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Petites suggestions de libraire (pour les jeunes lecteurs)

Posté par Ju le Zébu 14 décembre 2017 0 commentaire

Et voilà, il ne reste plus que dix jours avant le réveillon. Soit vous faites partie de ces gens très organisés, qui depuis le 15 novembre on déjà tout emballé et étiqueté au nom de l’heureux destinataire, soit vous commencez à stresser grandement, notamment pour votre sœur de 15 ans ou votre filleul de 12 ans. Pas de panique, offrez des livres ! Ils font toujours meilleur impression que n’importe quel gadget jetable. Le livre a de la valeur dans le temps et surtout une portée symbolique importante (objet de savoirs, d’évasion…). Pour les grands lecteurs comme pour les moins aguerris il y aura une bonne option ! Voici quelques suggestions de ce que vous pourrez trouver en librairie au rayon romans et B.D. Recommandés par votre libraire :

* L’aube sera grandiose, Anne-Laure Bondoux

Ce soir-là, Nine, 16 ans, devait aller à la fête de son lycée mais sa mère, Titania, l’emmène dans une cabane isolée au bord d’un lac, où repose le secret de son passé. Tout au long de la nuit, la mère va reconstituer le fil de sa vie, l’histoire de sa famille, qu’elle avait dû cacher à sa fille jusqu’à présent. Il s’agit d’une épopée familiale drôle et parfois tragique, aux personnages attachants. Anne-Laure Bondoux nous emmène au bord du lac avec Nine et sa mère, avec qui on aimerait rester toute la nuit durant, bien accroché.e aux pages du livres !

À partir de 13 ans : L’aube sera grandiose, Anne-Laure Bondoux, Gallimard, 14,90€

* Les Marvels, Brian Selznick

L’apparence de ce livre, hybride entre roman et roman graphique, respire déjà le merveilleux : sa tranche dorée, sa douce couverture violette, . Très bel objet mais aussi palpitante intrigue sur un support original (la partie graphique est plus importante que la partie textuelle). Les Marvels était une illustre famille de comédiens, jouant générations après générations sur la scène d’un grand théâtre londonien. Une famille mythique, légendaire. Dans les années 60, le jeune Joseph rencontre son oncle pour la première fois et découvre cet univers que ce dernier prend soin de maintenir en vie dans une maison qui semble figée dans le passé.

À partir de 11ans : Les Marvels, Brian Selznick, Bayard, 19,90€

* Nouvelle Sparte, Erik L’Homme

Récit de sciences-fiction dans lequel le monde s’est redivisé en trois puissances, dont la Fédération. Les piliers de cette dernière reposent sur les principes philosophiques, intellectuels, religieux et politiques de la Grèce antique. La ville principale est Nouvelle Sparte, cité idéale où sévissent cependant de nombreux attentats. L’Occidie est soupçonnée d’en être responsable. Valère, tout juste fait citoyen, 16 ans, est envoyé en mission d’espionnage dans sa famille occidienne qu’il ne connaît pas encore.

On découvre avec plaisir et une certaine surprise les rites de ce monde (re)nouveau mais aussi et surtout la langue d’Erik L’Homme qui crée ici une ambiance particulière par l’utilisation de termes un peu « novlangue » (on pense à 1984) mais aussi la construction des phrases (parfois un peu à la Yoda!). Il crée ainsi l’illusion d’une certaine distance dans la manière de penser et ressentir et tout à la fois une nouvelle intimité avec une langue que l’on connaît déjà.

À partir de 13-14ans : Nouvelle Sparte, Erik L’Homme, Gallimard, 13,50€

Vous trouverez également la trilogie Génération K de Marine Carteron, La Belle Sauvage de Phillip Pullman ou bien encore Sauveur et fils de Marie-Aude Murail ou bien Le Journal d’Anne Frank adapté pour la première fois en BD, Enola Holmes (édition collector) ou Solo !

Surtout n’oubliez pas de demander conseil à votre libraire 😉

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Le meilleur cadeau de Noël par M.-A. Murail

Posté par Loupche 10 décembre 2017 0 commentaire

Chez Berthine, nous nous sommes rendu.e.s compte que nous sommes quelques un.e.s à avoir dernièrement lu ou relu Marie-Aude Murail. Découverte pour certain.e.s, relecture pour d’autres, vous aussi vous avez peut-être lu et adoré certains de ses ouvrages (ou tous!).

Pour ceux qui ne la connaîtraient pas encore (et il n’est jamais trop tard pour tomber dedans), il s’agit d’une « écriviatrice » des plus prolifiques et dont la bibliographie est bien longue à défiler. Lors d’une rencontre, elle déclare que son public va de cet âge-là, en désignant une petite fille d’environ sept ans, à celui-là, en serrant la main d’une dame sans âge et aux cheveux blancs.

Elle touche à tous les univers, toutes les ambiances mais toujours pour mettre en avant les caractéristiques de ses personnages et de leurs trajectoires. Ils ont pour point commun d’être en décalage avec le monde dans lequel ils évoluent, un peu perdus parfois et, surtout, ils portent en eux une sacrée force de subversion ! Touchant, drôle, émouvant (aux larmes par moments), le style de Marie-Aude Murail ne saurait que vous charmer. On devient boulimique de ses mots et de la vie qu’ils créent.

La semaine dernière, on vous a parlé de Miss Charity, et aujourd’hui c’est au tour de Sauveur & Fils, sa dernière série, dont le quatrième tome sort en janvier !

Sauveur Saint-Yves habite à Orléans et est psychologue clinicien. Il habite avec son fils Lazare, 8 ans, dans une maison dont le rez-de-chaussée est son cabinet de consultation. Il y reçoit une ribambelle de patient.e.s, de 4 à 70 ans, des familles recomposées, des adolescent.e.s, des couples, etc. Par l’écriture de Marie-Aude Murail, on s’attache aux personnes en les observant à travers les yeux de Sauveur, qui les revoit toutes les semaines. Par exemple, Ella Kuypens, 12 ans, c’est le mardi. Ella, elle aime s’habiller en garçon, et Sauveur l’aide à comprendre pourquoi. Margaux Carré, 14 ans, elle se scarifie. Gabin Poupard, 16 ans, il ne va plus en cours le matin et il joue toute la nuit à World of Warcraft. Et la liste continue. Mais Sauveur a aussi ses propres problèmes, notamment un secret qui le ronge et met en danger son fils — suspens…

Pour faire simple, Sauveur & Fils c’est un roman jeunesse que les adultes adorent lire, l’écriture est légère même quand les sujets sont lourds, les personnages sont incroyablement attachants et on accroche du début à la fin. Tu sais ce que tu ressentais quand tu lisais Harry Potter tard le soir, et que tu devais éteindre la lumière mais que t’arrivais pas à lâcher ton livre même si t’avais école le lendemain ? Bah ça m’a fait pareil avec Sauveur & Fils. Cette série est un parfait cadeau de Noël qui accompagnera tout en douceur les longues soirées d’hiver sous le plaid.

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Un petit tour à l’ère victorienne avec M-A. Murail : Miss Charity

Posté par Ju le Zébu 28 novembre 2017 0 commentaire

Chez Berthine, nous nous sommes rendu.e.s compte que nous sommes quelques un.e.s à avoir dernièrement lu ou relu Marie-Aude Murail. Découverte pour certain.e.s, relecture pour d’autres, vous aussi vous avez peut-être lu et adoré certains de ses ouvrages (ou tous!). Pour ceux qui ne la connaîtraient pas encore (et il n’est jamais trop tard pour tomber dedans), il s’agit d’une « écriviatrice » des plus prolifiques et dont la bibliographie est bien longue à défiler. Marie-Aude Murail écrit depuis l’enfance et a débuté dans la littérature « jeunesse » en 1985 avec Passage. Elle-même lors d’une rencontre déclarait que son public allait de cet âge-là, en désignant une petite fille d’environ sept ans, à celui-là, en serrant la main d’une dame sans âge et aux cheveux blancs. Avec une maîtrise pleine de ce qu’est l’écriture, elle touche à tous les univers, toutes les ambiances mais toujours pour mettre en avant les caractéristiques de ses personnages et de leurs trajectoires. Ils ont pour point commun d’être en décalage avec le monde dans lequel ils évoluent, un peu perdus parfois, et surtout portent en eux une sacrée force de subversion ! Touchant, drôle, émouvant (aux larmes par moments), le style de Marie-Aude Murail ne saurait que vous charmer. On devient boulimique de ses mots et de la vie qu’ils créent. Elle-même est un personnage à part entière, chemise et cravate masculine, une énergie débordante lorsqu’elle est en « mode représentation », la voir est autant un plaisir que de la lire. Elle est sa propre histoire !

L’un de ses auteurs favoris (heavenly father) n’est autre que le grand Dickens. Elle m’a confié lors d’une dédicace que lire des auteurs de l’époque victorienne est sa cour de récré. Car les contemporains sont parfois bien fatigants. Le livre que je faisais parapher était justement Miss Charity. Allons donc faire un tour dans l’Angleterre victorienne !

J’aime assez moi aussi fréquenter la cour de récré du XIXeme en littérature anglaise. Miss Charity est une véritable crème (sans rien d’écœurant comme dans les desserts), tout simplement un délice que vous ayez un faible ou non pour les rues poussiéreuses du Londres miséreux ou l’organisation de bals.

Il s’agit de la biographie romancée de Charity Tiddler, jeune aristocrate qui deviendra illustratrice (de lapins, souris, cochons et autres) et auteure, inspirée par Béatrix Potter. Dans un univers où les enfants sont surtout apprécier pour leur silence et leur absence, la jeune Charity développe dans le fond de sa nursery un goût prononcé et déjà bien scientifique pour l’étude, l’élevage et parfois le sauvetage (plus ou moins réussi dans ses débuts) d’animaux en tout genre (à savoir lapins, crapauds, souris, oiseaux…). Au milieu de cette ménagerie et d’autres observations du monde végétal et animal elle acquiert un véritable savoir jumelé à un talent pointilleux de sa représentation picturale. Elle n’excelle cependant pas vraiment dans les arts plus classiques destinées au beau sexe. En effet, ni la danse ou la conversation mondaine ne lui conviennent. Fort timide en public, mal à l’aise dans son corps à l’adolescence, Miss Charity est une excentrique qui pourtant ne se rebelle pas dans la violence. Au contraire, elle se crée sa propre place dans cette société où elle est née. Elle devient la grande amie des plus petits qui lui réclame des tours avec ses drôles d’animaux et plus tard des histoires. Et les plus grands ne savent pas vraiment se passer d’elle non plus. Ne faut-il pas quelqu’un de complètement décalé pour signaler aux autres quel est le « droit » chemin ?

Charity parvient à ses fins sans troubler complètement l’ordre établi. Elle publiera des livres, gagnera sa vie (largement) sans blesser son entourage que cela dépasse complètement et l’étiquète dès ses vingt ans de « vieille fille ».

Marie-Aude Murail dépeint d’une part avec énormément d’humour l’ordre établit et souvent absurde dans son protocole. La répétition de certains leit motiv est un clin d’œil pour le lecteur avec lequel se crée un lien de profonde réciprocité. La récurrence des personnages et de leurs traits de caractère significatifs est aussi un moyen de choyer et rire de ce monde. Ils sont tous très attachants, soit pour leur intelligence, leur bêtise ou bien leur compassion, à tous les niveaux. Marie-Aude Murail se réclame de la « ligne claire », on les reconnaît rapidement à leurs mimiques, gestes, tics ou bien intonation.

Cependant, biographie romancée ne signifie pas « tout rose » et « mignon embelli ». Bien au contraire, l’auteure a su dépeindre la rudesse et l’intolérance de cette aristocratie londonienne et le profond mal-être qu’elle entretient chez son personnage principal. Miss Charity bien que solitaire souffre de sa solitude et frôle régulièrement à partir de l’adolescence de symptômes qui pourraient se rapprocher de la dépression.

Le roman est tissé d’intertextualités et références à de nombreux auteur.e.s du siècle. On savoure la rencontre avec Oscar Wilde ou bien une scène qui ressemble drôlement à Jane Eyre. Pour les plus jeunes, cela représente une belle ouverture et découverte de ces textes. Pour les plus matures, c’est un plaisir de rencontrer et reconnaître ces bons amis de cette fameuse cour de récré.

Miss Charity, Marie-Aude Murail, 2008, L’Ecole des Loisirs, 15€

CultureLecture/Ecriture

Trois petits polars (à lire et relire au chaud)

Posté par Ju le Zébu 4 novembre 2017 0 commentaire

Le roman policier (dont le petit nom en français est polar) a le vent en poupe et gagne ses lettres de noblesse. Le genre est extrêmement diversifié. Les ramifications sont nombreuses (le roman d’énigme, le roman noir, le thriller…) et ses racines trouvent leurs origines au début du XIXeme siècle, entre les influences du roman gothique, horrifique et de l’industrialisation montante (et donc la misère) mais aussi les progrès de la médecine. Les reines du crime britanniques sont passées par là également (Christie, PD James, etc) et le policier est devenu un véritable phénomène populaire.

Les grandes maisons d’édition ont toute développé leur branche « noire ». Chaque année en avril, se tient à Lyon le festival international Quai du Polar, un rendez-vous incontournable dont le succès ne cesse de croître. C’est à se demander ce que nous recherchons aujourd’hui dans la lecture de policiers, serions-nous à la recherche d’un bien plus grand monstre ?

On peut évidemment lire des enquêtes policières toute l’année, mais le fauteuil au bord de la cheminé allumée est tout de même bien tentant en cette saison (c’est de cette place que Miss Marple résout une grande part de ces enquêtes!). Et maintenant, que les journées s’obscurcissent, ne serait-il pas absolument temps de se plonger dans le sombre de l’âme humaine ?

Petite proposition d’un trio contemporains :

Viviane Elizabeth Fauville, Julia Deck

« Vous êtes Viviane Elizabeth Fauville. Vous avez quarante-deux ans, une enfant, un mari, mais il vient de vous quitter. Et puis hier, vous avez tué votre psychanalyste. Vous auriez sans doute mieux fait de vous abstenir. Heureusement, je suis là pour reprendre la situation en main ».

Nous sommes la tueuse. Nous pensons l’être. Très fragile psychologiquement, complètement aveuglée par sa paranoïa, quelques souvenirs uniquement font lumière, semblent certains. Comme notre bébé par exemple. Viviane ne l’oublie pas. Elle s’en occupe comme elle peut. Il y a le corps ensanglanté du psychanalyste aussi. Et la police à laquelle il faut échapper.

Julia Deck nous entraîne dans les déambulations parisiennes de cette quarantenaire, dans sa logique perturbée alors qu’en parallèle l’enquête pour meurtre suit son cours. Les points de vue alternent pour former un kaléidoscope confus. Tout est brouillé, surtout les pistes. Les frontières sont poreuses. Le thriller palpitant.

Viviane Elizabeth Fauville, Julia Deck, Les Editions de Minuit, 2012 (format poche disponible)

Sidney Chambers ou et l’ombre de la mort, James Runcie

Voilà un bon roman d’enquête britannique dans les règles de l’art ! James Runcie met en scène la vie d’un jeune et séduisant pasteur de campagne, Sidney Chambers, dans le village de Grantchester (proche de Cambridge) au cœur des années 1950. Les cicatrices de la guerre sont encore fraîches dans les mémoires et les comportements, mais les commérages et le crime surtout ne s’arrêtent pas. Le quotidien de Sidney Chambers devrait se remplir de ses obligations pastorales (qui constitue en elles-même une occupation à temps plein !). Il est pourtant continuellement réquisitionné (par ses paroissiens, son ami inspecteur et sa propre conscience) pour résoudre des affaires criminelles dépassant parfois le bien-être de ses oilles. Mais il s’agit déjà d’un pasteur peu conventionnel, qui boit des pintes, aime le jazz et admire la gente féminine. Il s’agit en fait d’un ecclésiastique particulièrement humain, moderne et plein d’humour. Le pasteur en plus de ses capacités intellectuelles, possède une sensibilité particulière et agit au nom de sa conscience plutôt que de se contenter des apparences. Son habit d’ecclésiastique lui permet de s’approcher de tous et d’éveiller soit la confiance, soit la soumission (on ne voudrait pas mentir à un prêtre aussi charmant). Le deuxième volume des aventures de Sidney Chambers est disponible en librairie.

Sidney Chambers et l’ombre de la mort, James Runcie, Actes Sud, Babel Noir, 2016 (format poche disponible)

Anima, Wajdi Mouawad

La femme enceinte de Wahhch a été violée, torturée et tuée. Un crime atroce, inhumain, incompréhensible. Lorsqu’il la découvre, il décide de se mettre à la poursuite du meurtrier, du monstre, non pas pour se venger mais pour comprendre. Et être sûr qu’il ne s’agit pas de lui. Sur cette route, cette en-quête, il remonte le fil de sa propre histoire, de sa propre âme. De l’Amérique sauvage dans laquelle il s’avance, il se rendra à son Liban natal.

Ce sont les animaux, sauvages et domestiques, qui se trouvent sur la route de Wahhch, qui sont les narrateurs. Cette narration non-humaine est en décalage avec le monde des hommes en apparence seulement et renvoie continuellement à l’animalité qui est en nous. Un inconscient violent. Le terme « anima » est d’ailleurs un terme de psychologie analytique pour désigné la représentation de la femme dans l’imaginaire de l’homme.

Anima, Wajdi Mouawad, Actes Sud, 2012 (format poche disponible)

Bonnes lectures !

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Le roman de la semaine : Lavinia

Posté par Loupche 7 octobre 2017 0 commentaire

Le roman Lavinia, écrit par Ursula K. Le Guin en 2008 et traduit en France en 2011, mérite vraiment d’être lu ! L’auteure est américaine et reconnue dans le milieu littéraire depuis les années 1960. L’histoire de son roman se passe aux alentours du douzième siècle avant notre ère et parle de Lavinia, fille de Latinus, roi des Latins, et de sa ferveur à réaliser son destin. Le roman s’inspire librement des derniers poèmes de L’Enéide de Virgile, oeuvre classique fondamentale et référence importante encore trois millénaires après son écriture. Ne sois pas découragé.e, moi non plus je n’ai pas lu L’Enéide ! Par contre, j’ai adoré Lavinia, et je te donne ici ses grands points positifs, et son petit point négatif.

Points positifs :

– Il n’est pas nécessaire de lire Virgile pour comprendre Lavinia. Très accessible, le roman rend le monde semi-mythologique de Virgile facile à décrypter pour les profanes qui n’y connaissent rien à l’histoire antique — comme moi.

– L’intention de base du roman est en soi un point positif : donner de la place à une femme de L’Enéide qui n’occupe pas beaucoup d’espace. De quelques lignes d’un vieux poète illustre, une auteure écrit sur une femme. Si c’est pas #GirlPower ça, je vois pas ce que ça peut être.

– Lavinia est quand même une sacrée badass, fille de roi puis reine puis mère de roi, liseuse d’oracles, aventurière, d’un caractère doux comme c’est attendu d’une femme de son rang, mais faussement docile. Merci à l’agréable première personne du singulier qui nous donne l’impression de l’écouter nous raconter sa vie.

– Le récit accroche, il y a du suspens, de l’intrigue, on veut savoir la suite. On décrypte avec elle les oracles, on voit avec elle une armée marcher sur la ville de son père, on la voit traverser les épreuves de son destin, etc.

– Le monde de Lavinia est semi-imaginaire et donc semi-réel. La postface détaille un peu plus les libertés que l’auteure s’est permises en s’éloignant de Virgile pour être plus en accord avec les découvertes des archéologues, et vice-versa. Donne un mélange agréable et confortable d’une intrigue à moitié mythique, dans une région de l’Italie actuelle fidèle à la description.

Point négatif :

Est-ce le fait de la traduction française ou de l’écriture de l’auteure, mais certaines envolées lyriques intégrées dans l’intrigue semblent en trop. Cela ressemble parfois à un hommage à Virgile un peu loupé, une tentative d’être un poème alors que Lavinia est un roman. Ces quelques passages ne m’ont pas empêchée d’accrocher, mais m’ont tout de même repoussée lors des premiers chapitres, où l’on ne sait pas trop ce que l’on est en train de lire et s’il y a un but dans l’écriture. Le dernier paragraphe du livre m’a un peu déçue pour ces mêmes raisons.

Note finale : 7/10. Un très bon roman qui donne envie de tourner les pages, mais dont on aperçoit malheureusement les maillages censés être invisibles après le polissage final de l’écriture. Sans vouloir être trop lyrique.
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Survivre à l’automne: un livre, un film, et un gâteau.

Posté par MaryCherryTree 24 septembre 2017 0 commentaire

Les jours raccourcissent, les couleurs changent et les températures s’adoucissent. Pas de doute possible, l’automne a frappé à notre porte. Mais pas de panique !

Tandis que certains ne rêvent que d’une chose, s’endormir profondément en attendant le mois d’avril, d’autres – dont je fais partie ! – se réjouissent du retour de cette belle saison de transition, de thés à la cannelle et de batailles de feuilles mortes.

Lorsque le vent souffle et les journées s’assombrissent, (re-) lisez donc Les Hauts de Hurle-vent (Wuthering Heights en VO) d’Emily Brontë, rédigé en 1847. Cette histoire d’amour destructrice entre deux personnages plus que tourmentés, Heathcliff et Catherine, prend place dans les plaines hurlantes et grises du Sud de l’Angleterre. Parfait pour une soirée pluvieuse, au lit.

Ma raison de vivre, c’est lui . Si tout le reste venait à périr et que lui survive, je continuerais d’exister ; mais si tout demeurais et que lui périsse , l’univers me deviendrait totalement   étranger : je n’en ferais plus partie .

Emily Brontë, Les Hauts de Hurle-vent, 1847

Besoin d’une BO ? Pas de problème ; pour égayer l’atmosphère et apporter un peu de douceur à votre journée, mettez en fond sonore le superbe album « A Summer Song » de Chad and Jeremy (oui, je vous l’accorde, le titre porte à confusion). Ce petit bijou date de 1965, et offre un mélange de folk psychédélique et d’harmonies envoûtantes…

 

Pour celleux qui préfèrent le cinéma à la littérature, l’automne est la saison de la comédie romantique ! Alors on oublie son cynisme et on se fait plaisir devant les un peu rétros mais très bons Quand Harry rencontre Sally (When Harry Met Sally) et Vous avez un Message (You’ve Got Mail). Plutôt réalistes et bien jouées, ces romcoms vous mettront du baume au cœur.

Dans Vous avez un Message, Joe et Kathleen sont ennemis dans la vraie vie, mais s’aiment en ligne!

Un homme et une femme peuvent-ils être amis? C’est à cette question que Harry et Sally tentent de répondre, dans un film tendre qui retrace près de 25 ans d’amitié tumultueuse entre les deux personnages…

 

 

 

 

 

 

 

 

Et comme toute soirée automnale qui se respecte doit s’accompagner d’une tasse de thé et d’un gâteau, pourquoi s’en priver ? Après tout, l’hiver ne va pas tarder, il est grand temps de constituer ses réserves ! Voici une très bonne recette (végétalienne) de cake pomme-cannelle, testée et approuvée par mes papilles. Il s’accompagne facilement d’un thé noir épicé, ou d’une tisane à la fleur d’oranger.

Recette de cake aux pommes et à la cannelle (végétalien)

Pour 6 personnes

Ingrédients

  • Quelques pommes (4 ou 5)
  • Une banane
  • 140g de farine
  • 60g d’huile végétale (j’ai pris l’habitude de le faire avec de l’huile de coco, mais une autre huile neutre, comme celle de tournesol, fera très bien l’affaire. Eviter l’huile d’olive dont les graisses se saturent à la cuisson)
  • 20 cl de lait végétal (ici encore à vous de choisir, j’utilise celui de coco également)
  • 80g de sucre
  • 1 sachet de levure
  • De la cannelle (quantité au choix)

Préparation

  • Préchauffez le four et graissez votre plat à cake
  • Mettre dans un robot mixeur : La banane, l’huile, le lait, le sucre, la levure, la cannelle. Mixer le tout, en rajoutant peu à peu la farine.
  • Peler et couper en petits morceaux les pommes ; dans un saladier, incorporez-les au mélange mixé.
  • Verser le tout dans votre moule, enfourner 35 minutes, et déguster tiède !

 

Qui a dit que l’automne devait être une saison morne et pluvieuse ? Avec Berthine, adieu la déprime et à vous les soirées cosy en regardant les feuilles tomber !

CultureLecture/EcritureMusique

Regarde ta jeunesse dans les yeux

Posté par HeHo 16 août 2017 0 commentaire

« Regarde ta jeunesse dans les yeux toi qui commande en haut-lieu », c’est ce que rappait Kool Shen sur le morceau « Le monde de demain » en 1991. Regarde ta jeunesse dans les yeux est le titre du livre de Vincent Piolet, paru en 2015 et réédité en 2017. C’est un ouvrage historique un peu particulier qui documente la naissance du hip-hop français entre 1980 et 1990, comme l’indique son sous-titre.

Si la majeure partie des disques « classiques » de rap français datent des années 90, il faut regarder la décennie qui précède ces albums pour comprendre la gestation d’une culture hip-hop française. Le livre de Vincent Piolet montre qu’il y avait des gens, des lieux, des pratiques qui ont pu orienter l’émergence du hip-hop en France. Il décrit les liens originels entre France et États-Unis pour l’importation de ce mouvement, qui semblent tenir entre un petit nombre de personnes et reposer sur quelques hasards de la vie. Puis à Paris, les graffeurs dans les bouches de métro ou aux abords du Louvre, les DJs dans les différentes soirées ou après-midis dansantes qui ont commencés à passer un style de funk étrange appelé hip-hop, ceux qui ont commencés à scander des textes en anglais puis en français sur ces instrumentales, les danseurs qui se retrouvaient sur l’esplanade du Trocadéro ou à la salle Paco Rabanne pour s’entrainer …

L’ouvrage est dense et remet tout en perspective, les acteurs dont les noms résonnent encore aujourd’hui (comme ceux de Joey Starr et Kool Shen qui figurent en couverture du livre) apparaissent au fil de l’ouvrage sans jamais en être le sujet principal. Il est fait mention d’eux pour une après-midi au Trocadéro dont on réalisera après qu’elle était un point de repère, puis ils reviendront quelques pages plus loin quand il est question de crews de danseurs. La force de Regarde ta jeunesse dans les yeux c’est que l’ouvrage réussit à recréer ce qui semblait être l’esprit d’interconnexion, d’un petit monde en plein fourmillement dont la phase de création d’identité n’était jamais formulée par les acteurs-mêmes du mouvement et souvent menacée de l’extérieur ou de l’intérieur. Il s’appuie sur de nombreux témoignages ou extraits d’entretiens réunis ici pour donner une cohérence à ce microcosme qui était en train d’ériger les fondements du mouvement hip-hop en France.

Des mythes qui entourent le terrain vague de Porte de la Chapelle à l’ouverture des radios libres dans les années 80 en passant par l’impact du message de la « Zulu Nation » initiée aux États-Unis par Afrika Bambaataa, le livre retrace ce qui a permis de donner corps au mouvement comme ce qui lui a donné son image parfois négative dans les médias. Les anecdotes et les récits des trajectoires singulières des uns et des autres sont riches. Le tout est amené très habillement par la plume de Vincent Piolet qui n’a pas connu cette période et qui a donc mené un gros travail d’enquête sur trois ans pour accoucher de cet ouvrage.

La force de ce livre est avant tout d’être une première somme aussi fouillée sur le sujet. Ensuite, Regarde ta jeunesse dans les yeux est agréable à lire (malgré ses 362 pages) car il montre une époque où une partie de la jeunesse, insouciante et passionnée, avait comme seule envie de se retrouver autour d’une culture et de la partager.

 

 

Regarde ta jeunesse dans les yeux (éd. Le mot et le reste), Vincent Piolet, préface de Dee Nasty & Postface de Solo, 24 euros.

CultureLecture/EcritureSociété

La vie secrète des arbres – Critique

Posté par Loupche 14 août 2017 0 commentaire

La vie secrète des arbres est un de ces hybrides entre un essai scientifique et un roman de gare. Après Le charme discret de l’intestin par Giulia Enders, c’est au tour de l’allemand Peter Wohlleben, garde forestier, de publier un best-seller, avec plus de 650 000 exemplaires vendus en Allemagne et 32 traductions. Arrivé en France il y a peu, La vie secrète des arbres est dans tous les relais de toutes les gares et nous confie les secrets que les forêts ont transmis à Peter. Chez Berthine, on a voulu le lire pour te donner notre avis impartial.

Points positifs :

On accroche dès le début. On sait quand même qu’on va parler de faits scientifiques autour des arbres, en soi c’est compréhensible qu’on ait peur de s’ennuyer pendant la lecture, surtout si ce n’est pas un sujet qui nous passionne de prime abord. Mais le suspens est installé dès le début quand Peter nous met face à un fait très mystérieux : se promenant dans sa forêt, il passe devant une souche d’un arbre coupé il y a déjà plusieurs décennies, et s’arrête pour inspecter d’étranges pierres qui sont sur la souche. Mais après plusieurs minutes à les trifouiller, Peter se rend compte que ces pierres sont en fait pleines de chlorophylle et que c’est en fait l’arbre qui est encore vivant ! Mais comment une souche vieille de plusieurs décennies pourrait produire de la chlorophylle alors qu’elle n’a plus de feuilles pour faire de la photosynthèse ? Dès les premières pages, on a donc envie d’en savoir plus.

Très instructif. Hormis le mystère de la souche, de nombreuses questions sont soulevées et résolues. On ressort de la lecture avec beaucoup plus de connaissances, sans avoir eu l’impression de mettre un effort dans l’apprentissage. Après ce livre, on connaît plus d’espèces d’arbres, d’oiseaux, d’insectes, on comprend mieux les dommages faits par les hommes sur les forêts, et on perçoit ces dernières comme de réelles entités plutôt que comme un rassemblement d’arbres.

Un livre bien fait. Le mélange de faits scientifiques, anecdotes et opinions du narrateur est très juste et nous permet de naviguer dans le livre sans faire une overdose d’explications. Le ton est léger, la vulgarisation est en somme très réussie !

Points négatifs :

Un peu répétitif. Si les chapitres sont courts et bien rythmés, le résultat global est assez répétitif, puisque tous les chapitres ont la même forme mais n’ont presque pas de lien les uns avec les autres. C’est ce qui fait que ce livre est difficile à lire d’une seule traite, parce qu’on finit par saturer de cette succession de faits.

Écriture un poil trop lyrique. Faire prendre conscience aux lecteurs et lectrices de l’importance de la préservation des forêts naturelles et de la vie ainsi que des sensations des arbres – qui en font des êtres vivants dignes de notre empathie – est très louable. Cependant, les grands discours vindicatifs et conquérants sont parfois un peu excessifs au vu du ton global de l’ouvrage.

Notre note : 7/10

Idéal pour lire chapitre par chapitre mais pas comme lecture principale. On apprend beaucoup de choses et on revoit notre perception de l’écosystème qu’est la forêt, mais des envolées lyriques excessives finissent par desservir le but premier du livre, à savoir d’éveiller de l’empathie pour les arbres.

Donc : à lire ! Mais pas d’une seule traite.

Lecture/EcriturePersoSérie

Chronique d’un dimanche au mois d’août

Posté par Loupche 6 août 2017 0 commentaire

8h00 : Le soleil brille, les oiseaux chantent, une magnifique journée commence ! Sauf que j’ai oublié de fermer les volets hier soir et que ce soleil il est bien joli mais là il est beaucoup trop tôt. 

10h21 : Bon ok, c’est bon, je me lève. Il faudrait que j’aille au marché mais je n’y vais pas. Il faudrait que je fasse un peu de yoga mais je n’en fais pas non plus. Non, à la place je passe quinze minutes à me faire un smoothie bowl ultra instagrammable parce qu’un dimanche d’août tout le monde traîne sur Instagram donc je vais récupérer masse de likes. Et puis j’ai le temps hein. 

10h50 : Le smoothie bowl était plutôt pas mal, maintenant j’ai le choix entre lire un très bon livre sur les arbres ou rerererereregarder Friends. 

13h : Six épisodes de Friends plus tard, il faudrait que je sorte un peu, m’aérer quoi. Bon, je vais commencer par me lever de ce canapé pour aller faire pipi, et ensuite je m’habille et je vais marcher. 

13h05 : Franchement, je me suis habillée quoi, je mérite une pause avant de sortir. 

14h09 : Trois épisodes de Friends plus tard, il faut vraiiiiiiiment que je sorte. Mais en même temps j’ai faim. Du coup je m’assois sur la terrasse en attendant que l’eau des pâtes chauffe. Gotta get that vitamin D baby. 

15h : Je suis vraiment un être humain très réussi ! Je me suis fait une petite sauce bien crémeuse pour mes pâtes fondantes, le tofu était parfaitement grillé, j’ai mangé un fruit en dessert (non non, pas de glace ni ce très beau fondant au chocolat qui me faisait des signes dans le frigo) et là je suis en direction du parc pour une promenade digestive ! Allez hop, je me mets « Fetish » de Selena Gomez dans les écouteurs et comme ça je me sens sexy. 

15h01 : You got a fetish for my looooov’, mhm tss mhm tss…

15h20 : C’était vachement cool le parc. Les arbres, la nature, l’oxygène, tout ça, je me sens ressourcée. 

17h50 : Quatre épisodes de Friends et quinze vidéos YouTube plus tard, je suis revenue à l’état végétativo-légumineux. Meh. 

18h : J’aimerais bien aller boire un verre avec des gens. Ah merde, j’avais oublié qu’on est dimanche et qu’on est en août, méhéhé, y a PERSONNE. 

18h05 : J’ai faim. Eh mais n’y avait-il pas un fondant au chocolat dans le frigo ?

18h30 : Bon il faudrait que je fasse un peu de sport pour faire passer ce fondant. Voyons voir, tapons les mots clés sur YouTube : « sport easy ten minutes 500cal ».

18h36 : Nouvelle recherche YouTube, « comment faire passer l’envie de vomir très très vite ». 

19h : Je culpabilise un peu de rien faire, je prends du retard sur ma reprise, faudrait que je travaille un peu quand même. 

19h05 : Ok je suis bien installée, mes stylos sont bien alignés, j’ai ma bouteille d’eau, mes manuels sont ouverts aux bonnes pages, j’ai plus qu’à apprendre maintenant. 

19h30 : J’avais oublié l’énergie que ça demandait d’apprendre, je suis lessivée, faut que je fasse une pause. Pour compenser je vais procrastiner activement. En faisant une lessive par exemple. Non non, pas la lessive de blancs qui attend depuis trois semaines, non, juste mes cinq culottes et trois t-shirts des derniers jours. 

20h58 : Attends j’ai fait quoi toute la dernière heure ? Ah, oui, traîner sur Facebook, Instagram, Twitter, Snapchat, Tumblr…

21h : GAME OF THRONES GAME OF THRONES GAME OF THRONES. Ah non on est en France, faut que j’attende demain. Bon bah Friends alors. Ou YouTube ? Dur de décider…

22h30 : Heureusement qu’il reste des pâtes de ce midi parce que bon, j’ai quand même bossé tout à l’heure, j’ai pas l’énergie de faire à dîner. 

00h10 : Merde ! J’ai oublié que je devais écrire un article Berthine. Bon, tant pis, j’ai qu’à raconter ce que j’ai fait aujourd’hui, voilà, ça va être vite fait. 

01h00 : Ooooh mon lit tu m’avais manqué, je suis désolée de t’avoir délaissé toute la journée et d’avoir préféré le canapé, je regrette je te jure.

01h15 : Allez, c’est l’heure de dormir.

6h10 : Aaaaargh j’ai oublié de fermer les volets. 

CultureLecture/EcritureSociété

Les expressions françaises [1/3]: Quand les animaux envahissent le dico

Posté par MaryCherryTree 5 juin 2017 0 commentaire

Sans même que nous nous en rendions compte, nos phrases sont truffées d’expressions, et pourtant nous les utilisons souvent sans même savoir d’où elles viennent ! Elles en disent long sur l’histoire de la langue française… Voici l’explication de quelques-unes d’entre elles.

Nos amies les bêtes ont le beau rôle dans la langue française. Globalement, les expressions comportant un nom d’animal représentent un peu plus de 70% de celles qu’on utilise ! Chose guère étonnante puisqu’ils font partie intégrante de notre culture et de l’organisation de notre société. En effet, il y a une importante corrélation entre le langage et la réalité de l’époque ; nos tournures de phrases, l’apparition ou la disparition de vocabulaire, et même certaines règles de grammaire varient en fonction de la société et la culture dans lesquelles le langage est utilisé (souvenez-vous, j’abordais déjà ce sujet lorsque je vous parlais de l’écriture inclusive). Ainsi, moutons, chèvres, cochons apparaissent peu à peu dans les expressions françaises antérieurement au 19ème siècle, au moment où l’élevage de petit bétail était toujours très courant dans les foyers. Mais à partir du 19ème siècle, la dichotomie ville-campagne se marque de plus en plus et chiens, chats, chevaux deviennent majoritaires dans l’apparition de nouvelles expressions !

De même, il est intéressant de constater l’évolution de la représentation linguistique qui est faite d’un même animal au fil des siècles. Prenons par exemple le chat : au Moyen-Age, le chat était un animal auquel on prêtait de nombreuses propriétés magiques et qui était associé à la sorcellerie voire au Diable. En plus, une puissante connotation sexuelle entourait cet animal mystérieux et langoureux… Quelques siècles plus tard, alors que la domestication du chat se faisait de plus en plus courante, notre félin préféré abandonne son aura 100% négative pour gagner une réputation d’être malin, joueur, et aimant, si bien que certaines expressions françaises reflétèrent ce changement !

Ainsi, l’expression « avoir un chat dans la gorge » apparaît au 12ème siècle environ. Mais peu de gens savent que cette expression a une origine sulfureuse ! En fait, le « chat » était alors un euphémisme sexuel… « Avoir un chat dans la gorge » signifie avoir une texture gélatineuse dans la gorge (on peut ici noter qu’il s’agit en plus d’un jeu de mot entre les homonymes  maton et  maton  en ancien français, l’un signifiant « chat » et l’autre « grumeaux »). Et cette texture gélatineuse était associée… au sperme.

C’est également pourquoi on dit « Appeler un chat un chat », c’est-à-dire arrêter de tourner autour du pot avec quantité d’euphémismes, et appeler les choses par leurs vrais noms !

Plus tard, apparaît « Donner sa langue au chat », c’est-à-dire rester silencieux et attendre qu’un autre, plus sage, vienne apporter la réponse à son problème. Et ce sage n’est d’autre que notre ami le chat !

 D’autres exemples d’expressions avec des animaux :

Etre ami.e.s (ou camarades, copains..) comme cochons, a pour origine un quiproquo étymologique. Le mot soçon (ancien français), venant du latin « socius », signifiait camarade ou associé. Il a lentement glissé vers « chochon », puis « cochon » ! Ainsi, être « copains comme cochons » voudrait dire « être copains comme camarades », ce qui est nettement moins imagé.

L’expression Avoir vu le loup (qui désigne aujourd’hui le premier acte sexuel d’une femme) vient, quant à elle, d’un mélange entre l’histoire de la chasse et des contes. En effet, la chasse au loup était considérée aux 15ème-16ème siècles comme un rite de passage pour les garçons, qui devenaient « homme » après avoir chassé le loup pour la première fois. Puis, l’apparition de la thématique du loup chassant les jeunes filles dans les contes faisant son apparition dans la culture littéraire (via des contes tel que le très connu « Petit Chaperon Rouge ») , « Voir le loup » devint le fait de devenir femme, et par extension de vivre ses premières expériences sexuelles.

[N.B : Le loup remplace le chat à partir du 15ème siècle dans son rôle « d’animal sexualisé » et de nombreuses expressions, aujourd’hui désuettes, utilisent le loup comme sous-entendu sexuel]

Etre coiffé.e.s sur le poteau (se faire arracher la victoire de peu) a pour racine étymologique les courses de chevaux. « Le poteau » désigne ici le poteau marquant l’arrivée des courses de chevaux, et les crins des chevaux sont « coiffés » par la vitesse du gagnant !

La poule a toujours été associée à l’idée de la peur, et de la lâcheté. Etre une poule mouillée est une contraction entre « être une poule », et donc être peureux, et « mollir » qui signifiait à l’époque « rendre efféminé », la femme étant alors associée avec ce qui était humide et mou. Etre une poule mouillée veut donc dire être un lâche mais, en plus, un lâche efféminé ! Et oui, nos expressions sont souvent très misogynes !

Est-ce qu’il y a des expressions dont tu aimerais conaître l’origine? N’hésite pas à demander en envoyant un mail à contact@berthine.fr ou en commentant ci-dessous et je l’intégrerai dans le volet 2 de cet article!