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Femmes pirates : personnages hors du commun pour destins hors du commun

Posté par MaryCherryTree 15 juillet 2017 0 commentaire

Qui n’a jamais entendu parler des pirates ? Des corsaires ? De leurs folles cavalcades maritimes ? Les drapeaux noirs peints d’une tête de mort, le coassement lugubre de perroquets multicolores, les îles au trésor, les sabres émoussés, évoquent en nous tous le souvenir de nombreuses histoires entendues maintes et maintes fois. Certaines sont fictives bien sûr, mais d’autres relatent les hauts faits de pirates ayant véritablement existé ; c’est par exemple le cas de Rackham et Barberousse.

Mais qui a déjà entendu parler de femmes pirates ? Comme dans beaucoup de sujets, les femmes ont été globalement oubliées dans l’histoire de la piraterie ; mais ces personnages aux destins hors du commun ont pourtant véritablement existé. Laissez-moi vous faire un bref portrait de quelques-unes d’entre elles…

 

Tout avait pourtant bien commencé pour Louise Antonini. Née à Ajaccio en 1771, fille d’un riche officier, elle aurait dû suivre la route qui était toute tracée pour une femme bourgeoise de l’époque. En plus clair : elle aurait dû épouser l’homme qu’on lui aurait imposé, devenir femme au foyer, puis mère, puis grand-mère. Mais Louise Antonini rêvait d’aventure, avait soif de gloire et de combats…

Alors elle a trouvé une solution simple : elle s’est déguisée en homme ! Ainsi vêtue et coiffée, les portes jusqu’alors fermées pour elles se sont ouvertes. Elle s’est engagée dans la marine française en tant que corsaire (les corsaires sont des pirates « officiels », engagés par l’armée nationale pour attaquer et piller des bateaux ennemis) : après de nombreux voyages partout dans le monde, Louise Antonini fut capturée par les anglais et jetée en prison. Ces prisons maritimes, ou « pontons », abritaient des centaines de prisonniers, tous vivant les uns sur les autres… Impossible de garder son identité cachée dans de telles conditions, dites-vous ? Et si ! Pendant près de 6 mois, Louise restera aux yeux de tous un homme. Petit plus : avouer son identité de femme l’aurait probablement aidée à échapper à ces conditions de vie terribles ; mais, dans une démonstration de courage et de détermination hors du commun, Louise n’abandonnera jamais volontairement sa fausse identité.

Suite à un examen médical, malheureusement, elle sera démasquée et dut mettre fin à sa carrière militaire. L’histoire ne dit pas ce qui arriva à Louise Antonini ensuite : mais elle a, sans aucun doute, continué à poursuivre son rêve de liberté avant de s’éteindre en 1861.

Le destin de Louise n’est pas sans rappeler celui de Julienne David (1773-1843), une autre corsaire française. Prisonnière de guerre, ayant vu sa famille entière se faire massacrer lors de la guerre de Vendée, Julienne David s’échappe de sa prison et choisit à son tour de braver les interdits, en se déguisant en homme pour aller naviguer et combattre.

Combien de femmes se sont ainsi déguisées pour se cacher parmi les rangs des corsaires, ou des pirates ? Les cas devaient être nombreux. Il est impossible de quantifier avec exactitude le nombre de femmes pirates ou corsaires !

Julienne David (à gauche) vue par l’artiste Raoul Guinet

Mary Read et Anne Bonny sont bien mieux connues du grand public. Est-ce parce qu’il existe des traces écrites plus précises à leur sujet ? Ou car leur histoire, pourtant réelle, ressemble à la plus hyperbolique des fictions ? Mystère…

Mary Read (1690-1721) a été élevée dans des conditions de vie très dures. Elle a grandi parmi les franges les plus pauvres de la société anglaise ; forcée de se déguiser en garçon dès son plus jeune âge pour pouvoir travailler et subvenir aux besoins de sa famille, il n’est pas étonnant qu’elle ait réussi à tromper autant de monde pendant autant de temps sur la véracité de son identité !

A 20 ans, sous le pseudonyme de Mark Read, elle s’engage dans l’armée de terre. Cependant, après quelques mois de service, elle tombe amoureuse d’un membre de sa troupe et lui révèle sa véritable identité, ce qui mit fin à sa carrière… Pour peu de temps ! Car quelques années plus tard, Mary redevient Mark et s’engage pour devenir corsaire. Petit hic : son bateau est abordé par des pirates, qui lui donnent un choix : être exécutée ou devenir pirate à son tour… Le choix est vite fait, et Mark Read s’engagea dans l’équipage du fameux pirate Rackham.

Rackham avait une maîtresse toute aussi impitoyable que lui : Anne Bonny. Respectée par tous les membres de l’équipage, Anne Bonny est une des rares femmes pirates qui n’a jamais eu à cacher son identité. Un jour, Anne croisa une jeune recrue, un certain Mark Read… Et en tombe amoureuse. Lorsqu’Anne décide de lui avouer sa flamme, Mark n’a pas eu d’autre choix que de lui avouer qu’il s’appelle en vérité « Mary », et qu’elle aussi est une femme ! Cette expérience lia les deux femmes d’une amitié très forte qui ne les quittera jamais.

Gravure représentant Mary Read (à droite) et Anne Bony (à gauche)

Certes, les femmes sont interdites à bord…. Mais Rackham, convaincu par le courage sans bornes de Mary, décide de l’accepter tout de même sur son bateau. Elle ne manquera pas de faire ses preuves, allant même jusqu’à défier un autre membre de l’équipage en duel pour protéger son amant…et gagner ! On raconte même qu’elle montrait son sexe aux hommes qu’elle s’apprêtait à achever pour leur montrer qu’une femme était tout à fait capable de les zigouiller. Plus badass tu meurs.

Le trio Rackham-Anne Bonny-Mary Read sème la terreur dans les Indes Orientales pendant des dizaines de mois. Lorsque leur navire est capturé, Anne Bonny et Mary Read sont les deux dernières à combattre, elles ne lâcheront leurs armes qu’une fois totalement encerclées.

Cependant, au moment de leurs jugements, les deux femmes bénéficient d’une certaine clémence. Pourquoi ? Parce que les deux sont enceintes ! Elles obtiennent donc le droit de rester en prison jusqu’à la fin de leurs termes respectifs. Mary Read, malheureusement, meurt en prison avant même la fin de sa grossesse. Anne Bonny quant à elle……. A disparu. Elle n’a pas été exécutée (son nom n’apparaît pas dans les registres officiels), mais son évasion de prison n’est notée nulle part non plus… Mystère !!

 

Plus loin, mais au même moment, Madame Tsching (1775-1844) sème la terreur en mer de Chine. Grande commandante d’une confédération de pirates (elle avait 70 000 hommes sous ses ordres, rien que ça !), Madame Tsching avait établi des règles extrêmement précises pour encadrer les actes de ses pirates. Par exemple : interdiction de violenter les prisonnières (non pas par désir de protéger leurs droits, mais pour protéger une marchandise humaine qui sera revendue à un bon prix). Madame Tsching accumulera un trésor gargantuesque grâce à ses multiples attaques sur des bateaux commerçants ; car Madame Tsching n’est pas seulement une pirate, c’est aussi une grande stratège militaire. Les empereurs chinois déploient des moyens considérables pour mettre fin aux activités de l’impitoyable pirate, mais jamais un seul assaut des militaires chinois ne viendra à bout de la flotte de Madame Tsching. Ayant passé un traité avec l’Empire chinois, elle décide de se rendre. Elle prit alors le chemin de l’entreprenariat, devenant gérante d’un vaste réseau de revente de biens de luxe, et continue à s’enrichir jusqu’à sa mort.

Madam Tsching dans le film En chantant derrière les paravents (2003)

Les destins de ces femmes, impitoyables, effrayantes, bouleversantes, montrent que la violence n’est pas exclusive aux hommes, ni la soif d’aventure, ni la piraterie tout simplement !

 

Pour aller plus loin

Je vous conseille l’excellente émission France Inter sur le sujet , écoutable et podcastable en suivant ce lien : https://www.franceinter.fr/oeuvres/femmes-pirates-les-ecumeuses-des-mers

Et le livre  Femmes pirates. Les écumeuses des mers de Marie-Ève Sténuit (éditions du Trésor, 2015)

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Un petit voyage au XVIIeme : direction Richelieu !

Posté par Ju le Zébu 13 juillet 2017 0 commentaire

La saison estivale commence. On rêve de prendre le large, de s’envoler vers des destinations exotiques, au soleil, loin du quotidien. Et pourtant, le repos des tropiques n’est pas pour tout de suite. On manque de sous, il faut travailler, on manque de temps… Un sacré cercle vicieux ! Mais en attendant les vacances, les vraies, on peut aussi déjà (re)découvrir les curiosités de nos propres régions. Quoi ? Vous habitez dans un trou ? Et bien moi aussi mais même dans le Nord des Deux-Sèvres, il y a des choses à voir. Ou pas très loin. Le week-end dernier, je suis allée à Richelieu, au croisement de la Touraine et du Poitou.

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Richelieu c’est un bonhomme, direz-vous, et pas n’importe lequel. Monsieur Armand Jean du Plessis de Richelieu pour être précis. Cardinal, grand ministre de Louis XIII, chaussures… L’homme a marqué son temps. On se souvient surtout de lui comme une main de fer, responsable de la répression protestante, initiateur de la monarchie absolue. Mais c’est également un intellectuel, un grand mécène et amateur de belles matières. Vers la fin de sa vie, il commandite la fondation d’une ville nouvelle, idéale. Comment cette figure éclairée aurait-elle pu résister à cette tentation ? On imagine facilement qu’il ait lu Utopia ou la description de l’abbaye de Thélème dans Gargantua. Des utopies, des cités idéales.

C’est l’architecte Jacques Lemercier (à qui nous devons la Sorbonne par exemple) qui est choisi pour dessiner cet ambitieux projet d’urbanisme. Le plan dit « en damier » est symétrique. La grande Porte, deux places (place royale et place du Cardinal)… Dans la grande rue se trouvent les maisons nobles. Lorsqu’on traverse cette rue on est tout de suite étonné de voir que toutes les façades, portes, fenêtres et moulures sont similaires. Cette uniformité est due à une stratégie « marketing » du cardinal. La ville sera édifiée entre 1631 et 1642 sur des terres marécageuses rachetées par le cardinal à bas prix. Pour peupler rapidement cette nouvelle cité, Richelieu exempte la ville d’impôts. Les nouveaux venus doivent cependant alors construire leur demeure selon les plans choisis pour la ville, d’où la répétition des grandes portes cloutées. Les rues adjacentes ne présentent pas ou plus d’homogénéité. Ce sont des maisons, anciennes certes, mais surtout plus simples parce qu’elles étaient destinées aux bourgeois, aux commerçants et autres membres du tiers-état pouvant se permettre de s’y établir (et les domestiques peut-être aussi?).

Ce qui me fascine lorsque je me ballade dans les vieilles rues de ce bourg, c’est que l’ordre social idéal de Richelieu est inscrit dans un idéal urbanistique et architectural. Chacun à sa place et chaque façade indique qui y habite. La symétrie est quant à elle symbole d’équilibre.

Richelieu n’aura pas beaucoup profité de l’endroit : il meurt avant la fin de la construction de la ville.

La ville est dans son ensemble bien conservée. Pendant longtemps, personne n’y a touché, la laissant dans un état assez authentique mais parfois délabré. On aurait presque l’impression d’y respirer encore un peu de poussière du XVIIeme. Un petit voyage dans le passé. Depuis quelques années, la municipalité cherche à redorer le blason de la ville du cardinal. Pour se faire de nombreuses bâtisses ont été rénovées dans le style de l’époque et différents événements sont organisés. Jusqu’en septembre, d’anciennes boutiques sont occupées par des artisans d’art par exemple. N’oublions pas que Richelieu, le cardinal, était un amateur de beaux objets. Pour l’anecdote, une dentelle porte également son nom. Inspirée ou copiée, sur ce que le cardinal jugeait être la plus belle dentelle, celle de Venise mais made in France, commanditée par Richelieu. Il s’agit décidément d’un homme aux multiples facettes.

S’il vous arrive de passer de l’Indre et Loire au Poitou, je vous conseille donc de faire une pause pique-nique dans le parc de Richelieu ou bien de vous arrêter boire un verre dans l’un des café qui bordent la place royale, et de vous laissez un peu immerger dans ce petit bijou architectural du XVIIeme, vous amusez à chercher les erreurs de symétries et si vous vous en sentez l’énergie, vous demandez quelle est votre ville idéale. Vous ne trouverez aucun château à visiter, ce dernier a été détruit durant la Révolution, mais le Bourg vaut en lui-même le détour. Il est unique !

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Jean Lassalle raconte son premier enterrement.

Posté par Vincent Lautier 22 juin 2017 0 commentaire

Voici une vidéo qui a beaucoup tourné pendant la présidentielle, mais il semblerait que certains ne l’aient pas encore vue. C’est une erreur !
Peu importe qu’on n’adhère pas aux idées de cet homme, le récit de son « premier enterrement » en tant que Maire est absolument délicieux. A écouter jusqu’au bout, vraiment.

CultureHistoire/PolitiqueSociété

La nature humaine selon Maurice Godelier

Posté par Loupche 19 juin 2017 0 commentaire
Qui est Maurice Godelier ?

Maurice Godelier est un célèbre anthropologue âgé de 82 ans et invité dans le monde entier pour exposer ses idées (le mois dernier, il était à Doha). Médaillé d’or du CNRS, auteur de nombreux livres et ancien assistant du grand Lévi-Strauss, Maurice Godelier donne encore aujourd’hui des cours qui ressemblent parfois à des épisodes de Père Castor.

Dans son dernier cours, il décide de nous présenter un bilan de ses recherches, avec comme prétexte : « comme ça si je meurs cet été, vous serez mes héritiers ». Même si j’espère que notre cher Maurice vivra encore de nombreuses années, j’ai eu envie de te présenter un de ses concepts qui a particulièrement attiré mon attention pendant son cours, à savoir ce qui compose la nature humaine.

Qu’est-ce que la nature humaine selon Maurice ? Quelles sont les choses que nous partageons tou.te.s, qui traversent l’Histoire et les cultures ?

Pour Maurice, il y a 5 composantes de la nature humaine, infinies, répétitives et communes à tou.te.s.

1. Un individu n’est jamais responsable de son existence. Il dépend toujours d’un homme et d’une femme (ou d’un spermatozoïde et d’un ovule). On n’a choisi ni de naître, ni notre sexe biologique, ni notre corps.

2. Un individu naît toujours dans une société et une époque qu’il n’a pas choisi. Il doit donc apprendre une ou plusieurs langue(s) qu’il n’a pas produit lui-même, ainsi que tout un système interprétatif.

3. On naît donc avec la capacité génétique de produire et de comprendre des signes qui font sens pour nous et pour tous ceux qui produisent et partagent le même code.

4. Un enfant ne peut pas survivre sans les soins, la protection et l’affection de d’autres être humains. Les anglo-saxons appellent ça le care. Ce sont souvent les parents qui ont ce rôle, mais pas nécessairement. La parenté, sous toutes ses formes, est donc le point de départ de la vie.

5. Du fait de la parenté, un individu va naître à une place qu’il n’a pas choisi dans une société. L’individu n’a pas choisi d’être homme ou femme, blanc ou noir ou, pour donner un exemple plus extrême, il n’a pas choisi la caste dans laquelle il va naître en Inde.

Essaie d’appliquer ces composantes à chaque être humain sur cette planète, que ce soit la bobo parisienne ou l’homme de Papouasie-Nouvelle-Guinée, tu verras que nous y répondons tou.te.s ! Ces 5 éléments échappent à notre liberté, malgré le fait qu’ils soient constitutifs de ce que nous sommes. Mais Maurice rappelle qu’il ne faut pas oublier l’importance de l’histoire des sociétés dans l’équation, ce qui rend finalement ces invariants variables.

J’espère que cette petite leçon d’anthropologie avec le grand Maurice Godelier t’a plu !

CultureHistoire/Politique

Droits de l’homme et division de la gauche

Posté par Beaumont 13 juin 2017 0 commentaire

Droits de l’homme et division de la gauche

Les élections législatives en France témoignent une nouvelle fois de l’incapacité de la gauche à s’unir pour constituer une force électorale susceptible d’offrir une alternative crédible au gouvernement des riches par les riches. Le peuple de gauche est éclaté façon puzzle : on en trouve des morceaux chez les idéalistes déçus du parti des abstentionnistes, chez les combatifs de la France insoumise, chez les éternels communistes ou trotskistes, chez les verts écologistes, et même chez quelques attardés du parti socialiste, ou dans des mouvements naissants tellement honteux qu’ils n’osent plus rien proposer sinon de relayer le moment venu les attentes des citoyens à l’Assemblée.
Passée l’expression hébétée d’un bon sens élémentaire malheureusement rétrospectif – « Ô bah mince on aurait pu être au 2e tour si on avait fait une alliance ! » – il devient nécessaire de comprendre les motifs intellectuels plus profonds du désaccord persistant entre les différentes tendances de la gauche.
Si quelqu’un se dit de gauche ou vote à gauche, il peut le faire pour plusieurs raisons, ou du moins hiérarchiser différemment ses raisons. L’un va d’abord dénoncer la corruption régnante, la monarchie présidentielle ou les atteintes aux libertés individuelles. L’autre n’aura de cesse de combattre le capitalisme mondialisé, les profits iniques des actionnaires, la destruction des services publics et du code du travail.
Cette divergence n’est pas simplement une question de sensibilité. Son histoire est séculaire : on peut remonter à la Révolution française et à l’opposition dans l’Assemblée entre les Girondins et les Montagnards. On peut aussi s’appuyer sur les deux conceptions majeures du droit qui traversent les déclarations des droits de l’homme depuis 1789.
La première déclaration de 1789 octroie surtout des droits politiques, qu’on peut aussi appeler des « droits-libertés ». Ce sont des libertés individuelles dont la collectivité ne doit pas empêcher l’exercice : Ce sont des « droits de » ou des « libertés de » : liberté de conscience, d’expression, de manifestation, liberté de la presse, droit de posséder, de commercer ou d’entreprendre.
La déclaration de 1793, puis celle de 1946, ajoutent aux droits politiques des droits économiques et sociaux, ou « droits-créances ». Ce sont des « droits à », ce qui signifient que la collectivité non seulement n’empêche pas les individus de jouir de leurs libertés, mais aussi qu’elle leur fournit activement quelque chose : le droit aux moyens de subsistance, le droit au logement, à la santé, à l’instruction, au travail. Par exemple, l’article 21 de la déclaration de 1793 proclame : « Les secours publics sont une dette sacrée. La société doit la subsistance aux citoyens malheureux, soit en leur procurant du travail, soit en assurant les moyens d’exister à ceux qui sont hors d’état de travailler. »
Pour le dire grossièrement, on peut opposer une gauche libérale et démocrate à une gauche sociale. Une gauche qui s’indigne quand le gouvernement vénézuélien réprime durement une manifestation d’opposition ; une gauche en joie quand le même gouvernement légifère pour réduire la pauvreté et favoriser l’accès aux soins et à l’éducation des plus démunis.
L’idéal progressiste de la gauche impose évidemment de penser ensemble le progrès des droits politiques et sociaux, et l’opposition des deux gauches n’est pas une nécessité : elle est plutôt la meilleure arme de la droite ! En effet, mettre exclusivement en avant les droits politiques pour masquer le mépris des droits économiques et sociaux est désormais devenu une arme idéologique et électorale puissante.
On l’a vu avec le quinquennat Hollande, dont la seule mesure de gauche fut d’accorder un nouveau « droit-liberté » aux couples homosexuels au printemps 2013, pendant qu’un Accord National Interprofessionnel facilitait les démarches de licenciement pour les patrons.
On le verra avec Macron et sans doute dès cet été, lorsqu’on discutera démocratiquement du cannabis ou de l’Islam, pendant que l’Assemblée en marche militaire votera le démantèlement des droits des salariés.
Il faudrait alors que les gauches soient capables de s’unir et de choisir leurs priorités : Est-il raisonnable de tomber dans le piège tendu par l’agenda politique et médiatique, et qui consiste à s’entre-déchirer sur le droit de fumer de l’herbe ou celui de porter un burkini sur la plage, quand 13 % de la population ne peut pas se loger ni se soigner décemment ?
Sur la distinction entre droits politiques et droits sociaux, cf notamment Georges BURDEAU,  E.U., Marcel PRÉLOT, Pierre LAVIGNE, Gérard COHEN-JONATHAN, « DROITS DE L’HOMME  », Encyclopædia Universalis [en ligne].
URL : http://www.universalis.fr/encyclopedie/droits-de-l-homme/
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Le combat des Lumières

Posté par Beaumont 11 juin 2017 0 commentaire

Un duel d’épée devant la cour du prince de Galles entre un travesti et un Noir… en 1787 !

 

Le 9 avril 1787 eut lieu à Londres, devant la cour du prince de Galles, un duel amical, une joute de gala entre deux des meilleures épées de leur temps : le chevalier d’Éon et le chevalier de Saint-George.

 

Le premier est un espion au service de la monarchie française. Dès sa première mission en Russie il prit la coutume de se déguiser en femme ; ce qu’il fit si admirablement et avec une telle constance que son véritable sexe devint l’objet d’une légende mondaine et des paris les plus fous. Le mystère ne fut levé que lorsque l’autopsie dévoila à la stupeur générale sa tuyauterie apparente.

 

Notre second protagoniste est un escrimeur, musicien et militant abolitionniste. Il est né en Guadeloupe d’une mère esclave noire et d’un père colon. Il naquit donc lui-même esclave, conformément au code noir en vigueur. Une suite de hasards lui permit rapidement d’être élevé en France par une famille bourgeoise qui lui prodigua une éducation d’homme libre. Il jouera un rôle important dans la défense des idées républicaines lors de la Révolution française. Le duel de ces deux figures de liberté s’acheva, dit-on, par le triomphe de la chevalière alors âgée de 60 ans, réputée imprenable, et qui dût bravement résister aux assauts du jeune et valeureux chevalier noir.

 

Événement inouï que ce duel au sommet entre un nègre et un travesti ! Scintillant fleuron du siècle du progrès ! Avaient-ils peur qu’une fois le rideau baissé ne revienne l’obscurantisme qu’ils pourfendirent ?