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Test – Quelle est votre conception de l’amour ?

Posté par Beaumont 30 novembre 2017 0 commentaire

Dans l’un des plus beaux textes jamais écrits sur l’amour, le Banquet, Platon met en scène une soirée entre hommes dont le jeu à boire est le suivant : prononcer le plus bel éloge possible d’Eros, le dieu de l’amour, en se laissant inspirer par les vertus du vin. C’est ainsi qu’Aristophane, Socrate ou encore Alcibiade, par leurs discours, vont défendre chacun une conception de l’amour. C’est encore aujourd’hui entre ces différentes formes d’amour que nous hésitons bien souvent. A moins que votre conception ne soit déjà bien arrêtée…
Pour le savoir, c
hoisissez à chaque fois la réponse qui vous convient le mieux.

 

Votre amoureux.se trahit et abandonne l’un.e de ses ami.e.s qui avait demandé son aide. Comment réagissez-vous ?
Vous le/la soutenez jusqu’au bout ! Vous l’aimez donc vous pensez qu’il/elle avait des raisons d’agir ainsi/
P
Cela vous est égal du moment qu’il/elle ne vous trahit pas vous !
D
Vous vous mettez en colère contre lui/elle et vous vous demandez si c’est vraiment quelqu’un de bien.
V
Quel programme choisiriez-vous pour les vacances d’été ?
Que ce soit avec ou sans votre amoureux.se, le programme sera le même : faire la fête et vous amuser !
D
Passer une partie de l’été ensemble, et faire découvrir ou partager vos activités préférées avec votre amoureux.se.
V
Peu importe le programme, du moment que vous soyez toujours avec votre amoureux.se !
P

 

 

Le ciel bleu sur nous peut s’effondrer
Et la terre peut bien s’écrouler
Peu m’importe si tu m’aimes
Je me fous du monde entier
Tant que l’amour inond’ra mes matins
Tant que mon corps frémira sous tes mains
Peu m’importent les problèmes
Mon amour, puisque tu m’aimes…

J’irais jusqu’au bout du monde
Je me ferais teindre en blonde
Si tu me le demandais…

Que pensez-vous de ces paroles de L’Hymne à l’amour d’Edith Piaf ?
Bof, je ne serais pas prêt à faire tout ça pour celui/celle que j’aime ! Je trouverai bien quelqu’un d’autre qui en demandera moins !
D
Oui, je suis d’accord avec la chanson : je serais prêt à tout par amour !
P
Non ! On ne peut pas faire tout et n’importe quoi par amour ! Si celui/celle que j’aime me demande de faire du mal, c’est qu’il/elle ne mérite pas que je l’aime !
V
Lorsque vous voulez sortir avec quelqu’un, vous cherchez avant tout :
Un.e ami.e et un.e confident.e, avec qui vous aller partager vos passions.
V
Votre « âme sœur », avec qui vous allez passer votre vie.
P
Un/une partenaire sexuel.le
D
Lorsque vous êtes en couple, l’essentiel pour vous c’est :
De toujours désirer votre partenaire.
D
De sentir qu’il/elle vous manque quand il/elle est absent.e.
  P
D’être convaincu.e que votre partenaire est vraiment quelqu’un de bien.
V

 

 

 

Pensez-vous qu’un homme et une femme, tous les deux hétérosexuel.le.s, ou que deux hommes ou deux femmes, tous homosexuel.le.s, peuvent construire une amitié sincère et durable ?
Bien sûr que oui ! Nous sommes aussi des êtres raisonnables capables de faire la part des choses !
V
C’est impossible ! L’un.e des deux aura forcément la tentation d’aller plus loin, ce qui gâchera leur amitié.
D
C’est possible à la seule condition que les deux soient déjà en couple et heureux.ses dans leur couple.
P
Si quelqu’un vous dit qu’il ou elle est amoureu.x.s.e de plusieurs personnes en même temps, que lui répondez-vous ?
« Le polyamour est une belle fiction ! Tu dois confondre différentes formes de sentiment. Tu as un sentiment amoureux pour l’un.e tandis que tu as de l’affection ou de l’admiration pour l’autre. »
P
« Tu en as de la chance ! Cela doit considérablement multiplier tes possibilités, et cela t’évite d’être enfermé.e dans un couple traditionnel où l’on finit par se lasser. »
D
« Eh bien je n’aimerais pas être à la place de ceux que tu aimes ! T’es-tu demandé.e si elleux, ils s’aimaient entre elleux ? Ne leur imposes-tu pas ta vision de l’amour ? »
V

 

Si vous avez une majorité de D…

 

Vous êtes dans l’amour-désir, comme Alcibiade. Pour vous, c’est avant tout le plaisir qui compte, et le physique prime bien souvent sur le spirituel. Vous êtes séduits par les idées libertines contemporaines comme les « sex friend » ou le polyamour. Alcibiade a bien tenté de proposer cette formule à Socrate, en lui proposant de rejoindre son lit. Mais le maître est resté ferme et a condamné le manque de vertu du jeune homme.

 

 

 

 

 

Si vous avez une majorité de P…

 

Vous-êtes dans l’amour-passion. L’amour est fusionnel, vous voulez ne faire qu’un avec l’être aimé. Vous descendez sans doute des androgynes du mythe raconté par Aristophane dans le Banquet. Dans un passé immémorial, les humains étaient des boules rassemblant deux parties, dotées de quatre jambes, deux visages, etc. Il en existait quatre types, les composés mâles, les composés femelles, et les androgynes (ce qui permet de tirer des conclusions gay friendly de l’histoire) Pour les punir de leur orgueil, Zeus décida de les couper en deux, condamnant chaque moitié esseulée à passer sa vie à chercher sa moitié perdue, son « âme soeur ».

 

 

 

 

 

Si vous avez une majorité de V…

 

Vous êtes dans l’amour-vertu, qui consiste à aimer surtout l’âme de son partenaire, et la beauté intérieure. C’est Socrate qui transmet cette conception de l’amour à ses compagnons de beuverie, en leur racontant ce que Diotime, sa première maîtresse, lui en a enseigné. Au lieu de désirer un corps dont la beauté n’est sans doute qu’apparente et à coup sûr éphémère, il faut élever son désir au niveau des réalités spirituelles plus durables. C’est pourquoi Socrate refuse les avances sensuelles d’Alcibiade, en lui disant que ce n’est pas son corps qui l’intéresse, mais son âme. D’où l’ « amour platonique »…

 

 

 

 

 

CultureHistoire/Politique

D’où vient le Diable ?

Posté par Greenfyre 20 octobre 2017 0 commentaire

Satan, Lucifer, le Sheitan, le Malin, Ramzan Kadyrov le Serpent … Les noms abondent et se confondent pour parler du Grand Adversaire du Dieu monothéiste, celui qui, responsable de tous les maux et menant ses légions de démons au combat, égare l’humanité, fait rôtir les âmes en enfer et torture les justes. Mais d’où vient le Grand Ennemi ?

Cet article est un article d’opinion et d’interprétation visant à analyser certaines figures spirituelles en tant que matériel historique et théologique. Il ne vise ni à les démonter ni à se dresser contre les systèmes religieux dans lesquels elles prennent place !

Remontons bien loin, en Grèce. A une époque où les démons, alors appelés daimons, n’était que des génies bienveillants ou malfaisants aux personnalités uniques et complexes, au carrefour entre les sphères humaines, naturelles et spirituelles. Concept qui a d’ailleurs inspiré Philip Pullman pour ses daemons animaux.

En Grèce, les deux dieux olympiens les plus opposés ne sont pas Artémis et Aphrodite, ou Poséidon et Athéna. Non. Les deux dieux qui s’opposent le plus dans leur substance même sont … demi-frères.

Le premier est Apollon, fils de Zeus et de Léto. Apollon le dieu soleil, le lucide, le lumineux, l’éclatant. Dieu de l’ordre et des structures réglés, des troupeaux agraires, dieu de la poésie, de la divination, de la médecine, du tir à l’arc. Dieu qui permet de voir, de synthétiser, d’ordonner et de clarifier. Dieu de l’individualité, dieu rationnel et solaire, il est la lumière du peuple grec.

Le second est Dionysos, fils de Zeus et d’une mortelle, Sémélé. Dionysos, le dieu de l’extase, du vertige, de l’ivresse et de la transe rituelle. C’est celui qui, de vin et d’alcool, feu devenu liquide, enivre, intoxique et déchaîne ce qui a de plus animal, incontrôlable en nous. C’est le dieu de l’humidité vivifiante et de la végétation folle, du lierre à la vigne, dieu des fluctuations et des changements. Dieu des masses, des passions, de la dissolution dans le groupe et du débordement perpétuel hors de soi, parfois jusqu’à la folie.

Le cri de ses Ménades, servantes enivrées vivant dans les étendues sauvages, performant transes extatiques et tuant des animaux à mains nues avant de les manger crus, résonnent encore.

Nietzche expliquait la tragédie comme l’union d’Apollon et de Dionysos, entre maestria contrôlée et passions bouillonnantes amenant à l’ultime catharsis : apothéose. Toute l’esthétique grecque était en équilibre entre les deux dieux, tous deux dieux de l’art et de la musique à leur manière. Leur culte était de toute façon lié, à Delphes par exemple. Bien plus tard, notre Histoire ne sera que fluctuation entre l’un et l’autre de ces flux : Moyen-Âge et Lumières. Romantisme et classicisme. Surréalisme et ordre établi.

Revenons dans l’ère classique, quand vint le début des grandes religions monothéistes. Et c’est là que se fait le schisme.

Le culte d’Apollon était devenu, à Rome, celui de Sol Invictus, le soleil invaincu, célébré le 25 décembre. Plus de galipettes avec les nymphes et d’excès de rage de la part du dieu fougueux : Sol Invictus, sa version 2.0, est plus sage, plus diffus dans la spiritualité de l’épique. Plus inaccessible, beaucoup moins tourmenté, beaucoup moins frivole. Ce n’est plus le dieu du soleil. C’est le dieu de la lumière, auréolé d’or et de gloire. Plus tard, il se confondra avec … le Christ. Sa lumière, moins ardente mais toujours plus forte, est amour divin et, bientôt, illuminera les vitraux des cathédrales.

Comment supporter Dionysos dans une telle conception ? Comment, dans une logique chrétienne, accepter le chaos, la perte de contrôle, le déchaînement des forces sauvages qui sommeillent en nous alors quand sonne l’autorité de la notion de péché originel, de pécheur et de repentance ? Comment autoriser une figure aussi sensuelle, porteuse de transgression et physique, dans une conception du monde où le corps est aussi impur que l’âme est sacrée ?

Nous avons notre Diable.

Dionysos est frappé d’anathème. Pas lui, bien sûr, relégué dans les affres du paganisme : non, tout ce qu’il représente : pulsions sauvages et bestiales, chaos, ivresse. C’est la naissance du Diable, terrifiant, abominable. Ses prêtresses, les Ménades, deviennent les sorcières hideuses et lubriques sortant à minuit (pratique pour condamner les premières féministes qui attendait la nuit pour se réunir et ne pas se faire persécuter). Les cornes des satyres, ces hommes-boucs au pénis gigantesque toujours en érection de son cortège (le Thiase, devenu Sabbat), coifferont la tête des démons monstrueux. Dionysos lui-même, quant à lui, Dieu des forces vitales et de l’extase, il deviendra Satan, le Mal. Apollon et Dionysos, demi-frères complémentaires et unis, meurent dans l’étreinte fiévreuse du manichéisme. L’Apollonien devient le Bien, l’Autorité et Ordre céleste ; le Dionysien, le Mal, le Bouc-émissaire infernal.

Voir un couple neutre symbolisant l’Ordre et Désordre devenir Bien et Mal n’est pas anodin et en dit beaucoup. Combien de fictions en font leur intrigue principale ? Pourtant, l’Apollon grec n’était pas un dieu auquel on associait une valeur morale, encore moins celle du Bien : armé de ses flèches, il succombait au désespoir, à la passion et à la vengeance. Dionysos était tout aussi loin, très loin d’être le Mal. Les Grecs étaient persuadé qu’il était capital de viser l’équilibre entre ces deux dieux en les acceptant plutôt que de refouler systématiquement ses passions. Après tout, un excès de soleil et de feu conduit à une sécheresse stérile, mais un excès d’humidité et d’eau inonde et intoxique.

La prochaine fois que vous suivrez une histoire de lutte manichéenne entre le Bien et le Mal, un démon grimé avec des cornes de bouc ou une caricature grotesque de sorcières hystériques, posez-vous les bonnes questions. Pourquoi la perte de contrôle fait aussi peur. Pourquoi les forces sensuelles, puissantes et vives qui nous traversent sont toujours marquées de tabous. Pourquoi le chaos est irrémédiablement associé à la destruction et à l’enfer. Et à qui ces peurs profitent.

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Crédit : Les Grands Mythes – Fine Art america (Granger)

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Test – Quelle est votre conception du bonheur ?

Posté par Beaumont 10 octobre 2017 0 commentaire

Les écoles philosophiques de l’Antiquité proposaient à leurs disciples une méthode et des conseils pour accéder au bonheur et à l’absence de troubles (ataraxie). C’est pour cela qu’on les appelle des philosophies eudémonistes (du grec eudaimonia : le bonheur). Bien que ces écoles aient disparu depuis longtemps, leurs philosophies restent pertinentes pour quiconque s’interroge sur les moyens d’être heureux : à votre avis, quelle serait votre philosophie du bonheur ?

Choisissez à chaque fois la réponse qui vous convient le mieux.

 

Vous devez consoler un.e ami.e parce qu’il/elle vient d’être quitté.e par son/sa copain/copine, dont il/elle était très amoureu.x.se. Que lui dites-vous ?
Console-toi ! Tu peux maintenant profiter des autres plaisirs de la vie : sortir avec tes ami.e.s, draguer d’autres personnes !
E
Tu ne pouvais rien y faire. Tu dois accepter ton destin. Essaie d’être heureu.x.se même si tu es célibataire.
S
Le couple est une prison ! Ceux/celles qui sont en couple font comme tout le monde ! Toi au moins tu vas devenir anti-conformiste !
C
Quel mode de vie préférez-vous ?
Avoir un poste haut placé et un agenda de ministre, et supporter avec calme et indifférence toutes les pressions qui pèsent sur vous.
S
Se retirer de la vie en société et vivre comme un marginal, qui refuse le travail, se déplace beaucoup et n’a pas de maison fixe.
C
Vivre dans une petite communauté d’amis, travailler peu et profiter de son temps libre pour cuisiner, dormir, sortir avec ses amis.
E
Quelle phrase vous correspond le mieux ?
Vous vous moquez du regard des autres et du jugement qu’ils portent sur vous.
C
Vous n’avez pas peur d’échouer.
S
Vous n’avez pas peur de la mort.
E
Quelle phrase vous correspond le mieux ?
Vous n’avez pas peur d’être puni par Dieu, vous n’êtes pas superstitieux.
E
Vous êtes rebelle face à l’autorité, vous n’aimez pas obéir à des règles.
C
Vous arrivez facilement à renoncer à satisfaire un de vos désirs.
S

Que feriez-vous si vous étiez à la place de Maximus ?
Vous refusez la proposition de Marc-Aurèle, parce que vous préférez retourner vivre à la campagne auprès de votre femme et de votre fils.
E
Vous acceptez, parce que vous voulez être loyal, et que votre devoir est de gouverner Rome de façon honnête et juste.
S
Vous refusez, parce qu’à vos yeux la gloire est futile, et que la politique est un monde de corruption et de vanité qui vous dégoûte !
C
Quels sont les meilleurs conseils pour être heureux ?
N’essaie pas de changer le monde. Essaie plutôt de désirer moins de choses.
S
Refuse toutes les obligations et toutes les autorités. Vis comme un marginal loin de la société.
C
Contente-toi d’apprécier les plaisirs simples de la vie : bien manger, bien dormir, être en bonne santé.
E
Quel mot pourrait être votre devise ?
La liberté !
C
Le plaisir !
E
Le devoir !
S

 

Si vous avez au moins 3 S…

Vous êtes stoïcien ! Comme Marc-Aurèle l’empereur romain.
=> Accepter tout ce qui ne dépend pas de nous.
=> Modérer ses désirs.
=> Agir rationnellement

 

Si vous avez au moins 3 E…

Vous êtes un épicurien ! Du nom du philosophe Épicure.
=>Rejeter les superstitions qui engendrent des peurs.
=>Fuir la douleur et chercher les plaisirs naturels et nécessaires.
=> Vivre simplement avec ses amis dans le « jardin d’Épicure »

 

Si vous avez au moins 3 C…

Vous êtes un cynique ! Comme Diogène
=> Refuser la politesse, la pudeur et l’obéissance.
=>Vivre seul dans une pauvreté choisie.
=> Vivre conformément à la nature, comme les animaux ou les enfants.

 

 

 

 

 

CultureHistoire/PolitiqueLecture/Ecriture

Le roman de la semaine : Lavinia

Posté par Loupche 7 octobre 2017 0 commentaire

Le roman Lavinia, écrit par Ursula K. Le Guin en 2008 et traduit en France en 2011, mérite vraiment d’être lu ! L’auteure est américaine et reconnue dans le milieu littéraire depuis les années 1960. L’histoire de son roman se passe aux alentours du douzième siècle avant notre ère et parle de Lavinia, fille de Latinus, roi des Latins, et de sa ferveur à réaliser son destin. Le roman s’inspire librement des derniers poèmes de L’Enéide de Virgile, oeuvre classique fondamentale et référence importante encore trois millénaires après son écriture. Ne sois pas découragé.e, moi non plus je n’ai pas lu L’Enéide ! Par contre, j’ai adoré Lavinia, et je te donne ici ses grands points positifs, et son petit point négatif.

Points positifs :

– Il n’est pas nécessaire de lire Virgile pour comprendre Lavinia. Très accessible, le roman rend le monde semi-mythologique de Virgile facile à décrypter pour les profanes qui n’y connaissent rien à l’histoire antique — comme moi.

– L’intention de base du roman est en soi un point positif : donner de la place à une femme de L’Enéide qui n’occupe pas beaucoup d’espace. De quelques lignes d’un vieux poète illustre, une auteure écrit sur une femme. Si c’est pas #GirlPower ça, je vois pas ce que ça peut être.

– Lavinia est quand même une sacrée badass, fille de roi puis reine puis mère de roi, liseuse d’oracles, aventurière, d’un caractère doux comme c’est attendu d’une femme de son rang, mais faussement docile. Merci à l’agréable première personne du singulier qui nous donne l’impression de l’écouter nous raconter sa vie.

– Le récit accroche, il y a du suspens, de l’intrigue, on veut savoir la suite. On décrypte avec elle les oracles, on voit avec elle une armée marcher sur la ville de son père, on la voit traverser les épreuves de son destin, etc.

– Le monde de Lavinia est semi-imaginaire et donc semi-réel. La postface détaille un peu plus les libertés que l’auteure s’est permises en s’éloignant de Virgile pour être plus en accord avec les découvertes des archéologues, et vice-versa. Donne un mélange agréable et confortable d’une intrigue à moitié mythique, dans une région de l’Italie actuelle fidèle à la description.

Point négatif :

Est-ce le fait de la traduction française ou de l’écriture de l’auteure, mais certaines envolées lyriques intégrées dans l’intrigue semblent en trop. Cela ressemble parfois à un hommage à Virgile un peu loupé, une tentative d’être un poème alors que Lavinia est un roman. Ces quelques passages ne m’ont pas empêchée d’accrocher, mais m’ont tout de même repoussée lors des premiers chapitres, où l’on ne sait pas trop ce que l’on est en train de lire et s’il y a un but dans l’écriture. Le dernier paragraphe du livre m’a un peu déçue pour ces mêmes raisons.

Note finale : 7/10. Un très bon roman qui donne envie de tourner les pages, mais dont on aperçoit malheureusement les maillages censés être invisibles après le polissage final de l’écriture. Sans vouloir être trop lyrique.
CultureHistoire/PolitiqueSociété

La Panthéone : hommage aux grandes femmes

Posté par Ju le Zébu 9 septembre 2017 0 commentaire

Il y a deux mois maintenant (5/7), le Président Macron annonçait que Simone Veil reposerait au Panthéon, accompagnée de son époux. Elle deviendrait ainsi la cinquième femme à y faire son entrée. La parité au Panthéon prendra encore bien des décennies à ce rythme là…

En plus d’être significativement inégalitaire dans sa représentation (70 hommes pour cinq femmes) et profondément sexiste dans son appellation même (« Aux grands hommes, la patrie reconnaissante »), le Panthéon peut poser question, voire déranger, tant il est un outil de la Nation, de l’État. Souhaiter honorer la mémoire de figures ayant marqué notre culture, est pourtant honorable. D’autres formes sont heureusement envisageables. Allons voguer sur l’internet.

Connaissez-vous Marie Dentière ? Helen Keller ? Justine Masika Bihamba ? Alors, il est grand temps d’aller faire un tour à la Panthéone.

La Panthéone est un projet collaboratif, à l’initiative de la galaxie numérique Egalitées, qui a pour but de faire connaître et reconnaître des intellectuelles, artistes, politiciennes, «celles qui ont contribué, par le passé, ou contribuent, dans le présent, à améliorer la société par leurs travaux scientifiques, leurs actions citoyennes, sociales, artistiques ou économiques »

Ce monument virtuel ne se limite donc pas au passé, ni même à un pays. L’idée d’un mémorial pour les vivantes peut étonner mais c’est un moyen de « rappeler le rôle essentiel des femmes dans la société ». C’est d’ailleurs pourquoi vous ne trouverez que des femmes et aucun homme.

Les portraits sont réparties dans trois découpages chronologiques : avant le 20eme s., le 20eme s. et aujourd’hui. On y trouve des femmes connues (Olympe de Gouges, Simone Veil…) et d’autres moins, voire pas du tout.

Vous vient-il à l’esprit une femme exceptionnelle qui ne serait pas encore présentée ? A vos claviers ! Pour participer, il suffit de créer un compte sur la Panthéone. Il n’y a pas de format standard à respecter. En faisant défiler quelques portraits, on remarque que certains sont très courts, d’autres plus étoffés.

Auriez-vous une remarque à faire sur une présentation ? Un ajout ? Un compliment ? La démarche est la même, il faut vous inscrire.

Les participations sont ouvertes à toutes et à tous !

Si vous souhaitez commencez votre visite virtuelle, cela se passe par-ici : http://lapantheone.fr 

Vous pouvez également suivre la Panthéone sur facebook, twitter et youtube !

Bonne (re)découverte à vous 🙂

CultureHistoire/Politique

Femmes pirates : personnages hors du commun pour destins hors du commun

Posté par MaryCherryTree 15 juillet 2017 0 commentaire

Qui n’a jamais entendu parler des pirates ? Des corsaires ? De leurs folles cavalcades maritimes ? Les drapeaux noirs peints d’une tête de mort, le coassement lugubre de perroquets multicolores, les îles au trésor, les sabres émoussés, évoquent en nous tous le souvenir de nombreuses histoires entendues maintes et maintes fois. Certaines sont fictives bien sûr, mais d’autres relatent les hauts faits de pirates ayant véritablement existé ; c’est par exemple le cas de Rackham et Barberousse.

Mais qui a déjà entendu parler de femmes pirates ? Comme dans beaucoup de sujets, les femmes ont été globalement oubliées dans l’histoire de la piraterie ; mais ces personnages aux destins hors du commun ont pourtant véritablement existé. Laissez-moi vous faire un bref portrait de quelques-unes d’entre elles…

 

Tout avait pourtant bien commencé pour Louise Antonini. Née à Ajaccio en 1771, fille d’un riche officier, elle aurait dû suivre la route qui était toute tracée pour une femme bourgeoise de l’époque. En plus clair : elle aurait dû épouser l’homme qu’on lui aurait imposé, devenir femme au foyer, puis mère, puis grand-mère. Mais Louise Antonini rêvait d’aventure, avait soif de gloire et de combats…

Alors elle a trouvé une solution simple : elle s’est déguisée en homme ! Ainsi vêtue et coiffée, les portes jusqu’alors fermées pour elles se sont ouvertes. Elle s’est engagée dans la marine française en tant que corsaire (les corsaires sont des pirates « officiels », engagés par l’armée nationale pour attaquer et piller des bateaux ennemis) : après de nombreux voyages partout dans le monde, Louise Antonini fut capturée par les anglais et jetée en prison. Ces prisons maritimes, ou « pontons », abritaient des centaines de prisonniers, tous vivant les uns sur les autres… Impossible de garder son identité cachée dans de telles conditions, dites-vous ? Et si ! Pendant près de 6 mois, Louise restera aux yeux de tous un homme. Petit plus : avouer son identité de femme l’aurait probablement aidée à échapper à ces conditions de vie terribles ; mais, dans une démonstration de courage et de détermination hors du commun, Louise n’abandonnera jamais volontairement sa fausse identité.

Suite à un examen médical, malheureusement, elle sera démasquée et dut mettre fin à sa carrière militaire. L’histoire ne dit pas ce qui arriva à Louise Antonini ensuite : mais elle a, sans aucun doute, continué à poursuivre son rêve de liberté avant de s’éteindre en 1861.

Le destin de Louise n’est pas sans rappeler celui de Julienne David (1773-1843), une autre corsaire française. Prisonnière de guerre, ayant vu sa famille entière se faire massacrer lors de la guerre de Vendée, Julienne David s’échappe de sa prison et choisit à son tour de braver les interdits, en se déguisant en homme pour aller naviguer et combattre.

Combien de femmes se sont ainsi déguisées pour se cacher parmi les rangs des corsaires, ou des pirates ? Les cas devaient être nombreux. Il est impossible de quantifier avec exactitude le nombre de femmes pirates ou corsaires !

Julienne David (à gauche) vue par l’artiste Raoul Guinet

Mary Read et Anne Bonny sont bien mieux connues du grand public. Est-ce parce qu’il existe des traces écrites plus précises à leur sujet ? Ou car leur histoire, pourtant réelle, ressemble à la plus hyperbolique des fictions ? Mystère…

Mary Read (1690-1721) a été élevée dans des conditions de vie très dures. Elle a grandi parmi les franges les plus pauvres de la société anglaise ; forcée de se déguiser en garçon dès son plus jeune âge pour pouvoir travailler et subvenir aux besoins de sa famille, il n’est pas étonnant qu’elle ait réussi à tromper autant de monde pendant autant de temps sur la véracité de son identité !

A 20 ans, sous le pseudonyme de Mark Read, elle s’engage dans l’armée de terre. Cependant, après quelques mois de service, elle tombe amoureuse d’un membre de sa troupe et lui révèle sa véritable identité, ce qui mit fin à sa carrière… Pour peu de temps ! Car quelques années plus tard, Mary redevient Mark et s’engage pour devenir corsaire. Petit hic : son bateau est abordé par des pirates, qui lui donnent un choix : être exécutée ou devenir pirate à son tour… Le choix est vite fait, et Mark Read s’engagea dans l’équipage du fameux pirate Rackham.

Rackham avait une maîtresse toute aussi impitoyable que lui : Anne Bonny. Respectée par tous les membres de l’équipage, Anne Bonny est une des rares femmes pirates qui n’a jamais eu à cacher son identité. Un jour, Anne croisa une jeune recrue, un certain Mark Read… Et en tombe amoureuse. Lorsqu’Anne décide de lui avouer sa flamme, Mark n’a pas eu d’autre choix que de lui avouer qu’il s’appelle en vérité « Mary », et qu’elle aussi est une femme ! Cette expérience lia les deux femmes d’une amitié très forte qui ne les quittera jamais.

Gravure représentant Mary Read (à droite) et Anne Bony (à gauche)

Certes, les femmes sont interdites à bord…. Mais Rackham, convaincu par le courage sans bornes de Mary, décide de l’accepter tout de même sur son bateau. Elle ne manquera pas de faire ses preuves, allant même jusqu’à défier un autre membre de l’équipage en duel pour protéger son amant…et gagner ! On raconte même qu’elle montrait son sexe aux hommes qu’elle s’apprêtait à achever pour leur montrer qu’une femme était tout à fait capable de les zigouiller. Plus badass tu meurs.

Le trio Rackham-Anne Bonny-Mary Read sème la terreur dans les Indes Orientales pendant des dizaines de mois. Lorsque leur navire est capturé, Anne Bonny et Mary Read sont les deux dernières à combattre, elles ne lâcheront leurs armes qu’une fois totalement encerclées.

Cependant, au moment de leurs jugements, les deux femmes bénéficient d’une certaine clémence. Pourquoi ? Parce que les deux sont enceintes ! Elles obtiennent donc le droit de rester en prison jusqu’à la fin de leurs termes respectifs. Mary Read, malheureusement, meurt en prison avant même la fin de sa grossesse. Anne Bonny quant à elle……. A disparu. Elle n’a pas été exécutée (son nom n’apparaît pas dans les registres officiels), mais son évasion de prison n’est notée nulle part non plus… Mystère !!

 

Plus loin, mais au même moment, Madame Tsching (1775-1844) sème la terreur en mer de Chine. Grande commandante d’une confédération de pirates (elle avait 70 000 hommes sous ses ordres, rien que ça !), Madame Tsching avait établi des règles extrêmement précises pour encadrer les actes de ses pirates. Par exemple : interdiction de violenter les prisonnières (non pas par désir de protéger leurs droits, mais pour protéger une marchandise humaine qui sera revendue à un bon prix). Madame Tsching accumulera un trésor gargantuesque grâce à ses multiples attaques sur des bateaux commerçants ; car Madame Tsching n’est pas seulement une pirate, c’est aussi une grande stratège militaire. Les empereurs chinois déploient des moyens considérables pour mettre fin aux activités de l’impitoyable pirate, mais jamais un seul assaut des militaires chinois ne viendra à bout de la flotte de Madame Tsching. Ayant passé un traité avec l’Empire chinois, elle décide de se rendre. Elle prit alors le chemin de l’entreprenariat, devenant gérante d’un vaste réseau de revente de biens de luxe, et continue à s’enrichir jusqu’à sa mort.

Madam Tsching dans le film En chantant derrière les paravents (2003)

Les destins de ces femmes, impitoyables, effrayantes, bouleversantes, montrent que la violence n’est pas exclusive aux hommes, ni la soif d’aventure, ni la piraterie tout simplement !

 

Pour aller plus loin

Je vous conseille l’excellente émission France Inter sur le sujet , écoutable et podcastable en suivant ce lien : https://www.franceinter.fr/oeuvres/femmes-pirates-les-ecumeuses-des-mers

Et le livre  Femmes pirates. Les écumeuses des mers de Marie-Ève Sténuit (éditions du Trésor, 2015)

CultureHistoire/PolitiqueVoyages

Un petit voyage au XVIIeme : direction Richelieu !

Posté par Ju le Zébu 13 juillet 2017 0 commentaire

La saison estivale commence. On rêve de prendre le large, de s’envoler vers des destinations exotiques, au soleil, loin du quotidien. Et pourtant, le repos des tropiques n’est pas pour tout de suite. On manque de sous, il faut travailler, on manque de temps… Un sacré cercle vicieux ! Mais en attendant les vacances, les vraies, on peut aussi déjà (re)découvrir les curiosités de nos propres régions. Quoi ? Vous habitez dans un trou ? Et bien moi aussi mais même dans le Nord des Deux-Sèvres, il y a des choses à voir. Ou pas très loin. Le week-end dernier, je suis allée à Richelieu, au croisement de la Touraine et du Poitou.

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Richelieu c’est un bonhomme, direz-vous, et pas n’importe lequel. Monsieur Armand Jean du Plessis de Richelieu pour être précis. Cardinal, grand ministre de Louis XIII, chaussures… L’homme a marqué son temps. On se souvient surtout de lui comme une main de fer, responsable de la répression protestante, initiateur de la monarchie absolue. Mais c’est également un intellectuel, un grand mécène et amateur de belles matières. Vers la fin de sa vie, il commandite la fondation d’une ville nouvelle, idéale. Comment cette figure éclairée aurait-elle pu résister à cette tentation ? On imagine facilement qu’il ait lu Utopia ou la description de l’abbaye de Thélème dans Gargantua. Des utopies, des cités idéales.

C’est l’architecte Jacques Lemercier (à qui nous devons la Sorbonne par exemple) qui est choisi pour dessiner cet ambitieux projet d’urbanisme. Le plan dit « en damier » est symétrique. La grande Porte, deux places (place royale et place du Cardinal)… Dans la grande rue se trouvent les maisons nobles. Lorsqu’on traverse cette rue on est tout de suite étonné de voir que toutes les façades, portes, fenêtres et moulures sont similaires. Cette uniformité est due à une stratégie « marketing » du cardinal. La ville sera édifiée entre 1631 et 1642 sur des terres marécageuses rachetées par le cardinal à bas prix. Pour peupler rapidement cette nouvelle cité, Richelieu exempte la ville d’impôts. Les nouveaux venus doivent cependant alors construire leur demeure selon les plans choisis pour la ville, d’où la répétition des grandes portes cloutées. Les rues adjacentes ne présentent pas ou plus d’homogénéité. Ce sont des maisons, anciennes certes, mais surtout plus simples parce qu’elles étaient destinées aux bourgeois, aux commerçants et autres membres du tiers-état pouvant se permettre de s’y établir (et les domestiques peut-être aussi?).

Ce qui me fascine lorsque je me ballade dans les vieilles rues de ce bourg, c’est que l’ordre social idéal de Richelieu est inscrit dans un idéal urbanistique et architectural. Chacun à sa place et chaque façade indique qui y habite. La symétrie est quant à elle symbole d’équilibre.

Richelieu n’aura pas beaucoup profité de l’endroit : il meurt avant la fin de la construction de la ville.

La ville est dans son ensemble bien conservée. Pendant longtemps, personne n’y a touché, la laissant dans un état assez authentique mais parfois délabré. On aurait presque l’impression d’y respirer encore un peu de poussière du XVIIeme. Un petit voyage dans le passé. Depuis quelques années, la municipalité cherche à redorer le blason de la ville du cardinal. Pour se faire de nombreuses bâtisses ont été rénovées dans le style de l’époque et différents événements sont organisés. Jusqu’en septembre, d’anciennes boutiques sont occupées par des artisans d’art par exemple. N’oublions pas que Richelieu, le cardinal, était un amateur de beaux objets. Pour l’anecdote, une dentelle porte également son nom. Inspirée ou copiée, sur ce que le cardinal jugeait être la plus belle dentelle, celle de Venise mais made in France, commanditée par Richelieu. Il s’agit décidément d’un homme aux multiples facettes.

S’il vous arrive de passer de l’Indre et Loire au Poitou, je vous conseille donc de faire une pause pique-nique dans le parc de Richelieu ou bien de vous arrêter boire un verre dans l’un des café qui bordent la place royale, et de vous laissez un peu immerger dans ce petit bijou architectural du XVIIeme, vous amusez à chercher les erreurs de symétries et si vous vous en sentez l’énergie, vous demandez quelle est votre ville idéale. Vous ne trouverez aucun château à visiter, ce dernier a été détruit durant la Révolution, mais le Bourg vaut en lui-même le détour. Il est unique !

BuzzHistoire/Politique

Jean Lassalle raconte son premier enterrement.

Posté par Vincent Lautier 22 juin 2017 0 commentaire

Voici une vidéo qui a beaucoup tourné pendant la présidentielle, mais il semblerait que certains ne l’aient pas encore vue. C’est une erreur !
Peu importe qu’on n’adhère pas aux idées de cet homme, le récit de son « premier enterrement » en tant que Maire est absolument délicieux. A écouter jusqu’au bout, vraiment.

CultureHistoire/PolitiqueSociété

La nature humaine selon Maurice Godelier

Posté par Loupche 19 juin 2017 0 commentaire
Qui est Maurice Godelier ?

Maurice Godelier est un célèbre anthropologue âgé de 82 ans et invité dans le monde entier pour exposer ses idées (le mois dernier, il était à Doha). Médaillé d’or du CNRS, auteur de nombreux livres et ancien assistant du grand Lévi-Strauss, Maurice Godelier donne encore aujourd’hui des cours qui ressemblent parfois à des épisodes de Père Castor.

Dans son dernier cours, il décide de nous présenter un bilan de ses recherches, avec comme prétexte : « comme ça si je meurs cet été, vous serez mes héritiers ». Même si j’espère que notre cher Maurice vivra encore de nombreuses années, j’ai eu envie de te présenter un de ses concepts qui a particulièrement attiré mon attention pendant son cours, à savoir ce qui compose la nature humaine.

Qu’est-ce que la nature humaine selon Maurice ? Quelles sont les choses que nous partageons tou.te.s, qui traversent l’Histoire et les cultures ?

Pour Maurice, il y a 5 composantes de la nature humaine, infinies, répétitives et communes à tou.te.s.

1. Un individu n’est jamais responsable de son existence. Il dépend toujours d’un homme et d’une femme (ou d’un spermatozoïde et d’un ovule). On n’a choisi ni de naître, ni notre sexe biologique, ni notre corps.

2. Un individu naît toujours dans une société et une époque qu’il n’a pas choisi. Il doit donc apprendre une ou plusieurs langue(s) qu’il n’a pas produit lui-même, ainsi que tout un système interprétatif.

3. On naît donc avec la capacité génétique de produire et de comprendre des signes qui font sens pour nous et pour tous ceux qui produisent et partagent le même code.

4. Un enfant ne peut pas survivre sans les soins, la protection et l’affection de d’autres être humains. Les anglo-saxons appellent ça le care. Ce sont souvent les parents qui ont ce rôle, mais pas nécessairement. La parenté, sous toutes ses formes, est donc le point de départ de la vie.

5. Du fait de la parenté, un individu va naître à une place qu’il n’a pas choisi dans une société. L’individu n’a pas choisi d’être homme ou femme, blanc ou noir ou, pour donner un exemple plus extrême, il n’a pas choisi la caste dans laquelle il va naître en Inde.

Essaie d’appliquer ces composantes à chaque être humain sur cette planète, que ce soit la bobo parisienne ou l’homme de Papouasie-Nouvelle-Guinée, tu verras que nous y répondons tou.te.s ! Ces 5 éléments échappent à notre liberté, malgré le fait qu’ils soient constitutifs de ce que nous sommes. Mais Maurice rappelle qu’il ne faut pas oublier l’importance de l’histoire des sociétés dans l’équation, ce qui rend finalement ces invariants variables.

J’espère que cette petite leçon d’anthropologie avec le grand Maurice Godelier t’a plu !

CultureHistoire/Politique

Droits de l’homme et division de la gauche

Posté par Beaumont 13 juin 2017 0 commentaire

Droits de l’homme et division de la gauche

Les élections législatives en France témoignent une nouvelle fois de l’incapacité de la gauche à s’unir pour constituer une force électorale susceptible d’offrir une alternative crédible au gouvernement des riches par les riches. Le peuple de gauche est éclaté façon puzzle : on en trouve des morceaux chez les idéalistes déçus du parti des abstentionnistes, chez les combatifs de la France insoumise, chez les éternels communistes ou trotskistes, chez les verts écologistes, et même chez quelques attardés du parti socialiste, ou dans des mouvements naissants tellement honteux qu’ils n’osent plus rien proposer sinon de relayer le moment venu les attentes des citoyens à l’Assemblée.
Passée l’expression hébétée d’un bon sens élémentaire malheureusement rétrospectif – « Ô bah mince on aurait pu être au 2e tour si on avait fait une alliance ! » – il devient nécessaire de comprendre les motifs intellectuels plus profonds du désaccord persistant entre les différentes tendances de la gauche.
Si quelqu’un se dit de gauche ou vote à gauche, il peut le faire pour plusieurs raisons, ou du moins hiérarchiser différemment ses raisons. L’un va d’abord dénoncer la corruption régnante, la monarchie présidentielle ou les atteintes aux libertés individuelles. L’autre n’aura de cesse de combattre le capitalisme mondialisé, les profits iniques des actionnaires, la destruction des services publics et du code du travail.
Cette divergence n’est pas simplement une question de sensibilité. Son histoire est séculaire : on peut remonter à la Révolution française et à l’opposition dans l’Assemblée entre les Girondins et les Montagnards. On peut aussi s’appuyer sur les deux conceptions majeures du droit qui traversent les déclarations des droits de l’homme depuis 1789.
La première déclaration de 1789 octroie surtout des droits politiques, qu’on peut aussi appeler des « droits-libertés ». Ce sont des libertés individuelles dont la collectivité ne doit pas empêcher l’exercice : Ce sont des « droits de » ou des « libertés de » : liberté de conscience, d’expression, de manifestation, liberté de la presse, droit de posséder, de commercer ou d’entreprendre.
La déclaration de 1793, puis celle de 1946, ajoutent aux droits politiques des droits économiques et sociaux, ou « droits-créances ». Ce sont des « droits à », ce qui signifient que la collectivité non seulement n’empêche pas les individus de jouir de leurs libertés, mais aussi qu’elle leur fournit activement quelque chose : le droit aux moyens de subsistance, le droit au logement, à la santé, à l’instruction, au travail. Par exemple, l’article 21 de la déclaration de 1793 proclame : « Les secours publics sont une dette sacrée. La société doit la subsistance aux citoyens malheureux, soit en leur procurant du travail, soit en assurant les moyens d’exister à ceux qui sont hors d’état de travailler. »
Pour le dire grossièrement, on peut opposer une gauche libérale et démocrate à une gauche sociale. Une gauche qui s’indigne quand le gouvernement vénézuélien réprime durement une manifestation d’opposition ; une gauche en joie quand le même gouvernement légifère pour réduire la pauvreté et favoriser l’accès aux soins et à l’éducation des plus démunis.
L’idéal progressiste de la gauche impose évidemment de penser ensemble le progrès des droits politiques et sociaux, et l’opposition des deux gauches n’est pas une nécessité : elle est plutôt la meilleure arme de la droite ! En effet, mettre exclusivement en avant les droits politiques pour masquer le mépris des droits économiques et sociaux est désormais devenu une arme idéologique et électorale puissante.
On l’a vu avec le quinquennat Hollande, dont la seule mesure de gauche fut d’accorder un nouveau « droit-liberté » aux couples homosexuels au printemps 2013, pendant qu’un Accord National Interprofessionnel facilitait les démarches de licenciement pour les patrons.
On le verra avec Macron et sans doute dès cet été, lorsqu’on discutera démocratiquement du cannabis ou de l’Islam, pendant que l’Assemblée en marche militaire votera le démantèlement des droits des salariés.
Il faudrait alors que les gauches soient capables de s’unir et de choisir leurs priorités : Est-il raisonnable de tomber dans le piège tendu par l’agenda politique et médiatique, et qui consiste à s’entre-déchirer sur le droit de fumer de l’herbe ou celui de porter un burkini sur la plage, quand 13 % de la population ne peut pas se loger ni se soigner décemment ?
Sur la distinction entre droits politiques et droits sociaux, cf notamment Georges BURDEAU,  E.U., Marcel PRÉLOT, Pierre LAVIGNE, Gérard COHEN-JONATHAN, « DROITS DE L’HOMME  », Encyclopædia Universalis [en ligne].
URL : http://www.universalis.fr/encyclopedie/droits-de-l-homme/