoureuse. Lorsqu’Anne décide de lui avouer sa flamme, Mark n’a pas eu d’autre choix que de lui avouer qu’il s’appelle en vérité « Mary », et qu’elle aussi est une femme ! Cette expérience lia les deux femmes d’une amitié très forte qui ne les quittera jamais.

Gravure représentant Mary Read (à droite) et Anne Bony (à gauche)

Certes, les femmes sont interdites à bord…. Mais Rackham, convaincu par le courage sans bornes de Mary, décide de l’accepter tout de même sur son bateau. Elle ne manquera pas de faire ses preuves, allant même jusqu’à défier un autre membre de l’équipage en duel pour protéger son amant…et gagner ! On raconte même qu’elle montrait son sexe aux hommes qu’elle s’apprêtait à achever pour leur montrer qu’une femme était tout à fait capable de les zigouiller. Plus badass tu meurs.

Le trio Rackham-Anne Bonny-Mary Read sème la terreur dans les Indes Orientales pendant des dizaines de mois. Lorsque leur navire est capturé, Anne Bonny et Mary Read sont les deux dernières à combattre, elles ne lâcheront leurs armes qu’une fois totalement encerclées.

Cependant, au moment de leurs jugements, les deux femmes bénéficient d’une certaine clémence. Pourquoi ? Parce que les deux sont enceintes ! Elles obtiennent donc le droit de rester en prison jusqu’à la fin de leurs termes respectifs. Mary Read, malheureusement, meurt en prison avant même la fin de sa grossesse. Anne Bonny quant à elle……. A disparu. Elle n’a pas été exécutée (son nom n’apparaît pas dans les registres officiels), mais son évasion de prison n’est notée nulle part non plus… Mystère !!

 

Plus loin, mais au même moment, Madame Tsching (1775-1844) sème la terreur en mer de Chine. Grande commandante d’une confédération de pirates (elle avait 70 000 hommes sous ses ordres, rien que ça !), Madame Tsching avait établi des règles extrêmement précises pour encadrer les actes de ses pirates. Par exemple : interdiction de violenter les prisonnières (non pas par désir de protéger leurs droits, mais pour protéger une marchandise humaine qui sera revendue à un bon prix). Madame Tsching accumulera un trésor gargantuesque grâce à ses multiples attaques sur des bateaux commerçants ; car Madame Tsching n’est pas seulement une pirate, c’est aussi une grande stratège militaire. Les empereurs chinois déploient des moyens considérables pour mettre fin aux activités de l’impitoyable pirate, mais jamais un seul assaut des militaires chinois ne viendra à bout de la flotte de Madame Tsching. Ayant passé un traité avec l’Empire chinois, elle décide de se rendre. Elle prit alors le chemin de l’entreprenariat, devenant gérante d’un vaste réseau de revente de biens de luxe, et continue à s’enrichir jusqu’à sa mort.

Madam Tsching dans le film En chantant derrière les paravents (2003)

Les destins de ces femmes, impitoyables, effrayantes, bouleversantes, montrent que la violence n’est pas exclusive aux hommes, ni la soif d’aventure, ni la piraterie tout simplement !

 

Pour aller plus loin

Je vous conseille l’excellente émission France Inter sur le sujet , écoutable et podcastable en suivant ce lien : https://www.franceinter.fr/oeuvres/femmes-pirates-les-ecumeuses-des-mers

Et le livre  Femmes pirates. Les écumeuses des mers de Marie-Ève Sténuit (éditions du Trésor, 2015)