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Pythagore : « Mon théorème m’a tuer »

Posté par Loupche 8 novembre 2017 0 commentaire
Dans cette deuxième édition des « Maths pour les nul.le.s », Swan nous explique comment l’école pythagoricienne a été dissolue, malgré le célèbre théorème de Pythagore encore appris par tous les élèves de cinquième.

La longueur de l’hypoténuse, élevée au carré, vaut la somme des carrés des deux autres côtés d’un triangle rectangle. Qu’on se le dise, c’est pas fou comme définition, quoi que bien pratique en géométrie (et encore, ça dépend laquelle), mais telle est la définition du théorème de Pythagore.

Mettons les choses au clair, Pythagore n’a pas dit que ça dans sa vie, mais si on s’en souvient encore, c’est parce que c’est un résultat qui s’utilise encore et qui à été maintes fois redémontré. En général, quelque soit l’époque, un penseur sera retenu dans l’histoire pour un résultat qu’il aura pondu (le théorème d’incomplétude de Göedel, le théorème de Thalès…), bien qu’il en ai pondu beaucoup d’autres.

C’est sans doute parce que tous les autres résultats finissent par être révoqués, et c’est le cas d’un grand axe de la pensée pythagoricienne, qui énonce que tout nombre (quel qu’il soit), toute quantité, peut être écrite sous la forme de fraction rationnelle (c’est à dire, un nombre entier (1 ou 4 ou 1500, mais pas 7,17) divisé par un autre. Un exemple vaut mieux que cent mots : 2 = 2/1 ou bien 7,5 = 15/2 ou encore 0,3333333333… = 1/3. Vu comme ça, ça se tient, et ce serait même cool que ce soit vrai (ça simplifierait bien la tâche aux mathématiciens).

Seulement un jour, un Grec s’est ramené et a montré aux disciples de Pythagore que c’était faux. Vous vous souvenez de son théorème ? On va l’appliquer à un triangle rectangle isocèle (2 côtés de taille égale, qui décrivent un angle droit) de côté 1cm. Combien mesure le 3ème coté ? On calcule donc que son carré est égal au carré de 1 plus le carré de 1, soit 1+1, ce qui vaut 2. Jusqu’ici rien de bizarre. Mais c’est le carré de l’hypoténuse qu’on a ici, et ce qu’on cherche, c’est juste l’hypoténuse. Alors on va « enlever » le carré en cherchant la racine carrée de ce carré. Pour faire court, le troisième côte vaut 2, et en français, « la racine carrée de 2 ». Ce nombre, selon Pythagore lui même, peut s’écrire comme une fraction rationnelle, seulement (et j’en passe la démonstration) 2 n’est pas un nombre qui peut s’écrire de la sorte, et c’est ce que ce Grec en question a montré aux disciples de Pythagore, détruisant ainsi un des piliers de leur pensée, grâce au théorème de son créateur. Suite à ça, horreur, dissolution de l’école pythagoricienne et suicides en masse. Bref, les maths à l’époque, c’était sacré chez les philosophes et leurs disciples.

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D’où vient le Diable ?

Posté par Greenfyre 20 octobre 2017 0 commentaire

Satan, Lucifer, le Sheitan, le Malin, Ramzan Kadyrov le Serpent … Les noms abondent et se confondent pour parler du Grand Adversaire du Dieu monothéiste, celui qui, responsable de tous les maux et menant ses légions de démons au combat, égare l’humanité, fait rôtir les âmes en enfer et torture les justes. Mais d’où vient le Grand Ennemi ?

Cet article est un article d’opinion et d’interprétation visant à analyser certaines figures spirituelles en tant que matériel historique et théologique. Il ne vise ni à les démonter ni à se dresser contre les systèmes religieux dans lesquels elles prennent place !

Remontons bien loin, en Grèce. A une époque où les démons, alors appelés daimons, n’était que des génies bienveillants ou malfaisants aux personnalités uniques et complexes, au carrefour entre les sphères humaines, naturelles et spirituelles. Concept qui a d’ailleurs inspiré Philip Pullman pour ses daemons animaux.

En Grèce, les deux dieux olympiens les plus opposés ne sont pas Artémis et Aphrodite, ou Poséidon et Athéna. Non. Les deux dieux qui s’opposent le plus dans leur substance même sont … demi-frères.

Le premier est Apollon, fils de Zeus et de Léto. Apollon le dieu soleil, le lucide, le lumineux, l’éclatant. Dieu de l’ordre et des structures réglés, des troupeaux agraires, dieu de la poésie, de la divination, de la médecine, du tir à l’arc. Dieu qui permet de voir, de synthétiser, d’ordonner et de clarifier. Dieu de l’individualité, dieu rationnel et solaire, il est la lumière du peuple grec.

Le second est Dionysos, fils de Zeus et d’une mortelle, Sémélé. Dionysos, le dieu de l’extase, du vertige, de l’ivresse et de la transe rituelle. C’est celui qui, de vin et d’alcool, feu devenu liquide, enivre, intoxique et déchaîne ce qui a de plus animal, incontrôlable en nous. C’est le dieu de l’humidité vivifiante et de la végétation folle, du lierre à la vigne, dieu des fluctuations et des changements. Dieu des masses, des passions, de la dissolution dans le groupe et du débordement perpétuel hors de soi, parfois jusqu’à la folie.

Le cri de ses Ménades, servantes enivrées vivant dans les étendues sauvages, performant transes extatiques et tuant des animaux à mains nues avant de les manger crus, résonnent encore.

Nietzche expliquait la tragédie comme l’union d’Apollon et de Dionysos, entre maestria contrôlée et passions bouillonnantes amenant à l’ultime catharsis : apothéose. Toute l’esthétique grecque était en équilibre entre les deux dieux, tous deux dieux de l’art et de la musique à leur manière. Leur culte était de toute façon lié, à Delphes par exemple. Bien plus tard, notre Histoire ne sera que fluctuation entre l’un et l’autre de ces flux : Moyen-Âge et Lumières. Romantisme et classicisme. Surréalisme et ordre établi.

Revenons dans l’ère classique, quand vint le début des grandes religions monothéistes. Et c’est là que se fait le schisme.

Le culte d’Apollon était devenu, à Rome, celui de Sol Invictus, le soleil invaincu, célébré le 25 décembre. Plus de galipettes avec les nymphes et d’excès de rage de la part du dieu fougueux : Sol Invictus, sa version 2.0, est plus sage, plus diffus dans la spiritualité de l’épique. Plus inaccessible, beaucoup moins tourmenté, beaucoup moins frivole. Ce n’est plus le dieu du soleil. C’est le dieu de la lumière, auréolé d’or et de gloire. Plus tard, il se confondra avec … le Christ. Sa lumière, moins ardente mais toujours plus forte, est amour divin et, bientôt, illuminera les vitraux des cathédrales.

Comment supporter Dionysos dans une telle conception ? Comment, dans une logique chrétienne, accepter le chaos, la perte de contrôle, le déchaînement des forces sauvages qui sommeillent en nous alors quand sonne l’autorité de la notion de péché originel, de pécheur et de repentance ? Comment autoriser une figure aussi sensuelle, porteuse de transgression et physique, dans une conception du monde où le corps est aussi impur que l’âme est sacrée ?

Nous avons notre Diable.

Dionysos est frappé d’anathème. Pas lui, bien sûr, relégué dans les affres du paganisme : non, tout ce qu’il représente : pulsions sauvages et bestiales, chaos, ivresse. C’est la naissance du Diable, terrifiant, abominable. Ses prêtresses, les Ménades, deviennent les sorcières hideuses et lubriques sortant à minuit (pratique pour condamner les premières féministes qui attendait la nuit pour se réunir et ne pas se faire persécuter). Les cornes des satyres, ces hommes-boucs au pénis gigantesque toujours en érection de son cortège (le Thiase, devenu Sabbat), coifferont la tête des démons monstrueux. Dionysos lui-même, quant à lui, Dieu des forces vitales et de l’extase, il deviendra Satan, le Mal. Apollon et Dionysos, demi-frères complémentaires et unis, meurent dans l’étreinte fiévreuse du manichéisme. L’Apollonien devient le Bien, l’Autorité et Ordre céleste ; le Dionysien, le Mal, le Bouc-émissaire infernal.

Voir un couple neutre symbolisant l’Ordre et Désordre devenir Bien et Mal n’est pas anodin et en dit beaucoup. Combien de fictions en font leur intrigue principale ? Pourtant, l’Apollon grec n’était pas un dieu auquel on associait une valeur morale, encore moins celle du Bien : armé de ses flèches, il succombait au désespoir, à la passion et à la vengeance. Dionysos était tout aussi loin, très loin d’être le Mal. Les Grecs étaient persuadé qu’il était capital de viser l’équilibre entre ces deux dieux en les acceptant plutôt que de refouler systématiquement ses passions. Après tout, un excès de soleil et de feu conduit à une sécheresse stérile, mais un excès d’humidité et d’eau inonde et intoxique.

La prochaine fois que vous suivrez une histoire de lutte manichéenne entre le Bien et le Mal, un démon grimé avec des cornes de bouc ou une caricature grotesque de sorcières hystériques, posez-vous les bonnes questions. Pourquoi la perte de contrôle fait aussi peur. Pourquoi les forces sensuelles, puissantes et vives qui nous traversent sont toujours marquées de tabous. Pourquoi le chaos est irrémédiablement associé à la destruction et à l’enfer. Et à qui ces peurs profitent.

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Crédit : Les Grands Mythes – Fine Art america (Granger)

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Pourquoi Do Ré Mi ? Explications de l’origine des notes

Posté par Greenfyre 11 août 2017 0 commentaire

Temps de lecture : 1 minute

Le moine Guido D’Arezzo décide, au IX° siècle, de remplacer la désignation des notes de musiques sur une partition. Depuis le Dialogus de musica, on les notait en utilisant les septs premières lettres de l’alphabet, de A à G, mais visiblement ça ne plaît plus.

Il va utiliser les premières syllabes de chaque vers d’un paragraphe d’un hymne liturgique (le traditionnel Hymne des Vêpres, de la fête de la Naissance de Saint Jean-Baptiste) pour désigner cette fois non pas sept, mais huit notes.

« Ut queant laxis
resonare fibris
Mira gestorum
famuli tuorum,
Solve polluti
labii reatum,
Sancte Iohannes. »

Le Ut deviendrait alors Do par un mystère que je ne peux résoudre (déso).

Ce que je peux avancer en revanche, c’est l’interprétation gnostique des notes qui les associe alors à l’univers et à l’astronomie. Évidemment, vu que ce courant spirituel antique, considéré par hérétique par les premiers chrétiens, est dominé par la ferme croyance dans l’opposition radicale entre Esprit et Matière. Par la symbolique cosmique, nous avons en plus une forte connotation alchimique.

ReRegis Astris (La Reine des Astres), la lune, évidemment.
MiMixtis Orbis – (L’orbe mêlant le bien et le mal, mais aussi les éléments primordiaux). Notre bonne vieille Terre.
FaFatum (le destin, la fatalité)
SolSolaris (à ton avis Michel le Soleil)
LaLacteus Orbis (La voie lactée)
SiSidereus Orbis (Le ciel étoilé)
DoDominus (dieu)

Difficile de savoir de quel dieu on parle, en revanche. Les gnostiques ne sont pas tendres avec le Démiurge : malveillant, cruel et imparfait, c’est à cause de lui que l’humanité est emprisonnée au sein de la matière, ce qui le condamne à la vieillesse, la simple interaction physique avec le monde et la maladie. Dans cette conception gnostique, le Dieu bon et absolu existe. Cependant, il n’est lui même autre que … le dieu du Démiurge malfaisant, auquel il s’oppose. Le dieu².

La prochaine fois que vous lirez une partition lambda, pensez au vertige qui transforment quelques notes à la flûte en pure célébration cosmique.

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NARCISSE, NEO-NARCISSE ET L’HOMME HOMOSEXUEL

Posté par Greenfyre 21 juillet 2017 0 commentaire

Queer modernes et grands mythes ? Et pourquoi pas ? La mythologie n’est jamais muette et force est de constater que la symbolique des figures mythiques résonne toujours avec une force intemporelle : cette série consiste donc à lire, dans l’histoire de certains mythes, celle des hommes LGBT du troisième millénaire et de leurs comportements. De l’Olympe à Hornet, c’est parti pour une interprétation queer et moderne de nos héros antiques. Commençons par Narcisse.

Narcisse est le fils de la nymphe Liriope et du dieu Céphise. Tirésias, le devin aveugle, prophétisa qu’il était promis à une longue vie … tant qu’il « ne se connaît pas lui-même ». Selon Ovide, dans ses Métamorphoses, le garçon était d’une beauté surnaturelle. Hommes et femmes, garçons et filles en tombaient éperdument amoureux.se … et se prenaient systématiquement de bons gros râteaux en lui avouant leur flamme. Car oui, Narcisse était surtout d’une arrogance et d’un orgueil démesuré, rarement vu chez un mortel. Que ce soit la nymphe Echo (qui, maudite, ne pouvait que répéter les derniers mots de ce qui était dit) ou le sensible Ameinias, Narcisse se plaisait à rembarrer avec cruauté et moquerie quiconque le désirait.

C’était peut-être la fois de trop. Fou de douleur et de désespoir, Ameinias invoque Némésis, déesse de la vengeance, et se suicide. Sa prière est entendue quand Narcisse, en chassant, tombe nez-à-nez avec son propre reflet dans l’eau d’un lac et en tombe amoureux. Une passion si dévorante pour ce visage inaccessible qu’il se laisse mourir de tristesse, le corps bientôt changé par les nymphes en fleur blanche et or.

Mais je ne suis pas là pour insister plus sur le mythe originel. Ce qui m’intéresse, c’est sa portée symbolique, et sa résonnance avec la psyché gay d’aujourd’hui.

Ne sachant pas si mon interprétation s’applique aux schémas d’attirance entre deux femmes, je n’ose pas rendre mon article inclusif mais si vous avez la moindre remarque à ce sujet, je suis tout ouïe !

Beaucoup d’artistes ont réinterpréts Narcisse à la lampe torche des smartphones. Dans les selfies-miroir légendés de #Workout #NoPainNoGain ou #VraiMec, se lisent l’obsession pour ce corps musclé, sculpté, masculin … offert ensuite au jugement des milles yeux de la déesse Instagram ou habillant sans relâche les grilles de profil du dieu Grindr, qui répondent à la prière du pauvre mortel en faisant pleuvoir les likes et les messages intéressés, gonflant l’ego à chaque notification.

(Nick Heynsbergh – #euphoricselfie – « Narcissus Project », 2013)

Mais ce qui nous intéresse, c’est ce qui rapproche Narcisse d’une certaine tendance dans la psyché LGBT. L’idée de Neo-Narcisse va plus loin qu’une simple séance de selfie où on en garde un sur soixante-dix pour faire semblant de rayonner de bonheur pendant la seconde où le doigt n’a pas encore swippé sur Tinder. Ca, c’est le Narcisse 2.0, à la fois sujet et objet dans un monde numérique où la séduction devient liquide et préemptive. Ce Narcisse là peut-être hétéro comme LGBT, et a fait l’étude de bien meilleurs spécialistes que moi.

[Ce qui va suivre est une interprétation personnelle et non pas scientifique du mythe adaptée à une situation que je n’applique évidemment pas à tout le monde. Je n’ai ni la légitimité ni la prétention d’appliquer cela à une communauté entière, sinon de m’interroger sur certains comportements actuels.]

Non. Neo-Queer-Narcisse va décidément plus loin, précisément parce qu’il risque de naître en chaque homme LGBT, pour peu que notre confiance en nous soit vacillante.

De fait, la sexualité gay se fait du masculin au masculin. L’objet de désir, celui que j’appelle Autre, est homme. Forcément, je le suis aussi. Et c’est précisément cette idée qui réveille Narcisse, aux tous premiers regards, aux premiers sourires entendus, à chaque nouveaux selfies Hornet : Je désire un corps masculin, ayant moi-même un corps masculin. De fait je cours un grand risque : celui de se comparer.

Là est le cœur de Neo-Narcisse. La comparaison. Elle peut prendre plusieurs formes : admirer, peut-être même être excité par une partie du corps (‘’Waow, ses abdos !’’) qui, en y réfléchissant bien, me complexe (‘’Faut vraiment que je me mette au sport »). Peut-être en dénigrer une autre, se comparant instantanément à elle pour rassurer son ego (‘’Ah ! Ses bras sont moins musclés que les miens’’) En somme, multiplier l’aller-retour entre l’Autre et moi, sans arrêt, se comparant toujours plus, alimentant sans arrêt son manque de confiance. Regarder l’Autre en moi, moi en l’Autre, bloquer sur nos différences automatiquement hiérarchisées, fixes, inférieures ou supérieures. Brouiller les limites du corps pour projeter l’intérieur à l’extérieur, sur l’extérieur.

En suivant inconsciemment cette pente dangereuse, rendue glissante par le manque d’estime, ce n’est pas l’Autre qu’on regarde. C’est nous. Ce qu’on trouve sexy, excitant, bandant, c’est ce qu’on aimerait avoir en nous. Ce qu’on aimerait être. C’est une possession de cet objet de désir, tellement proche qu’il donne voix à nos complexes physiques les plus anciens, mais à la foi si loin, si déshumanisé, si étranger.

Car Il s’efface. « Il » devient « Je ». Pas parce que Neo-Narcisse est seul dans une forêt face à son reflet dans un lac, mais parce qu’il devient incapable de ne pas voir son propre reflet en contemplant l’Autre, ce miroir vivant. A défaut de le tuer lui-même, la force de ses complexes, son obsession de soi devient si forte, si puissante, qu’elle détruit toute altérité. Une foule se transforme alors en terrifiante galerie des glaces, où on se voit dans chaque visage extérieur, dans chaque muscle un peu plus dessiné, seul au milieu des Autres devenus Soi.

L’infortune de Narcisse a donc beaucoup de choses à nous dire et à nous apprendre sur nos propres comportements : la mythologie, millénaire, permet encore de mettre en lumière certains mécanismes des plus intimes. Et, je l’espère, vous évitera de tomber dans le même piège que la fleur éponyme de notre héros qui, bien que face au soleil, continue malgré tout à toujours éclore vers l’intérieur.

L’incroyable personne qui se cache derrière les images qui illustrent cet article ? Le beau et talentueux Nick Heynsbergh, artiste australien multidisciplinaire dont vous pouvez admirer le travail sur sa page ou sur le compte Instagram de son collectif Hemisphere !

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Le combat des Lumières

Posté par Beaumont 11 juin 2017 0 commentaire

Un duel d’épée devant la cour du prince de Galles entre un travesti et un Noir… en 1787 !

 

Le 9 avril 1787 eut lieu à Londres, devant la cour du prince de Galles, un duel amical, une joute de gala entre deux des meilleures épées de leur temps : le chevalier d’Éon et le chevalier de Saint-George.

 

Le premier est un espion au service de la monarchie française. Dès sa première mission en Russie il prit la coutume de se déguiser en femme ; ce qu’il fit si admirablement et avec une telle constance que son véritable sexe devint l’objet d’une légende mondaine et des paris les plus fous. Le mystère ne fut levé que lorsque l’autopsie dévoila à la stupeur générale sa tuyauterie apparente.

 

Notre second protagoniste est un escrimeur, musicien et militant abolitionniste. Il est né en Guadeloupe d’une mère esclave noire et d’un père colon. Il naquit donc lui-même esclave, conformément au code noir en vigueur. Une suite de hasards lui permit rapidement d’être élevé en France par une famille bourgeoise qui lui prodigua une éducation d’homme libre. Il jouera un rôle important dans la défense des idées républicaines lors de la Révolution française. Le duel de ces deux figures de liberté s’acheva, dit-on, par le triomphe de la chevalière alors âgée de 60 ans, réputée imprenable, et qui dût bravement résister aux assauts du jeune et valeureux chevalier noir.

 

Événement inouï que ce duel au sommet entre un nègre et un travesti ! Scintillant fleuron du siècle du progrès ! Avaient-ils peur qu’une fois le rideau baissé ne revienne l’obscurantisme qu’ils pourfendirent ?

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Les Queens de l’Olympe – Panorama des déesses grecques – 2/2

Posté par Greenfyre 5 juin 2017 0 commentaire

On continue notre panorama des déesses grecques ! Après avoir vu comme Aphrodite, Héra et Athéna avaient lancée une guerre qui a duré une décennie entière pour une pomme, voyons comment on a échappé à une famine éternelle, qu’il faut mieux rester loin d’une Artémis en colère et qu’Hestia n’est pas (qu’) une potiche.

demeterHelga Poufsouffle à la grecque, c’est la meilleure maman des Dieux, celle qui te fait des rainbow cake le dimanche avec de la farine bio et t’achète un arrosoir éléphant exprès pour pouvoir arroser tes fleurs. Déesse de la terre nourricière, de l’agriculture, des semailles et des récoltes, c’est aussi elle qui fait dorer les champs de blés et rempli la panse des mortel.le.s de petits pains tout chauds. Sauf quand on a la met en colère. Et croyez-moi, vous n’avez pas envie de mettre en colère la déesse de la terre.

Sœur de Zeus, elle lui donne une fille, la radieuse Korê, qu’elle aime plus que tout au monde et tout va bien dans le meilleur des mondes. Un jour, alors que Korê papillonne dans une clairière au milieu de ses amis coccinelles et coquelicots, la terre tremble. Avant même qu’elle n’ai le temps de bouger, le sol s’ouvre d’une gigantesque crevasse et jaillissant des Enfers, voilà Hadès, terrible dieu des morts et du royaume souterrain. Il toise la jeune fille de son char tiré par des chevaux infernaux, cette jeune fille qu’il a tant désirée alors qu’il se mourrait de solitude au milieu des morts. Ni une ni deux, il bondit sur elle, la kidnappe aux Enfers et l’épouse.

Folle de douleur et de désespoir après la disparition de sa fille, Déméter parcourt le monde à sa recherche, sans jamais s’arrêter une seule fois. Et en même temps, entame la pire grève de l’Histoire : tant qu’elle ne retrouvera pas Korê, c’est mort, plus rien ne poussera. Ni arbre, ni céréales, ni plantes, ni rien, et que la Grèce se démerde avec la désastreuse famine qui en résulte. Des milliers de gens meurent, et avec eux tout espoir d’adoration et sacrifice. Les dieux et déesses sont très inquiets: sans sacrifices et sans prières, se sont les dieux qui meurent de faim. Ils aident Déméter, qui fini par retrouver sa fille et s’empresse de la ramener à la surface. Sauf que Korê a mangé six pépins de grenade et que la loi dit que quiconque mange la nourriture des Enfers, restera aux Enfers ! La situation est intenable, des gens meurent, des dieux pleurent et menacent de se faire la peau, bref, un beau bordel.

Finalement, un compromis est trouvé. Korê, devenue Perséphone, la Reine des Enfers, passera tous les ans six mois avec sa mère, à la surface, période à laquelle le grain mûrit et où tout pousse sur terre, ce qu’on appellera aujourd’hui le Printemps, et l’Ete. Mais liée par la loi infernale, elle passera six mois sous terre avec son mari, six mois d’Automne et d’Hiver. Un mythe central entre vie et mort ; ombre et lumière dans ce qu’on appellera les Mystères d’Eleusis, mystérieux culte ésotérique aux nombreuses épreuves initiatiques prenant place dans les Temples de Déméter et de Dionysos …

« Et oui ma bonne dame, y’avait encore des saisons à l’époque … »

La Katniss Everdeen de l’Olympe a plus d’une corde à son arc, et c’est le cas de le dire : déesse de la chasse, de la lune (son croissant et son cycle), mais aussi de la virginité et des accouchements, c’est une déesse particulièrement importante pour les femmes, associée notamment au cyprès, à l’arc et au cerf. Pendant que son frère jumeau Apollon, dieu du soleil, des arts et de l’harmonie lumineuse, bronze au soleil et pourchasse les nymphes comme un satyre, la déesse parcourt les étendues sauvages avec sa clique de vierges chasseresses et, toujours à l’affût, traque ses prochaines proies. Fille illégitime qu’a eu Zeus (qui visiblement dans une autre vie devait être une lapine, vu le nombre indécent de compagne.on.s. qu’il se tape), métamorphosé en cygne, avec sa maîtresse Léto (titanide de la nuit) c’est à peine née qu’elle a aidé sa mère en couche pour faire accoucher son frère jumeau juste après. Et c’est très tôt qu’elle a imposé ses choix face à son père : « Papa, je resterai toujours vierge, je veux un arc, un carquois et des flèches pour chasser et je veux que les filles du titan Océan m’accompagnent dans mes chasses. »

Indépendante et fière, malheur à ceux qui réveillent son petit côté Drama Queen : le chasseur Actéon, qui a osé la surprendre nue alors qu’elle prenait son bain dans une source ? Métamorphosé en cerf et dévoré par ses propres chiens. Sa servante Callisto, qui lui avait promis de rester vierge mais qui fut dupée par Zeus, métamorphosé en Artémis elle-même pour pouvoir coucher avec elle ? Une flèche en plein cœur alors que Zeus l’avait transformé en ourse pour la protéger, lequel Zeus portera, après sa mort, son corps dans les étoiles (c’est la Grande Ourse !). Les 14 enfants de la vaniteuse Niobé, qui se vantait de leur avoir donné naissance alors que Léto, mère d’Artémis et Apollon, n’avait eu que deux enfants ? Tous décimés par les pluies de flèches de la déesse en colère et de son frère, connu pour apporter la peste.

Oui, elle rigole moyen, la déesse de la chasse. Malgré ça, remarquons qu’elle est particulièrement respectée et vénérée, et on le voit avec la bonne dizaine de festivals qui lui sont consacré. Et puis une petite Merveille antique (son temple, à Ephèse) aussi, quand même.

hestiaComment savoir que la société grecque est bien genrée ? Eh bien quand on se rend compte que les notions de foyer et de son feu, la famille, la sphère domestique, la cuisine rituelle et la maison sont toutes personnifiées par une seule déesse, Hestia. Anti-Aphrodite par excellence, hermétique à toutes avances ou à tout sortilège amoureux, c’est également une déesse vierge, et une déesse gentille. Mange tes stéréotypes ! Vu sa présence au sein de la mythologie, on pourrait donc penser que c’est une déesse un peu secondaire, et personne ne nous en voudrait : très peu de culte répertorié, quasiment aucun mythe la concernant ou représentation iconographique. Certain.e.s la remplace même parfois par Dionysos, dieu de l’ivresse et du vertige sauvage, parmi les Olympiens. … mais nous aurions tort !

Ne nous arrêtons pas à ces a priori peu flatteurs qui en font, en gros, une déesse de la charge mentale. Oui, intimement liée au feu de la maison, elle incarne sa chaleur, son confort et la purification des aliments sacrificiels. Mais en tant que première née de la fratrie de Zeus, une offrande préliminaire lui est adressée avant tout sacrifice, par respect pour son statue d’aînée. C’est son feu qui, d’ailleurs, permet d’assurer ces sacrifices et de transmettre les offrandes aux autres dieux, un peu à la manière d’Agni, dieu védique et hindou du feu. Sans elle, aucun lien n’est possible entre le monde des dieux et celui des mortel.le.s. Alors on revalorise cette déesse, et on arrête de l’oublier en permanence ou de penser qu’elle est inutile ! #JeSuisHestia.

C’est fini pour cette série des figures féminines les plus importantes du panthéon grec ! La prochaine fois, on bouge un peu, histoire de pas faire nos européo-centrés, parce que l’européo-centrisme, c’est nul. Maintenant, fi de vous, et qu’Elles vous bénissent, pauvres mortel.le.s !

héra


<- Et si vous voulez le tumblr et le travail incroyable d’une artiste-illustratrice qui a réalisé un travail incroyable sur les déesses grecques, c’est ici que ça se passe, et c’est très très beau :

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Les Queens de l’Olympe – Panorama des déesses grecques – 1/2

Posté par Greenfyre 25 mai 2017 0 commentaire

Zeus, Poséidon, Apollon, tout ça, on connait. Par contre, les déesses, moins bien. Pourtant,  tout le monde devrait rapidement connaître les déesses les plus importantes du panthéon grecque. Pas seulement pour réaliser à quel point ce sont des figures divines incroyablement badass, respectées et craintes, mais surtout pour être capable de faire son intéressant.e avec son date au musée ou changer les surnoms de ses ami.e.s proches sur les conversations Facebook. C’est parti pour un panorama express de nos déesses préférées. Pour cette première partie, on commence en beauté : Aphrodite, Héra et Athéna. Rien que ça.

aphrodite
« Ah bravo tu commences par la déesse de l’amour évidemment pour un article sur les Olympiennes mais que tu es genré. »

NON. Brisons le mythe une bonne fois pour toute : Aphrodite n’est pas la déesse de la tendresse, de la mélancolie romantique, des soupirs et des sérénades au balcon. C’EST LA DÉESSE DE LA BONNE BAISE. C’est celle qui est d’une beauté surnaturelle, celle qui vous fait bourdonner le ventre jusqu’à vouloir vomir, enflamme vos joues et vos crampes, assèche votre bouche. C’est aussi celle qui insuffle le désir et l’amour jusqu’à en être malade et totalement fou de plaisir ou de manque d’amour. C’est la déesse de vos muscles qui bougent tout seul, des corps qui se rencontrent et du « je te veux, maintenant, tout de suite». Pas la potiche éplorée chaste et docile qu’on décide de peindre pendant la Renaissance.

Née de l’écume provoquée par la castration d’Ouranos, Titan du ciel, dont les testicules tranchés par son fils Cronos sont tombés dans la mer, bien avant le règne de Zeus, c’est la plus ancienne des déesses olympiennes. Ne surtout pas la considérer comme inférieure parce qu’elle n’est « que » déesse de l’amour. Vos passions sauvages et les forces les plus animales qui vous animent, c’est sa piscine. Vos chagrins d’amour, son pédiluve. Ne JAMAIS vexer Aphrodite. Jamais. Déjà, ne jamais chercher les noises à quelqu’un qui a une ceinture d’or pouvant rendre tout le monde fou amoureux jusqu’à l’absurde de celui ou celle qui la porte. En plus d’avoir le cœur brisé en un claquement de doigt, vous risquez votre santé mentale, de vouloir vendre votre famille pour pouvoir copuler avec un ours ou que votre belle-mère tombe amoureuse de vous avant de se suicider. On vous aura prévenu.

athéna

L’histoire sent déjà la Grèce antique à plein nez :
-Zeus, Roi des dieux
-Une prophétie
-Un bon coup de hache sur le crâne.
En effet, Zeus stresse après qu’on lui dise que sa maîtresse Métis, déesse de la ruse, engendrera des enfants plus puissants que lui. Enfants qui pourraient prendre sa place. Et malheur, Métis est enceinte !
Méthode olympienne pour résoudre un problème de cette envergure : Zeus l’avale. Littéralement. Toute entière.
C’est sans compter la terrible migraine qui s’ensuit les mois qui viennent. Plus qu’une migraine. Une douleur insoutenable. A bout, le Seigneur de la Foudre demande à son fils Héphaïstos (dieu des forgerons) de le soulager d’un coup de hache sur la tête (oui oui). Ni une, ni deux, le dieu boiteux accepte virilement, prend une bonne inspiration virile et frappe tout aussi virilement à en faire vibrer le manche de sa hache. Soudain, du crâne fendu  de Zeus jailli une déesse en armure, déjà adulte et armée : Athéna, la fille qu’il a eu avec Métis, fille du pouvoir et de la ruse.

Athéna, déesse guerrière de la sagesse, de la stratégie militaire ; Athéna, protectrice de la ville d’Athènes après avoir fait don de l’olivier à ses habitants. Une chouette déesse (ça tombe bien, c’est son symbole), qui aime bien aider les Héros dans leurs périples et qui est la préférée de son père pour son intelligence et sa clairvoyance. Modèle grec de raison, elle sera une des déesses les plus vénérés de la Grèce antique. Et ceux qui la font chier se prennent souvent un bon coup d’Aegis, le bouclier orné de la tête pétrifiante de la monstrueuse Médusa, en plein front.

Elle est même indulgente avec ses ennemies : quand la talentueuse Arachnée, qui l’a défiée à un concours de tapisserie, se pendit après qu’Athéna ne détruise son travail par jalousie, Athéna la transforma en araignée pour qu’elle puisse continuer à tisser pour l’éternité. En vrai, c’est une chic fille.

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Sœur et épouse de Zeus (oui), présentons la déesse du mariage, de la famille, des femmes et de l’accouchement, Héra. La Reine du ciel, certes, mais une Reine du ciel aussi genrée que rancunière et reloue. Car oui, Héra est la pire jalouse de toutes les mythologies du globe : cocufiée de toute part, son malin plaisir et de tourmenter les mortel.le.s qui osent avoir des affaires avec son mari. Un comble pour la déesse de la fidélité !

C’est ainsi qu’elle retarde autant qu’elle peut la naissance des jumeaux Artémis et Apollon en maudissant la terre et les îles de Grèce pour que leur mère, Léto, maîtresse de son mari ne puisse pas mettre un terme à sa grossesse (ce qui est en soi bien bien vicieux, quand même). Elle va aussi jeter des serpents dans le berceau d’Héraclès (dont le nom signifie ironiquement « Gloire d’Héra »), fils illégitime de Zeus également, pour le tuer. Puis lui pourrir la vie en le rendant fou pour qu’il tue ses enfants et lui envoyer pas mal de monstres dessus.

Il n’y a pas que les amant.e.s de Zeus qui subissent sa colère de princesse. Quand elle et Zeus, se disputèrent en voulant savoir qui de l’homme ou de la femme ressentait le plus de plaisir pendant l’acte sexuel, iels appelèrent Tirésias, qui avait été successivement des deux sexes. Quand Tirésias osa rejoindre Zeus en disant que c’était la femme, Héra le rendit aveugle. Ah, et elle a aussi jeté son fils Héphaïstos du haut de l’Olympe parce qu’elle le trouvait moche. Tout. Va. Bien.

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Un beau matin, Eris, la fouteuse de merde déesse de la discorde, jette une pomme d’or sur la table de l’Olympe, entre l’ambroisie et le dessert. On s’en serait un peu foutu si, sur la pomme, n’était pas gravé les mots A la plus belle. Problème. La tension monte Aphrodite, Athéna et Héra qui s’estiment toutes les trois dignes de la pomme.  Zeus, connaissant le tempérament des 3 déesses, veut à tout prix éviter que ça lui retombe dessus et ne veut surtout surtout pas de scène dans son palais. Il choisi donc le prince troyen Pâris, qui n’a rien demandé, pour choisir (et lui refile gentiment la patate chaude).

Héra promet que, s’il la choisit, Pâris aura le plus grand royaume qu’on ait jamais vu. Athéna, elle, lui promet d’être le général militaire le plus respecté de toute la Grèce, avec la plus grande armée du monde. Il hésite …
Jusqu’à ce qu’Aphrodite lui promette la plus belle femme du monde. Pâris, qui réfléchi un peu avec son entrejambe, la choisi sans hésiter. Il devient l’amant d’Hélène, Reine de Sparte. Et il enlève Hélène, Reine de Sparte, pour en faire Hélène de Troie.  Sparte entre en guerre avec Troie. Le début du plus grand carnage militaire de toute la mythologie grecque. Tout ça … pour une pomme.

Alors, elles sont pas badass nos déesses ? On continue la semaine prochaine avec un prochain épisode sur Déméter, Artémis et Hestia. Au programme : malédictions, kidnapping et hiver éternel. Du lourd. Stay tuned.

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Mythologie – L’origine du Zodiaque : mais pourquoi des signes aussi random ?

Posté par Greenfyre 16 mai 2017 0 commentaire

Qu’on croit à l’influence quotidienne des astres ou qu’on ait fait un test de compatibilité amoureuse le mois dernier pour rire, on connait tous les signes du Zodiaque. Mais d’où viennent-ils vraiment ? Pourquoi une chèvre-sirène ? Qu’est-ce que fout un crabe dans l’histoire ? Et tout simplement : pourquoi des animaux aussi random ? Spoiler alert : beaucoup de mythologie, Zeus trompe sa femme, et Héraclès tue un maximum de monstres.

 

bélier

Commençons en beauté par le trésor le plus convoité de la Grèce antique : vous la toison d’or ! A l’origine, c’était celle du bélier Chrysomallos, créature magique et ailé, pouvant même parler. Immolé en l’honneur de Zeus, c’est pendouillant à un chêne et gardée par un ÉNORME DRAGON qu’elle fera la convoitise de Pélias, oncle de Jason, ce dernier qui s’élancera avec ses Argonautes à bord du mythique navire Argo pour la récupérer.

(La suite du mythe implique des frères coupés en morceaux, une princesse en flamme et un héros au crâne broyé par une poutre alors qu’il faisait une sieste mais ça, c’est une autre histoire …)

taureau

Le signe du Taureau trouve son origine à Tyr, en Phénicie (Liban actuel) où la belle princesse Europe flâne tranquille sur les plages de Méditerranée. Soudain, un magnifique taureau blanc fait son apparition : intriguée, fascinée, elle se rapproche et, dans un excès de confiance, le chevauche et … Misère ! C’est encore Zeus, métamorphosé en une énième créature pour échapper à une énième crise de jalousie de sa femme et séduire une énième mortelle sans se faire chopper. Ni vu ni connu, le dieu des dieux enlève la princesse, et, le melon gros comme ça, place son Taureau parmi les étoiles.

gémeaux
Castor (le dompteur de chevaux) et Pollux (le boxeur) : on connait aujourd’hui bien leur nom, mais moins leur culte, pourtant très ancien : d’Inde jusqu’en Allemagne, les jumeaux divins, parfaitement égaux, étaient reconnus comme protecteurs des marins et des guerriers. Né d’un œuf, dont ils portaient la coquille brisée sur le crâne, on saluait leur force virile et on en demandait la bénédiction, surtout à Sparte où ils étaient intensément vénérés, notamment pour avoir «  » »délivrés » » » contre son gré la princesse Hélène, tombée amoureuse de Pâris, célèbre prince troyen. Ils étaient tellement respectés et badass que leurs prouesses leur a permis de rejoindre les étoiles.

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Bizu des signes du Zodiaque (et comme par hasard, le mien). Alors qu’Héraclès/Hercules est train d’en mettre plein la gueule à l’Hydre de Lerne pour son deuxième travail, armé de sa lame et d’une torche pour cautériser immédiatement les moignons des têtes tranchées du monstre pour les empêcher de repousser quand on les coupe, Héra, l’épouse de Zeus, voit rouge. Et craint de voir le fils illégitime de son mari qu’elle persécute depuis sa naissance l’emporter sur la bête (oui parce qu’avant ça, elle a quand même envoyé des serpents dans son berceau ET l’a forcé à tuer ses propres enfants, crime dont les 12 travaux sont la pénitence). Donc Héra flippe. Coup bas ultime : elle envoie son fidèle serviteur, le crabe Cancer, au milieu de l’épique bataille, pour sournoisement tuer le Héros en plein combat. Manque de bol, il se fait marcher dessus par Hercules sans faire gaffe, et meure. Voilà, fin de l’histoire. Emue par sa loyauté, Héra l’enverra quand même au ciel.

lion

Pour le premier travail d’Héraclès, la barre est haute : tuer (pour changer) le lion de Némée, un monstre abominable ravageant la région. Doté d’une peau que personne ne peut percer de flèches ou trancher d’un coup d’épée, il terrorise et dévore la population. Notre Héros engage donc un formidable combat avec la créature invulnérable. De sa massue en bois d’olivier, il lui fracasse le crâne, sonnant la bête. Puis il l’étrangle à deux mains et l’étouffe. Ensuite, il le dépèce, fasciné par les son cuir magique, en utilisant les propres griffes du monstre pour s’en faire une ravissante tunique.

vierge

Associée parfois à Thémis, déesse de la justice et de la vertu, ou à sa fille Astrée, la Vierge est dans tous les cas une immortelle écœurée par la malhonnêteté, la grossièreté et le vice propres aux fillonistes mortels. Cette noble âme décida donc de leur faire un gros doigt et de se retirer dans les cieux, loin des turpitudes humaines. Elle a quand même eu le temps de décamper avec un épi de blé, qu’on lui représente généralement à la main. Oui, c’est arbitraire.

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Seul symbole non-vivant du Zodiaque, on ne sait pas trop à qui elle sert : instrument de Thémis encore, comme attribut de justice et d’égalité ? Outil de Zeus, pour connaître les chances des Athéniens contre les Troyens lors de la guerre de Troie ? Peut-être est-ce un élément rapporté des égyptiens et de leur fameuse Balance du jugement de l’âme quand, à la mort d’un.e individu.e, on comparait le poids de son cœur avec celui d’une plume de la déesse Maat, pour savoir s’il méritait une place dans le royaume des morts ou s’il devait se faire dévorer par l’horrible Ammit (mi- crocodile, mi- hippopotame) ? Le mystère reste entier …

scoprion

Tout comme le Cancer est l’envoyé d’Héra, le Scorpion est la créature d’Apollon, dieu du soleil, des arts et de l’harmonie. Jaloux , de voir le chasseur géant Orion passer du temps en compagnie de sa sœur jumelle Artémis, déesse de la lune et de la chasse, (et probablement un peu inquiet, Orion étant un géant un tantinet violent du genre à détruire un palais à mains nues), il lui envoie un gigantesque scorpion de feu sur la gueule. Les deux combattants luttent jour et nuit mais le Scorpion a l’avantage : Orion, pour se protéger, se réfugia dans la mer.
C’est d’ailleurs pour ça que la constellation du Scorpion et celle d’Orion sont, dans le ciel, à l’opposée : chacun se chasse sans pouvoir se rattraper, pour l’éternité. Fort tragique.

sagittaire

Le meilleur prof du monde est … un centaure. Chiron, qui contrairement à ses confrères n’était pas une brute bestiale assoiffée de sang et de vin, fut le mentor d’un bon nombre de Héros : Achilles, qu’on ne présente plus ; Asclépios, fils d’Apollon et dieu de la médecine ; le téméraire Jason, et même des Dioscures Castor et Pollux ! C’était un pédagogue sage, un brillant guérisseur, un valeureux guerrier, bref, un chic type. Jusqu’à ce qu’Hercules, sans faire gaffe, lui envoie une flèche barbouillée du sang de l’Hydre de Lerne (le plus puissant poison de toute la mythologie grecque) dans le genou. Oups. A l’agonie, fou de douleur, il supplia Zeus de lui retirer son immortalité pour pouvoir enfin mourir. Le roi des dieux l’exauça et, plein de pitié pour cette noble âme, métamorphosa son corps en constellation et l’envoya au ciel.

capricorne

Que d’histoires différentes pour ce signe ! Pour certain, on occulte sa queue de poisson pour s’intéresser à son autre moitié : il s’agirait d’Amalthée, nourrice attitrée de bébé-Zeus qui grandit de lait de chèvre sur une petite île de Crête pour échapper à son père Cronos (qui rappelons-le, mangeait ses enfants). Chèvre Amalthée qui, d’ailleurs, serait à l’origine de la Corne d’Abondance !
Pour d’autres, il s’agirait du satyre Pan, le dieu lubrique de la nature et à la flûte éponyme. Quand le monstre démoniaque Typhon menaça de ravager l’Olympe et de tout détruire sur son passage, les dieux se sont TOUS barrés en Egypte en se métamorphosant en animaux pour passer incognito et faire l’autruche. Au milieu de ce joyeux bordel, Pan (déjà doté de cornes et de pattes de bouc de par sa condition de satyre) se dota d’une charmante petite queue de sirène pour échapper au chaos ambiant : notre Capricorne est né.

verseau

Enfin un peu d’homo-érotisme dans ces batailles, carnages et massacres. Et oui, car le Verseau n’est autre que le sublime prince troyen Ganymède, prodige parmi les mortels, d’une beauté extraordinaire, le plus beau de tous les hommes. Archétype de l’éphèbe grec, le voilà qui chasse (ou garde son troupeau de mouton, les versions divergent) près du mont Ida quand Zeus (encore lui !), maître du ciel et roi des Olympiens, a le coup de foudre. Epris du jeune homme au premier regard, il se métamorphose cette fois en aigle et l’enlève (encore) pour l’amener sur l’Olympe et en faire son +1. Ganymède devient alors échanson des dieux et de sa coupe coule tantôt le nectar, tantôt de nouveaux fleuves célestes …

poissons

Nous terminons ce tour d’horizon mythologique par les Poissons qui déjà, au temps de Babylone, étaient vénérés pour avoir poussés un œuf sur les berges de l’Euphrate, œuf donnant naissance à la déesse de l’amour ! Du temps des grecs anciens, c’est Aphrodite, déesse du désir, et son fils et agent personnel Eros, qui, poursuivis par le monstre Typhon, se métamorphosèrent en poissons (ou en dauphins) et nagèrent tranquillement et sans aucune peine jusqu’en Egypte, laissant derrière eux Zeus, tout seul, devant faire face au terrible monstre.

Pour résumer : les signes du Zodiaque ? Beaucoup de travaux d’Héraclès, du Zeus un peu partout, des métamorphoses en veux-tu en voilà, et quelques monstres assoiffés de sang. Voilà ! Votre signe n’a plus de secret pour vous, à vous de retrouver les joies de la compatibilité astro, la tête bien pleine !

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Berlin, 1960 – L’histoire du live d’Ella Fitzgerald

Posté par Loupche 27 mars 2017 1 Commentaire

Je voudrais que tu écoutes la version de « How High The Moon » interprétée par Ella Fitzgerald à Berlin en 1960 (le lien est juste en-dessous). Laisse-moi t’expliquer pourquoi je tiens réellement à ce que tu écoutes cette version précise.

La seule chose meilleure que de chanter, c’est de chanter encore plus.

1960. Ella a 43 ans et est en tournée européenne depuis 1957. Plusieurs soirs par semaine depuis plusieurs années, elle chante « How High the Moon », chanson écrite par Morgan Lewis et Nancy Hamilton en 1940. Le morceau dure trois minutes et, comme tous les morceaux de jazz, il intègre une partie d’improvisation sur la grille harmonique pour que les musiciens se laissent aller à leur génie. Dans le morceau original repris par de nombreux artistes, cette partie dure une minute.

Bon, super, et maintenant que je t’ai assailli.e de chiffres et de dates et de noms, où est-ce que je veux en venir ? Eh bien ce soir-là, en 1960 à Berlin, Ella pète les plombs et, sans prévenir ses musiciens, s’envole dans une improvisation galopante de plus de cinq minutes ! On retrouve dans ces instants-là ce qui fait l’essence même du jazz : la beauté de son imprévisibilité, et la porte qu’il laisse au grand saut dans le vide. Et si tu écoutes pendant que tu lis ces mots, tu entendras qu’Ella ne fait pas les choses à moitié : elle se balade dans les octaves, enchaîne les onomatopées à une vitesse vertigineuse, embarque ses musiciens dans une aventure trépidante (ils s’en sortent d’ailleurs terriblement bien) et, à la fin de son improvisation, elle lance dans une grande exclamation « je suppose que ces gens n’ont aucune idée de ce que je suis en train de chanter ! », avant de repartir sur les deux phrases conclusives de la chanson pour finir dans un aigu magistral. En gros, Ella Fitzgerald est connue pour son agilité vocale, mais ici, son talent atteint des sommets.

Conclusion : écoute. Ça fait six fois que j’appuie sur « rejouer » et je ne m’en lasse pas, c’est mieux que n’importe quelle drogue ce truc.